De passage à l’Assemblée nationale devant la commission parlementaire sur l’avenir des médias, Claude Gagnon, président-directeur général de Groupe Capitales Médias, a répondu aux questions des parlementaires sur les «chambardements» survenus dans son entreprise ces derniers jours.

Crise des médias: Groupe Capitales Médias propose des pistes de solution

Groupe Capitales Médias (GCM) propose au gouvernement six pistes de solution pour se sortir de sa situation financière précaire et surtout pour que toute la presse écrite québécoise ait de nouveau les moyens de faire face à l’avenir.

De passage à l’Assemblée nationale devant la commission parlementaire sur l’avenir des médias, Claude Gagnon, président-directeur général de Groupe Capitales Médias, a répondu aux questions des parlementaires sur les «chambardements» survenus dans son entreprise ces derniers jours. 

M. Gagnon a expliqué que la totalité du prêt du 10 millions $ octroyé par le gouvernement du Québec en 2017 a été dépensée, parce que l’entreprise a des problèmes de revenus. «Les ventes [de publicité] ne se concrétisent pas de la façon dont ça devait se concrétiser.»

Le pdg de GCM indique que l’entreprise n’a pas de problème de lectorat, celui-ci étant en forte hausse sur ses plateformes numériques et qu’il ne fait pas de «dépenses folles». Entre 2008 et 2019, les journaux de GCM ont réduit leurs effectifs de 53 %, indique son mémoire. 

«J’ai l’impression que l’éléphant dans la pièce, c’est les régimes de retraite», a lancé le député péquiste Sylvain Gaudreault, qui souhaitait connaître l’ampleur du problème. M. Gagnon a admis que les fonds de retraite des employés était l’«une de nos préoccupations les plus grandes actuellement». 

GCM a environ 1000 retraités et bénéficiaires de son régime de retraite, alors qu’il ne compte plus que 400 employés actifs. Le déficit actuariel du régime tourne autour de 65 millions $ et son taux de solvabilité varie entre 75 et 78 %, a expliqué M. Gagnon. 

Un éventuel repreneur de cette entreprise, qui s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers le 19 août, devrait tenir compte de ce déficit. GCM peut poursuivre ses activités jusqu’à la mi-novembre dans un scénario pessimiste ou jusqu’à la fin décembre dans un scénario plus optimiste grâce à un nouveau prêt de 5 millions $ du gouvernement du Québec, qui lui permet de tenir en attendant un acheteur. 

Des milliers d’appuis

Depuis quelques jours, la situation périlleuse des journaux régionaux de GCM a créé une onde de choc au Québec. Des voix se sont élevées pour défendre l’importance d’une information régionale diversifiée. «Je crois que la conscientisation est plus importante que jamais […] On reçoit des milliers et des milliers de lettres d’appui», indique M. Gagnon. 

Mais il ne se fait pas d’illusion quant à la durée d’un tel mouvement de solidarité. «Vous savez les “Je suis Charlie”, ça fait un temps. Ça monte à un moment donné. On est tous là, on est tous là, le poing levé pis on y va. Mais après un certain temps, tout ça redescend.»

«Solution à long terme»

C’est pourquoi il demande aux parlementaires d’agir et de trouver «une solution à long terme», parce que sinon, l’exercice sera à recommencer tous les deux ou trois ans, croit-il. 

Le pdg de GCM demande aux députés de réfléchir à la seule chose qui n’a pas changé dans le monde des médias depuis 20 ans, soit le style de propriété, avec un propriétaire unique. Selon lui, l’occasion est bonne «de regarder d’autres modes de propriété des médias». 

M. Gagnon plaide aussi pour que les différents ministères et sociétés d’État soient obligés de placer une grande part de leur publicité dans les médias québécois, «plutôt que d’aller placer ça dans les Google et Facebook de ce monde, qui n’apportent absolument rien, ni en contribution fiscale ni en contribution sociale». 

Il croit que les crédits d’impôt sur la masse salariale sont «essentiels» pour que tous les médias d’information puissent survivre au cours des prochaines années et prône la création d’une régie publicitaire provinciale. 

L’idée d’une telle régie a germé il y a environ un an, chez plusieurs propriétaires de presse. Elle tarde toutefois à se concrétiser. «On est dans une industrie qui est en compétition au moment où on se parle. C’est pas simple de réunir tout le monde autour d’une table et de créer l’unanimité.»

L’objectif serait que les entreprises de presse puissent unir leurs forces pour vendre ensemble de la publicité. «Ça serait une façon effectivement de concurrencer les grands de ce monde», indique M. Gagnon, en faisant référence à Facebook et à Google, qui grugent une part importante des revenus publicitaires des médias.

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LES SIX SOLUTIONS PROPOSÉES PAR GCM

- Offrir des crédits d’impôt sur la masse salariale des entreprises de presse

- Créer une régie publicitaire provinciale qui rassemblerait tous les médias du Québec

- Éliminer la contribution que les médias écrits doivent payer pour le recyclage du papier

- Exiger que le gouvernement du Québec place une large part de sa publicité dans des médias québécois

- Exiger des municipalités qu’elles recommencent à publier leurs avis publics dans leurs médias locaux

- Taxer les multinationales du web sur les revenus qu’elles font au Québec

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LES SYNDIQUÉS DE GCM OUVRENT LA PORTE À UNE COOPÉRATIVE

Les employés de Groupe Capitales Médias ont ouvert la porte mardi soir à la création d’une coopérative de travailleurs qui pourrait se porter acquéreur des journaux régionaux. Les membres réunis en assemblée extraordinaire ont voté en faveur de l’élaboration d’un plan d’affaires qui validerait ou non la viabilité de ce modèle. 

«Nous sommes persuadés qu’une relance crédible de ces quotidiens passe inévitablement par leur participation», commente Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN). Le syndicat souhaite développer un «partenariat proactif avec d’éventuels partenaires» intéressés par la relance de ces journaux. 

Les membres des syndicats du Soleil, du Nouvelliste, du Droit, de la Voix de l’Est et du Quotidien sont d’accord pour explorer l’idée, alors que les syndiqués de La Tribune, représentés par Unifor, ne se sont pas prononcés. 

Claude Gagnon, pdg de Groupe Capitales Médias, croit que l’occasion est bonne pour évaluer tous les styles de propriété des médias. «Tous les modèles sont valables au moment où on se parle.»  

Consulter le mémoire de Groupe Capitales Médias: ICI

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À VOIR : Présentation de Groupe Capitales Médias