En 2018, Gatineau a reçu 3,3 millions $ pour étudier les comportements de huit rivières et approximativement 380 km2 de plaines inondables.

Cartographie des zones inondables: les Villes laissées à elles-mêmes

Gatineau, comme d’autres villes et MRC au Québec, s’affaire depuis près d’un an à revoir la cartographie de ses zones inondables. Le gouvernement du Québec a versé plus de 20 millions $ pour la réalisation de l’exercice, en 2018. Gatineau a reçu 3,3 millions $ pour étudier les comportements de huit rivières et approximativement 380 km2 de plaines inondables.

Le travail pour accoucher de la nouvelle cartographie est cependant mal amorcé et risque de manquer de cohérence, plaide la professeure au Département de géographie à l’Université Concordia et spécialiste de la gestion durable des cours d’eau et de l’hydrogéomorphologie, Pascale Biron.

La scientifique salue l’effort financier réalisé par Québec, mais dénote un manque de directives claires à l’endroit des villes mandatées par Québec pour exécuter le travail. « Il y a bien eu quelques consignes, mais pour un exercice aussi complexe, le diable se trouve dans les détails, dit-elle. Les villes sont essentiellement libres de procéder comme elles le souhaitent. Certaines ont fait appel à des chercheurs universitaires spécialisés dans le domaine, alors que d’autres ont préféré procéder par appels d’offres publics pour embaucher des consultants du secteur privé. Ce sont tous des gens compétents, mais qui ne travaillent pas avec la même philosophie, ou avec la même perspective. »

La Ville de Gatineau n’était pas en mesure d’accorder une entrevue à ce sujet cette semaine, mais le service des communications a confirmé au Droit qu’une approche « fondée sur l’octroi de contrats à des firmes de consultants experts » a été privilégiée par la Ville. Les entreprises retenues devront faire l’acquisition de données topographiques, obtenir des données hydrométriques et ultimement déterminer les zones inondables et élaborer la nouvelle réglementation.

Membre du Réseau inondations intersectoriel Québec (RIIQ), Mme Biron explique que des rencontres ont eu lieu avec les organisations responsables de produire la nouvelle cartographie en novembre et avril derniers.

« C’est différent d’un endroit à l’autre, note-t-elle. Par exemple, la façon d’estimer les débits d’eau dans une zone de récurrence 20-100 ans n’est pas la même partout. Il faut avoir une cohérence. Le gouvernement suggère aux villes d’inclure des zones de récurrence 100-350 ans dans leur cartographie, mais il n’y a pas de directive claire et certaines ne le font pas. Les changements climatiques doivent être intégrés, mais il n’y a aucune réelle direction de donnée à cet effet. »

Pascale Biron incite vivement le gouvernement du Québec à redresser la barre s’il souhaite se doter d’une cartographie des zones inondables cohérentes pour l’ensemble de son territoire. Les travaux doivent être terminés avant la fin de 2020, après quoi les municipalités devront intégrer la nouvelle réalité à leur réglementation en urbanisme.

« Le problème présentement, c’est que personne ne sait vraiment qui doit donner ces directives claires, souligne la professeure. Il y a un trou de leadership. C’est un autre exemple du réel problème de gouvernance environnementale au Québec. »