Anne Marie Roy, présidente de la Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa.

Croisade contre la culture du viol

Elle-même visée par des propos dégradants à connotation sexuelle écrits par des représentants étudiants, la présidente de la Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa, Anne-Marie Roy, part en campagne contre la culture du viol, qu'elle dit bien présente sur le campus.
L'Université est plongée au coeur de deux scandales sexuels depuis la fin de semaine dernière.
Mme Roy a d'abord dénoncé un clavardage privé sur Facebook, dont elle avait obtenu copie. On pouvait lire les commentaires de représentants étudiants qui évoquaient des propos orduriers à son endroit, affirmant au passage qu'elle devait être «punie» avec un organe mâle.
Lundi, l'équipe de hockey masculin des Gee Gees a été plongée dans une crise sans précédent, lorsque l'Université a révélé que certains de ses athlètes faisaient l'objet d'une enquête policière pour une présumée agression sexuelle en groupe sur une jeune femme, le mois dernier à Thunder Bay.
Depuis le début de la semaine, Mme Roy multiplie les entrevues à travers le pays. La présidente de la FÉUO a même été interviewée à la BBC, à heure de grande écoute en Angleterre.
Hier, l'étudiante en communication et lettres françaises avait rendez-vous avec le recteur de l'Université d'Ottawa, Allan Rock. «On va demander d'avoir une équipe d'étudiants, de professeurs et de membres de l'administration pour aller parler aux étudiants, pour identifier ce qui cause cette culture du viol sur le campus, comment combattre le sexisme et toute forme de violence.» Le recteur n'a pas voulu accorder d'entrevue aux médias, hier.
Depuis le début de la semaine, observe Mme Roy, les médias ont retiré les guillemets lorsqu'ils parlent de culture du viol. «D'en parler a fait évoluer les choses.»
Elle affirme avoir eu la nausée - et ressenti de la peur - lorsqu'elle a lu les propos dirigés à son endroit, après qu'une personne anonyme lui eut envoyé des photos des boîtes de clavardage.
«Ce n'est pas une culture à part, c'est vraiment enraciné dans la culture populaire. C'est dans la société, à la télé, dans les paroles de chansons, dans Internet. C'est de la façon dont on présente les femmes dans le public, dans le langage, le jargon, dans les expressions qui font référence à la violence sexuelle contre les femmes. Cette attitude envers les femmes, de dire: 'T'as cherché le trouble, ou ce n'est pas si pire, t'es dramatique'... C'est ça, la culture du viol. Et cette conversation (sur Facebook) c'est un autre exemple, c'est le produit de toute cette culture.»
Les Gee Gees
Rien en ce qui a trait aux allégations d'agression sexuelle visant les Gee Gees n'a été prouvé. Aucune accusation n'avait encore été déposée, hier. Mais si les allégations se révélaient fondées, dit la leader étudiante, il s'agira d'une autre preuve que la violence sexuelle est banalisée.
La présidente de la FÉUO veut faire la promotion de la campagne «Non c'est non» sur le campus, dans tous les événements universitaires, et parler du consentement sexuel et de l'oppression. «Je veux qu'on donne une formation à tous les leaders étudiants. Ce sont des gens qui sont très actifs dans leurs départements et leurs facultés.»
Mme Roy voudrait bien rencontrer la présumée victime des hockeyeurs. «Ça lui appartient. Je ne veux pas m'imposer, mais c'est certain que j'aimerais l'appuyer.»
Mardi, une source très proche de l'équipe de hockey a dit au Droit qu'il ne s'agissait aucunement d'un «viol collectif», laissant entendre que la jeune femme était consentante à avoir une relation avec plus d'un homme. Le 1er février dernier, les Gee Gees disputaient un match à Thunder Bay.
Police
La police de Thunder Bay a rectifié le tir, mardi, rappelant que la présumée victime collaborait à l'enquête, contrairement à ce qui avait été véhiculé dans certains médias. «Nous lui avons parlé et demeurons en contact avec elle», a dit le porte-parole de la police de Thunder Bay, Chris Adams. «L'enquête est à une étape très préliminaire.» La police d'Ottawa, de son côté, collabore et maintient la communication avec les membres des Gee Gees. L'Université d'Ottawa a suspendu son programme de hockey «jusqu'à nouvel ordre».