Un nombre croissant de recherches suggèrent que les jeux vidéo ne sont plus l'apanage de jeunes dépendants enfermés dans leur sous-sol pendant des jours, comme on le croyait depuis des décennies, mais plutôt un passe-temps pratiqué, plus ou moins fréquemment, par une majorité de Canadiens bien ordinaires.

Crimes violents et jeux vidéo: une relation douteuse de cause à effet

TORONTO — Une récente série de crimes très médiatisés au Canada qui auraient été perpétrés par de jeunes hommes adeptes des jeux vidéo poussent les spécialistes à mettre en garde contre tout amalgame simpliste.

Un nombre croissant de recherches suggèrent que les jeux vidéo ne sont plus l'apanage de jeunes dépendants enfermés dans leur sous-sol pendant des jours, comme on le croyait depuis des décennies, mais plutôt un passe-temps pratiqué, plus ou moins fréquemment, par une majorité de Canadiens bien ordinaires.

Les forces policières, les universitaires et les spécialistes du secteur s'accordent à dire que les stéréotypes qui ont longtemps orienté les discussions sur le portrait type des «gamers» sont réducteurs et ne parviennent pas à saisir toute la complexité de ce réseau croissant de communautés captivées par les jeux vidéo.

Richard Lachman, professeur agrégé à l'Université Ryerson, à Toronto, estime qu'il est de plus en plus vain d'établir un lien entre les activités virtuelles d'un suspect et des actes criminels présumés. «Il s'agit d'un élément parmi tant d'autres», a soutenu M. Lachman. «On pourrait aussi bien évoquer le chômage, les disparités économiques.»

Les jeux vidéo ont constitué un élément des récits entourant deux crimes récents commis au Canada. Un homme de 23 ans, accusé d'un quadruple homicide au nord de Toronto, aurait partagé avec des amis les détails des meurtres commis lors d'un jeu en ligne auquel il participait depuis deux ans. En Colombie-Britannique, la police a déclaré qu'au moins un des jeunes hommes qui font l'objet d'une vaste chasse à l'homme à travers le pays en lien avec le meurtre de trois personnes dans le nord de la province aurait envoyé des photos de son attirail nazi à l'un de ses partenaires de jeux vidéo.

Une majorité de Canadiens

Mais les chercheurs rappellent que ces deux jeunes jouent à des jeux vidéo comme le font une majorité de Canadiens. Selon le professeur Lachman, de récentes études estiment que de 80 à 90 % des Nord-Américains s'adonnent à des jeux vidéo, plus ou moins souvent. Un sondage en ligne mené en mars 2019 auprès de 2000 Canadiens a révélé que 65 % des répondants étaient des joueurs; ce nombre grimpait à 96 % chez les jeunes hommes de 18 à 24 ans.

Scott Stewart, analyste de recherche principal à la division des technologies et des médias de la société d'études de marché Mintel, compare la place des jeux vidéo dans la société aujourd'hui à celle occupée par le cinéma et la télévision. Il estime par ailleurs que les jeux vidéo sont mal compris et que les idées fausses qui leur sont souvent associées en font une explication de choix pour ceux qui tentent de comprendre ce qui peut bien se passer dans la tête des criminels violents.

Une idée fausse a d'ailleurs été mise en évidence dans une étude de l'Université de Montréal publiée dans la revue Jama Pediatrics au début du mois. Les chercheurs ont suivi l'«emploi du temps d'écran» de près de 4000 adolescents sur une période de quatre ans. On a constaté que même si l'utilisation accrue des médias sociaux et de la télévision était un facteur pouvant prédire la dépression, les jeux vidéo ne l'étaient pas. L'étude ne révèle pas non plus que les jeux vidéo sont associés à l'isolement social chez les ados.