Philippe Hurteau, de l’IRIS, a publié un rapport sur la crise du logement au Québec.

Crise du logement: «Le Québec doit agir rapidement»

Le Québec se dirige potentiellement vers une crise du logement similaire à celle qu’il a connue au début des années 2000, et c’est au gouvernement provincial d’instaurer des mesures afin de l’empêcher.

C’est en partie la conclusion que fait le chercheur de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) Philippe Hurteau, dans son rapport intitulé Vers une crise permanente du logement.

Sans grande surprise, on y apprend que dans les grandes villes du Québec, les coûts des loyers augmentent, mais aussi que les logements disponibles diminuent. Le taux d’inoccupation moyen des villes québécoises se situe actuellement à 2,3 %. Cela représente une chute de près de 2 % en seulement deux ans.

Par ailleurs, le Québec n’a plus de politique d’habitation depuis 1984, remarque M. Hurteau. Selon ce dernier, il est grand temps que cela change. « On saupoudre des annonces de logement social, mais il n’y a pas de planification. Le gouvernement devrait chaque année actualiser une politique d’habitation pour savoir si ça répond aux besoins, et la mettre en place pour répondre aux besoins des citoyens. »

M. Hurteau déplore également le manque de volonté politique pour pallier cette potentielle crise permanente du logement au Québec. « D’année en année, le Québec annonce la mise en chantier de milliers de logements sociaux communautaires. On les annonce, mais on ne les érige pas. »

Or, pour la première fois depuis plusieurs années, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec n’a annoncé aucune construction de nouveaux logements dans son dernier budget.

Gatineau, loin d’être épargnée

Au cours des cinq dernières années, le taux d’inoccupation de la ville de Gatineau est passé de 4 % à 1,2 %, le plus bas des huit municipalités observées, arrivant ex aequo avec Rouyn-Noranda. Un certain équilibre avait pu être remarqué entre 2013 et 2017, mais « on voit surtout un revirement de situation très drastique, une cassure dans la dernière année », note M. Hurteau.

« Un logement, ce n’est pas un bien de consommation, c’est un besoin de base à la vie humaine. Ce qu’on fait depuis malheureusement trop longtemps, c’est qu’on laisse au marché privé la construction du marché locatif. Ça prend une intervention politique. Il faut pouvoir combler les besoins de tout le monde, soit par la construction de logement social, ou étendre les pouvoirs de la Régie du logement. »

Logements à trois chambres

Le chercheur de l’IRIS a tenu à mettre l’accent sur la mauvaise accessibilité des logements comportant trois chambres ou plus.

Après avoir atteint un sommet de près de 4 % en 2016, le taux d’inoccupation de cette catégorie a chuté de beaucoup et se situe présentement à 1,5 %. En l’espace de seulement deux ans, il s’agit d’un recul de 2,4 %, « qui crée une situation aiguë de pénurie ».

Avec une telle pénurie, il devient pratiquement impossible pour les familles à loyer de se loger à prix abordable, et ce, surtout dans les grandes agglomérations. « La conséquence, c’est qu’on renvoie les familles toujours en périphérie des centres urbains, et pour les familles qui sont à a fois nombreuses, et qui en plus sont à faible revenu, ça devient difficile pour les déplacements, soit pour l’école, garderie, magasin, travail. En fait, ça devient à peu près impossible. »