Un chercheur de l’Université du Québec en Outaouais dresse un portrait plutôt sombre de la protection des zones inondables par Québec.

Protection des zones inondables: «un échec important»

Refaire la cartographie des zones inondables est une bonne chose, mais l’exercice ne donnera rien si la mécanique sur laquelle s’appuie l’application de la réglementation pour restreindre la construction dans ces secteurs n’est pas revue en profondeur, estime Mario Gauthier, professeur du Département de sciences sociales à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et membre du Réseau inondations intersectoriel du Québec (RIIQ).

Les inondations majeures de 2017 et 2019 permettent de constater à la dure que le Québec a échoué dans la protection des zones inondables, précise le chercheur et urbaniste.

« La mécanique en place implique beaucoup le monde municipal, mais aussi les ministères de la Sécurité publique, les Affaires municipales et le ministère de l’Environnement, note M. Gauthier. De toute évidence, ce qui a été mis en place pour faire respecter la réglementation il y a 40 ans n’a pas fonctionné. En fait, c’est un échec, un échec important auquel il est important de remédier. On constate les limites d’une responsabilité partagée entre trop d’instances institutionnelles. »

Les dérogations à la réglementation en place ont aussi été trop simples à obtenir dans certaines municipalités où l’assiette fiscale représentait un attrait plus particulier, ajoute le chercheur.

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C’est à la suite des inondations de 1974 que le gouvernement du Québec a entrepris d’identifier ses zones inondables, essentiellement sur la base de photos aériennes prises lors du sinistre, explique M. Gauthier. D’autres zones à risque n’avaient pas été cartographiées, alors le gouvernement a versé de l’aide financière aux MRC et aux entités municipales pour achever le travail. « On ne peut pas dire que le monde municipal s’est précipité pour faire le travail, dit-il. C’est peut-être pourquoi aujourd’hui certains parlent de difficultés d’application et de laxisme du monde municipal pour expliquer ce qui se passe. »

Dans son plan d’action en matière de sécurité civile relatif aux inondations de 2017, le gouvernement reconnaissait certains problèmes d’application de la réglementation. Il affirmait en outre vouloir « mettre en place un cadre de gestion moderne permettant, entre autres, de renforcer la protection des fonctions écologiques des plaines inondables, d’intégrer les nouvelles approches de cartographie, de considérer les changements climatiques et de favoriser un aménagement du territoire visant une meilleure résilience de la société québécoise aux risques accrus d’événements climatiques d’importance ».

M. Gauthier soutient qu’il y a actuellement trop de ministères d’impliqués dans la gestion des zones inondables, en plus de villes. « On pourrait certainement réfléchir à un peu plus de hiérarchie, à un peu plus de fermeté dans le cadre législatif », ajoute-t-il.