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COVID: les besoins alimentaires des femmes enceintes vulnérables grimpent

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
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MONTRÉAL - La pandémie et le confinement qui l’accompagne ont entraîné une hausse des besoins alimentaires des femmes enceintes et de leurs nourrissons, mais la situation les empêche aussi souvent d’obtenir l’aide dont elles auraient besoin, préviennent deux intervenantes du milieu.

La Fondation Olo, qui offre aux familles vulnérables un suivi nutritionnel pendant la grossesse et dans les deux ans qui suivent la naissance, estime ainsi que le nombre de femmes qui auraient besoin d’un tel suivi a bondi de 10 % depuis mars dernier, à environ 11 000 seulement au Québec.

Pourtant, au même moment, elle observe une baisse d’au moins 20 % des inscriptions au suivi Olo à travers la province.

«Visiblement, il y a des freins qui empêchent des familles qui ont des besoins, qui ont de grandes vulnérabilités, mais qui ne vont pas chercher les services pour différentes raisons», a indiqué la directrice générale de la Fondation Olo, Élise Boyer.

Le message des autorités sanitaires depuis le début de la pandémie est clair: on reste à la maison le plus possible et on minimise les contacts avec les autres pour réduire les risques d’infection.

Cela inciterait certaines femmes, par crainte du virus, à ne pas aller vers les ressources disponibles.

«Sur le terrain, on remarque que l’inquiétude qui entoure ce virus-là fait que les familles ont tendance à s’isoler davantage et à protéger leur cocon familial, leur nouveau-né, et elles n’utilisent pas les services adéquatement», a confirmé Amélie Landry, la directrice générale de Réseau des Centres de ressources périnatales du Québec (RCRPQ).

Le RCRPQ maintient, depuis le début de la pandémie, son service de relevailles à domicile. Ce service a été jugé essentiel, d’autant plus que les familles sont maintenant souvent privées du support familial dont elles auraient pu autrement profiter avec leur nouveau bébé.

Le Réseau constate quand même une diminution de 30 % à 50 % du recours à ce service «parce que les familles trouvent ça anxiogène de faire entrer quelqu’un, même si on respecte les mesures sanitaires prescrites», a dit Mme Landry.

La pandémie a aussi entraîné une réorganisation importante du réseau de santé et du réseau communautaire, quand des ressources ont été réaffectées à la lutte contre le coronavirus.

Certaines femmes vulnérables qui auraient autrement été repérées et référées aux ressources appropriées passent donc aujourd’hui entre les mailles du filet.

Activités virtuelles

Coronavirus oblige, de multiples activités et ressources qui étaient auparavant offertes en personne le sont maintenant en mode virtuel, et cela prive souvent les intervenantes du contact humain dont elles ont besoin pour tendre la main aux mamans, a dit Élise Boyer.

«Une maman qui allait à une causerie dans une maison de la famille, c’est seulement au bout de trois ou quatre rencontres qu’une intervenante remarque que cette maman-là semble avoir de très grandes difficultés, elle semble plus isolée, elle a moins de support de sa famille», a-t-elle illustré.

«Tranquillement le lien de confiance s’installe, et éventuellement elle lui demande si elle a pensé de demander à son CLSC si elle serait admissible à Olo (...). Dans le contexte actuel, ça ne peut pas se faire parce que les activités sont virtuelles. En tant qu’intervenante tu ne peux pas après un Zoom l’inviter à prendre un café.»

La technologie peut aussi être problématique, puisque ce ne sont pas toutes les familles vulnérables qui disposent d’un accès à internet à la maison.

Plusieurs dépendaient plutôt du wifi gratuit offert par des établissements qui sont pour le moment fermés, ce qui intensifie encore un peu plus leur isolement.

«Ça fait dix ans et plus qu’on se questionne sur l’accès aux technologies d’une clientèle à faibles revenus», a indiqué Mme Boyer.

Fierté et méfiance

Certaines femmes qui gagnaient auparavant bien leur vie ont été plongées dans l’insécurité et dans la vulnérabilité par la pandémie. C’est notamment le cas de celles qui travaillaient dans des secteurs qui ont été frappés de plein fouet par la crise sanitaire, comme l’hôtellerie, la restauration et le tourisme.

«Dans le contexte actuel, on a un bassin de femmes encore plus grand et de besoins plus profonds à desservir», a dit Mme Landry.

Ces femmes se retrouvent à avoir besoin de l’aide d’organismes qu’elles connaissaient et qu’elles appréciaient, et qu’elles avaient peut-être même déjà été en mesure d’appuyer financièrement.

L’estime de soi pourra alors prendre un coup qui sera dur à encaisser.

«À ce moment-là, dans l’approche, c’est de mettre de l’avant le bien-être de l’enfant, et toutes les mères et tous les pères veulent le mieux pour leur bébé, et quand on part de là on se rejoint assez facilement, mais c’est certain qu’il faut passer par-dessus une certaine fierté», a explique Mme Boyer.

D’autres femmes pourront devoir surmonter leur méfiance, si elles portent encore les séquelles des expériences familiales vécues pendant leur jeunesse ou qu’elles ont eu «de drôles d’expériences» avec le système de santé, a-t-elle ajouté.

Mettre le bébé à l’abri

La médecine comprend de plus en plus que le stress et l’anxiété de la mère peuvent avoir des répercussions à long terme sur la santé de son bébé.

Le Projet verglas - qui suit depuis 20 ans les bébés nés pendant la crise québécoise de verglas de 1998 - indique ainsi que le bébé peut naître prématurément ou avoir un plus petit poids à la naissance. Les impacts seraient ensuite observables chez l’enfant durant plusieurs années.

«Le contexte n’est pas facile, l’environnement est hostile, ça fait des mois que nous sommes exposés à ça, il y a de l’usure, c’est normal, mais parce qu’on veut mettre le bébé à l’abri de ça, comme futur parent on gagne vraiment à sortir prudemment de sa bulle, a dit Mme Boyer. Il y a une façon de faire, il y a une façon d’aller chercher de l’écoute et de la bienveillance.»

Les médecins se sont souvent inquiétés, depuis le début de la pandémie, de voir des patients attendre trop longtemps avant de se présenter à l’hôpital par crainte du virus, mais aussi pour ne pas accaparer les ressources dont d’autres pourraient avoir besoin. Quand le patient se décide enfin à consulter, il est souvent trop tard, ou presque.

Le même phénomène est constaté chez certaines familles vulnérables, rapporte Mme Landry.

«Les futurs parents n’ont pas à juger si c’est un besoin essentiel ou si leur besoin est plus grand que celui d’un autre, a-t-elle conclu. Parfois les familles disent qu’elles n’utiliseront pas un service parce qu’elles ne veulent pas en priver une autre famille qui a plus de besoins. On l’entend régulièrement. On a tous des besoins différents. Ces femmes-là ont toutes des besoins différents. On n’a pas à être gênés par la nature du besoin.»