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Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, Pierre Dufour
Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, Pierre Dufour

Crise forestière en Outaouais: le ministre Dufour annonce son plan de match 

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
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Réclamé depuis des années par les représentants de l’industrie, un projet pilote en matière de planification forestière sera finalement lancé en Outaouais et dans les Laurentides. Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), Pierre Dufour, en a fait l’annonce lundi.

Même si la nouvelle avait déjà coulé depuis un certain temps, le ministre Dufour a officiellement confirmé l’information lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a réagi au dépôt du deuxième rapport de la Cellule d’intervention sur la vitalité de l’industrie forestière dans les régions de l’Outaouais et des Laurentides. Le ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe, prenait aussi part à cette conférence de presse.

Ce que le ministre Dufour qualifie de «projet pilote de planification collaborative avec les acteurs de l’industrie» aura comme objectif d’obtenir une planification forestière mieux adaptée aux besoins régionaux. 

«Depuis la mise en place du régime forestier en 2013, il revient au ministère de déterminer les secteurs qui sont prêts à être récoltés, à quel moment, les types de coupes à effectuer. Toutefois, un constat s’en dégage. On ne peut pas y arriver de manière efficace en se privant de l’expertise des acteurs du milieu», a-t-il déclaré lors de son annonce.

Baisse des coûts d’approvisionnement

Le but ultime du projet pilote, qui prendra naissance par le biais de la mise sur pied d’une instance de coordination des travaux forestiers pour les deux régions ciblées, «sera d’accroître la contribution des détenteurs des garanties d’approvisionnement au processus de planification des travaux forestiers pour obtenir plus d’efficience», a indiqué M. Dufour.

Au final, l’exercice devra se traduire par une baisse des coûts d’approvisionnement pour les entreprises qui font de la coupe forestière en Outaouais et dans les Laurentides.

Le ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe

Mathieu Lacombe n’a pas hésité à parler d’une mesure «révolutionnaire» de la part du gouvernement du Québec pour répondre aux enjeux de l’industrie forestière régionale qui est en crise depuis la fermeture, en octobre 2019, de l’usine Fortress, à Thurso.

«Pour la petite histoire, en campagne électorale, il y a un enjeu relatif à la forêt dont on m’a parlé et c’était la nécessité d’avoir un projet pilote de cette forme-là pour être en mesure de faire en sorte que les industriels puissent avoir leur mot à dire dans la planification des travaux et que ça ne vienne pas seulement du ministère. C’est important de bien comprendre que c’est historique, que c’était réclamé par la communauté et que c’est une première au Québec», a affirmé le ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau.

Le ministre Dufour a insisté sur le fait que le comité restreint récemment formé et composé d’élus régionaux, de représentants d’industries de l’Outaouais et des Laurentides et d’intervenants du MFFP aura un rôle à jouer «pour avoir des points d’ancrage» dans le futur projet pilote.

À LIRE AUSSI : Nouvelle mobilisation régionale pour relancer l’industrie forestière en Outaouais

D’autres solutions pour relancer l’industrie 

Parmi les autres solutions pour relancer l’industrie forestière dans les deux régions limitrophes, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs a confirmé qu’une table de coordination interrégionale des opérations forestières, une recommandation des industriels des deux régions, sera déployée. «Bien que les entreprises forestières soient en compétition pour des parts de marché, elles seront toutes gagnantes à travailler ensemble pour partager les coûts, notamment de transport», a indiqué M. Dufour.

Un bureau de projet couvrant l’Outaouais et les Laurentides, et dont le mandat sera de recueillir et d’analyser les propositions de promoteurs, sera également créé. 

«Les objectifs, ici, sont de renforcer les structures industrielles forestières régionales tout en mettant en valeur les volumes de bois toujours disponibles ou inutilisés. Toute option doit être envisagée et analysée», a expliqué M. Dufour.

Baisse de 10% ou 30%? 

Sur la question de la baisse des coûts d’approvisionnement visée par le projet pilote, le ministre Dufour n’a pas voulu se mouiller. Une étude parue la semaine dernière démontrait que les coûts d’approvisionnement avaient augmenté de 10% pour les entreprises qui font de la coupe en forêt mixte, depuis l’entrée en vigueur du régime forestier de 2013, a souligné ce dernier. Or, depuis les dernières années, les industriels de l’Outaouais réclament une baisse des coûts d’approvisionnement de 30% pour les opérations en forêt dans la région. 

«Il y aura discussions à ce niveau-là entre le ministère et les industriels», a mentionné M. Dufour, lundi, 

De son côté, le maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau, Benoît Lauzon, qui siège sur le nouveau comité restreint visant la relance de l’industrie forestière et de l’usine Fortress, à Thurso, salue les annonces effectuées par Québec. M. Lauzon estime cependant que la partie est loin d’être gagnée dans le dossier.

L’usine Fortress, à Thurso

«Ce projet pilote est demandé depuis longtemps et c’est une bonne nouvelle. Maintenant, ce qui va être important, c’est ce qu’il va contenir et c’est là-dessus qu’on va devoir travailler. L’objectif demeure de réduire les coûts d’approvisionnement de 30%», a commenté M. Lauzon.

Le retour de la pâte Kraft à Thurso?

Selon ce qui a été évoqué lundi par le ministre Dufour, la relance de l’usine Fortress pourrait passer par un retour de la production de la pâte Kraft à l’intérieur des installations de Thurso. 

Le rapport déposé en décembre par l’ingénieur forestier et professeur à l’Université de Laval, Luc Lebel, souligne que ce produit, qui était anciennement élaboré à l’usine de Thurso, avant la conversion en 2010 des équipements pour fabriquer de la pâte cellulosique, représente une «piste de relance prometteuse».

«Ce produit se distingue par sa maturité et pourrait dégager des résultats positifs sur un horizon assez court. Advenant le cas que le dossier Fortress Spécialité Cellulose puisse redémarrer, cette piste-là pourrait s’avérer prometteuse pour maximiser la valorisation des volumes disponibles», a indiqué M. Dufour.

Le ministre a cependant mis un bémol en précisant que l’avenir de l’usine sera déterminé par ses futurs acquéreurs, un dossier sur lequel son collègue, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, travaille.

«Oui, il est potentiellement possible qu’on puisse retourner à une pâte de qualité Kraft différente de ce sur quoi la conversion de Fortress est faite, mais tout va dépendre des nouveaux joueurs qui sont intéressés à acquérir Fortress et à en faire quelque chose», a-t-il dit.