Des membres des Forces armées canadiennes en renfort à Rigaud, en Montérégie, lundi.

Inondations: l’eau monte encore, mais les prévisions sont encourageantes

Tout indique que les inondations de ce printemps n’atteindront pas les mêmes niveaux que celles de 2017, à l’exception de certains endroits très localisés, notamment aux abords du lac Saint-Pierre, en Mauricie, et le long de la rivière Chaudière, dont le débordement atteint des sommets inédits sur presque toute sa longueur en Beauce.

«Dans le secteur ouest, le lac des Deux-Montagnes, la rivière des Prairies, celle des Mille-Îles, tout ce secteur ne rejoindra pas les niveaux de 2017 et, pour la rivière des Outaouais, on voit la courbe de l’eau qui montait, elle est en train de s’essouffler; la progression ralentit, mais par contre, ça va rester haut longtemps dans ces secteurs», a indiqué Éric Houde, porte-parole de la sécurité civile en entrevue avec La Presse canadienne, lundi.

À l’opposé, les rives du lac Saint-Pierre, cette portion élargie du fleuve Saint-Laurent entre les îles de Sorel et Trois-Rivières, débordent encore plus qu’il y a deux ans et les experts sont encore perplexes quant aux raisons, souligne M. Houde : «Les scientifiques sont en train de regarder le phénomène, parce que normalement, on devrait avoir les mêmes dégâts qu’en 2017, l’eau devrait être au même niveau qu’en 2017, sauf qu’elle est supérieure. Est-ce une affaire de haute ou de basse pression? Est-ce parce que les vents sur le lac Saint-Pierre font que l’eau est davantage haute d’un côté que de l’autre?»

Quoi qu’il en soit, bien que l’on s’attende à ce que l’eau continue de monter encore un peu, la pointe devrait être atteinte mardi ou mercredi et les niveaux devraient être en baisse par la suite, surtout que Dame Nature semble en voie de collaborer pour les jours à venir.

Selon Environnement Canada, le corridor qui va de l’Outaouais jusqu’à la région de Chaudière-Appalaches devrait recevoir de la pluie à trois reprises d’ici au début de la semaine prochaine, mais on parle de quantités restreintes.

«On s’apprête à entrer dans une météo avec des températures relativement près des normales de saison, donc pas de fort redoux et, du côté des précipitations, ce sont des systèmes qui se déplacent rapidement et qui n’apportent pas des quantités très importantes de précipitations», a indiqué le météorologue Alexandre Parent en entrevue téléphonique.

«On pourrait même avoir un fléchissement des températures le week-end prochain, ce qui apporterait des nuits sous zéro dans le nord et dans la région de Québec où il y a encore de la neige, ce qui aiderait à avoir une fonte plus graduelle; il n’y a pas de scénario catastrophe dans la prochaine semaine», a-t-il ajouté.

Ainsi, on prévoit de 10 à 20 millimètres de pluie dans la nuit de mardi à mercredi, possiblement moins dans le secteur de l’Outaouais et de Montréal, un autre 10 millimètres tard jeudi ou vendredi et possiblement un troisième épisode la fin de semaine prochaine. Dans tous les cas, ce sont des systèmes qui doivent traverser rapidement la province.

Outre les conditions de pluie, de couverture de neige et de redoux qui ne sont pas les mêmes, les inondations du printemps 2019 seront marquées par l’effet d’expérience.

«La différence avec 2017, c’est le niveau de préparation des autorités municipales et des citoyens. À partir de Gatineau en descendant — oublions la zone de Chaudière-Appalaches — ces gens-là ont connu des inondations il y a deux ans. Les gens ont une référence dans la tête. [...] Leur niveau de préparation est meilleur, les infra­structures sont mieux protégées autant dans les municipalités que chez les citoyens. Du côté des bris et des dommages, on est ailleurs complètement», a fait valoir Éric Houde.

Il reconnaît néanmoins que les sinistrés sont loin de se livrer à une partie de plaisir : «Du côté émotif, un citoyen qui a été inondé il y a deux ans, n’allez pas lui dire que c’est une bonne journée! Par contre, son niveau de préparation est plus avancé. Mettons que les beaux-frères arrivent plus vite!»

Selon M. Houde, tout le monde sort gagnant de cet apprentissage à la dure : «Le professionnalisme des autorités municipales et le niveau de préparation des citoyens enlèvent une pression énorme sur l’appareil gouvernemental et la pression est moins forte pour toute la chaîne de commandement au complet».

«Gens plus coopératifs»

À Rigaud, l’une des municipalités lourdement affectées par la crue, le maire Hans Grunswald tenait exactement le même discours lundi matin.

«Ça va beaucoup mieux [qu’en 2017]. Les gens sont beaucoup plus coopératifs. Ils comprennent et sont totalement surpris qu’il y ait déjà une autre crue aussi proche de la dernière, celle de 2017. Tout est mieux organisé», a-t-il fait valoir.

Le bilan fait à 14h30 lundi par la sécurité civile confirmait des niveaux toujours à la hausse, alors que tous les chiffres étaient supérieurs à ceux de lundi matin. Ainsi, on fait maintenant état de 2549 résidences inondées, 1565 résidences isolées, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas accessibles en raison d’inondations des voies d’accès et de 1688 personnes évacuées à travers la province.

