L’industrie du tourisme en Outaouais ne s’attend pas à ce que l’activité touristique reprenne sa vitesse de croisière du jour au lendemain.
L’industrie du tourisme en Outaouais ne s’attend pas à ce que l’activité touristique reprenne sa vitesse de croisière du jour au lendemain.

Vendre l’Outaouais aux gens de l’Outaouais

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
L’industrie touristique de l’Outaouais ne s’attend pas à recevoir beaucoup de visite de l’extérieur cet été. « Pour que le tourisme fonctionne, ça prend deux éléments non négociables, la mobilité des gens sur le territoire et la possibilité d’avoir des rassemblements publics, mais à l’heure actuelle, on n’a aucun des deux », reconnaît la directrice générale de Tourisme Outaouais (TO), France Bélisle. 

Le brouillard entourant la suite des choses est à ce point épais que TO a complètement cessé ses investissements en marketing. L’industrie ne s’attend d’ailleurs pas à ce que l’activité touristique reprenne sa vitesse de croisière du jour au lendemain. 

Personne, donc, ne pense revoir le traditionnel ballet estival d’autobus remplis de touristes en visite organisée devant le Musée canadien de l’histoire au cours des prochains mois. Les commerçants du centre-ville ne pourront pas compter sur la présence d’un événement majeur du type Cirque du Soleil ou Mosaïcultures pour faire gonfler leurs recettes. Tout le complexe hôtelier lié au Casino du Lac-Leamy pourrait demeurer vide pendant encore quelque temps. Les événements culturels et sportifs sont tous annulés. Les Gatinois, comme le reste des Québécois, ont été conditionnés, depuis des semaines, à voir tous ceux qu’ils croisent dans la rue ou ailleurs comme de potentiels porteurs du coronavirus. 

« Il y aura une période de transition assez longue, croit Mme Bélisle. Les gens devront se réapproprier les lieux publics. Au début, ce sera en fait beaucoup plus du marketing psychologique qu’on devra faire et ce sera tout un art parce qu’il faudra s’adapter au rythme des citoyens et suivre leur niveau de confort à vouloir sortir de chez eux. »

La directrice générale de Tourisme Outaouais (TO), France Bélisle

Tourisme Outaouais admet que la COVID-19 lui a mis plus qu’un bâton dans les roues au cours des dernières semaines. Une profonde réflexion est amorcée dans l’organisation quant aux actions à mener lors de la reprise. « C’est certain que notre orientation va changer pour un temps, précise Mme Bélisle. Nos investissements en marketing se feront sur des marchés locaux. On va vendre l’Outaouais, aux gens de l’Outaouais. On l’a déjà fait et on sait que ça rapporte. Ça confirme aussi la méconnaissance de l’offre touristique des gens sur leur propre territoire. Il y a une occasion auprès de la clientèle locale. On pourra même parler d’hyper local, d’attirer, par exemple, des gens de Hull vers des attraits du secteur Hull. »

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Tourisme Outaouais analyse aussi la possibilité d’aller jusqu’à Saint-Jérôme pour attirer les gens dans Papineau, et jusqu’à Hawkesbury pour inviter les gens à prendre le traversier pour venir jusqu’à Gatineau. « On n’a pas encore défini complètement notre marché local et de proximité, mentionne Mme Bélisle. Ça va dépendre des directives de la Santé publique. »

Les éléments positifs pour le tourisme sont rares par les temps qui courent, mais il y en a, note Mme Bélisle. « Nous avons quelque chose que les autres régions n’ont pas, dit-elle. Un voisin qui est Ottawa. On a la possibilité d’attirer des Ottaviens. S’ils viennent dépenser ici, c’est de l’argent frais qui rentre au Québec. Encore faut-il que nos voisins puissent traverser les ponts. »


« [...] Ce sera en fait beaucoup plus du marketing psychologique qu’on devra faire et ce sera tout un art. »
France Bélisle

Plein air

L’autre avantage de l’Outaouais c’est d’avoir développé et structuré son offre en plein air. « Ça n’aura jamais été un atout aussi important pour la région, estime la directrice générale de TO. On peut présumer que la distanciation sociale est plus facile à gérer en plein air. Dans une perspective de relance, on a quelque chose de solide sur quoi s’appuyer. »

Pour les autres joueurs de l’industrie, la carte de visite pourrait devoir changer. « Le positionnement sur la santé et la sécurité des gens deviendra primordial, croit Mme Bélisle. Avant de vivre une expérience touristique, avant de se faire vendre un produit, la personne voudra s’assurer d’être en sécurité. Ça, toutes les entreprises qui sont dans le service à la clientèle devront chanter la même chanson pour rassurer le consommateur. »