Aperçu du niveau de l'eau sur le chemin du Bord de l'eau à Pontiac.

Inondations: autres évacuations à Pontiac

Une ligne de sacs de sable sur le chemin du Saphir, à Pontiac, venait d’être engloutie par les eaux de la rivière des Outaouais, quand Claudine Collins a reçu la confirmation que l’évacuation de la plage Charron était imminente.

« Cette ligne de sacs a au moins donné quatre jours de préparation aux riverains, a dit jeudi après-midi, la vice-présidente de l’Association de la plage Charron. On a gagné du temps pour monter d’autres barricades, en arrière. »

Certains riverains inondés en 2017 ont carrément décidé de ne pas y mettre d’énergie, cette année, et de laisser leur chalet ou leur résidence à la merci de la rivière des Outaouais. Ils reviendront quand l’eau se retirera.

« L’eau va partir autour du 12 mai », tente de prédire Mme Collins.

Mercredi, les occupants de 10 maisons et 4 chalets du chemin Dion ont été évacués.

Jeudi, le directeur du Service d’incendie de Pontiac, Richard Groulx, confirmait l’évacuation de dizaines d’autres résidences et chalets des chemins du Bord de l’eau, Dion, du Ruisseau, et du Saphir.

Dans ce seul secteur, l’avis d’évacuation touche une quarantaine de propriétés.

Mme Collins réside en haut d’une côte. Ses voisins, sur la berge, ont un besoin incessant de sacs de sable.

Claudine Collins, vice-présidente de l’Association de la plage Charron.

À l’intersection du chemin des Rubis, un champ s’est transformé en lac. Jeudi après-midi, l’eau y atteignait la taille d’un adulte moyen.

« Le premier coup d’eau de 2017 était moins important que celui qu’on vient d’avoir, cette année », constate Mme Collins.

Sur le terrain d’un voisin, un canot est placé à la renverse, servant de gabarit. L’eau est montée jusqu’à cet endroit, en 2017.

« Ça va être plus difficile cette année », croit une autre résidente, Shirley Hamelin.

Les résidents des environs constatent que l’aide est difficile à obtenir. Un peu tout le monde observe que le voisinage vieillit, et que les forces vives, des corps jeunes et résistants, se font rares.

Pelleter du sable, et persister à protéger son petit royaume, dans une telle région, est éreintant et stressant.

« Les gens plus âgés commencent à y penser sérieusement (à quitter l’endroit) et à prendre les sommes proposées par le gouvernement », mentionne Mme Collins.

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Toutes les personnes évacuées sont priées de se présenter au Centre communautaire de Luskville où elles seront prises en charge par les organismes compétents (dont la Croix-Rouge et le CISSO). Si l’évacuation volontaire a lieu après 22h, les citoyens sont priés de contacter la Croix-Rouge directement au numéro suivant:

Centre communautaire de Luskville

2024, route 148 

Pontiac J0X 2G0

819-455-2401

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Croix-Rouge (après 20h)

514-769-0426

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Des membres du personnel sont également disponibles pour répondre aux questions des citoyens sur place.

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«Comme attendre un coup de poing sur la gueule !»

Les Bigras ont vu neiger, et pleuvoir. 

En 1974, lors de ces autres inondations historiques, la maison familiale de Marcel Bigras, dans le secteur Gatineau, a été la proie des flammes. En 2017, sa résidence campagnarde de Pontiac a été inondée. En 2019, Marcel et sa conjointe Isabelle se préparent à vivre le «jour de la marmotte».

Entre deux transports de sacs de sable, la famille prend une pause, sous un soleil qui trahit bien les intentions de Dame Nature pour la fin de semaine.

Marcel Bigras, fatigué, sourit. «C’est comme savoir que tu vas recevoir un coup de poing sur la gueule! Ça ne fait rien tout de suite, mais tu sais que ça va faire mal!» 

Marcel et Isabelle Bigras n’en sont pas à leur première épreuve du genre. Ils résident près de la plage Charron depuis 34 ans.

M. Bigras décoche une flèche à la municipalité de Pontiac, qui n’aurait pas appris des inondations de 2017. «Pleins d’affaires qui ne fonctionnent pas ici.»

«Ils n’ont même pas de bouteilles d’eau au centre communautaire, lance Mme Bigras. C’est ‘arrangez-vous’!»

Sur le bord de la plage Charron, l’eau monte. Elle montera plus vite encore, cette fin de semaine.

La région attend de 25 à 40 millimètres de pluie jusqu’à samedi, alors que les eaux provenant de la fonte des neiges, au nord, suivent déjà leur cours, vers le sud, dans la rivière des Outaouais.