La sécurité civile rapporte toujours cinq inondations majeures, toutes le fait du lac des Deux-Montagnes, du fleuve Saint-Laurent à la hauteur du lac Saint-Pierre et de la rivière Chaudière, dont les ravages se sont étendus sur toute la longueur en aval de Beauceville.

Le déploiement des Forces armées canadiennes se poursuit, pendant ce temps, avec quelque 800 militaires sur le terrain en renfort.

En Beauce, où la rivière Chaudière s’est généreusement répandue dans l’ensemble de ses riveraines, les autorités ont aussi fait appel à la Sûreté du Québec. À Sainte-Marie, près de 1000 résidences ont été inondées et près de 800 citoyens ont été évacués et le maire Gaétan Vachon a confié au corps policier le mandat de coordonner la réintégration.

Inondations majeures

Fleuve Saint-Laurent, au lac-Saint-Pierre, en baisse

Lac des Deux Montagnes, à Pointe-Calumet, en baisse

Lac des Deux Montagnes, à la Baie Quesnel, en hausse

Lac des Deux Montagnes, à la Baie de Rigaud, en baisse

Rivière Chaudière, au pont-route 216 à Sainte-Marie, en baisse

Rivière Chaudière, au nord du pont-route 171 à Scott en baisse

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Inondations moyennes

Fleuve Saint-Laurent, à Trois-Rivières, en baisse

Lac des Deux Montagnes, à Sainte-Anne-de-Bellevue, en baisse

Lac des Deux Montagnes, à Terrasse-Vaudreuil, en baisse

Lac Louise, à Weedon, en hausse

Rivière Chaudière, au pont-route 218 à Saint-Lambert-de-Lauzon, en baisse

Rivière Chaudière, en aval du barrage Mégantic, en hausse

Rivière de la Petite Nation, au pont en amont de Ripon, en baisse

Rivière des Mille-Îles, à Bois-des-Filion, en hausse

Rivière du Nord, en amont du pont du CN à Saint-Jérôme, en baisse

Rivière L’Assomption, au pont-route 158 à Joliette, en hausse

Rivière Rouge, en amont de la chute McNeil, en baisse

Rivière Saint-Charles, en amont de la Lorette, en hausse

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Inondations mineures

Fleuve Saint-Laurent, à Lanoraie, en hausse

Fleuve Saint-Laurent, à Bécancour, en hausse

Fleuve Saint-Laurent, à Port-Saint-François, en baisse

Fleuve Saint-Laurent, à Sorel, en baisse

Lac Aylmer, au quai de la municipalité de Stratford, en hausse

Lac Maskinongé, à Saint-Gabriel-de-Brandon, en hausse

Lac Massawipi, au quai passerelle à North Hatley, en hausse

Lac Memphrémagog, à Memphrémagog, en hausse

Lac Saint-Louis, à Sainte-Anne-de-Bellevue, en hausse

Nicolet Sud-Ouest, en amont de la chute Nicolet, en baisse

Rivière Bécancour, en amont de la rivière Palmer, en baisse

Rivière Bécancour, en aval du pont de l’autoroute 20, en baisse

Rivière Chaudière, en aval du barrage Sartigan, en baisse

Rivière Chaudière, au pont-route 108 à Beauceville, en baisse

Rivière Chaudière, au pont-route 271 à Saint-Georges, en baisse

Rivière des Mille Îles, en amont du barrage du Grand-Moulin à Deux-Montagnes, en baisse

Rivière des Mille Îles, en aval du barrage du Grand-Moulin à Deux-Montagnes, en hausse

Rivière des Outaouais, à Ottawa, au parc Britannia, en baisse

Rivière des Outaouais, à la marina de Hull, en hausse

Rivière des Prairies, à la tête des rapides du Cheval Blanc, en baisse

Rivière des Trois-Pistoles, en amont du pont-route 132, en baisse

Rivière du Diable, en amont du pont de la route 117, en hausse

Rivière du Loup, au pont-route à Saint-Joseph-de-Kamouraska, en hausse

Rivière du Nord, en aval du pont du CP près de Sainte-Agathe-des-Monts, en hausse

Rivière du Nord, au pont de la route 148 à Lachute, en hausse

Rivière Etchemin, au pont-route 173 à Saint-Henri-de-Lévis, en baisse

Rivière Famine, en amont du pont-route 173 à Saint-Georges, en baisse

Rivière Nelson, au pont de l’autoroute 573 (Henri IV), secteur Val-Bélair à Québec, en baisse

Rivière Noire, en amont du pont-route à Sainte-Émélie-de-l’Énergie, en baisse

Rivière Ouareau, à la tête des chutes Dorwin, en baisse

Rivière Ouelle, en aval du pont-route près de Saint-Gabriel-de-Kamouraska, en hausse

Rivière Picanoc, sur le chemin du Lac-Cayamant à Gracefield, en baisse

Rivière Saint-François, au lac Aylmer à Weedon, en hausse

Rivière Saint-François, en aval du barrage Aylmer, en baisse

Rivière Saint-François, en aval de la centrale de Weedon, en hausse

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Sous surveillance

Plusieurs rivières et plans d’eau sont sous surveillance à travers la province, notamment le fleuve Saint-Laurent à Montréal, le lac Champlain, le lac Saint-Louis, les rivières au Saumon, Batiscan, Beaurivage, des Outaouais, du Lièvre, Gatineau, Kamouraska, l’Assomption, Maskinongé, Mastigouche, Richelieu, Saint-François.