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Le CPE Trois Petits Points de Gatineau a été confronté à deux éclosions et à autant de fermetures temporaires depuis quelques semaines.
Le CPE Trois Petits Points de Gatineau a été confronté à deux éclosions et à autant de fermetures temporaires depuis quelques semaines.

Vaccination des éducatrices: un CPE de Gatineau lève le ton 

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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À en croire le cri du coeur lancé par une directrice d'un CPE de Gatineau et son personnel, la frustration, le stress et l'impatience sont à leur paroxysme dans le milieu en Outaouais face au fait que les variants de la COVID-19 se propagent à vitesse grand V et que les éducatrices de la petite enfance n'ont pas encore été priorisées pour la vaccination. Une «aberration» sur toute la ligne, clame-t-on.

«Notre priorité, si on représente un groupe à qui on demande d'être présent et au front depuis le début, devrait être de s'assurer que tout le monde peut travailler en toute sécurité. De quoi peut-on être fier quand nous ne sommes pas capables d'offrir à ceux qui s'occupent de nos enfants de la vaccination, des délais moins longs pour les résultats de tests de dépistage ou encore des primes et des congés COVID? Comment on explique ce manque de respect? Je me pose la question», lance d'emblée Chantal Massie, directrice générale du CPE Trois Petits Points, qui a été confronté à deux éclosions et à autant de fermetures temporaires depuis quelques semaines.

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Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a annoncé mercredi que la vaccination des travailleurs essentiels, tels que les éducatrices de la petite enfance, les enseignants, les policiers et les gardiens de prison, s'amorcera dès lundi, mais seulement à Montréal pour l'instant. Les autres régions emboîteront le pas plus tard.

Ce ne fut pas assez pour soulager le milieu, qui tape du pied pour que la vaccination s'accélère et qu'on leur accorde une priorité. 

«Mon personnel est affolé. Ça fait deux fois qu'on doit fermer en un mois. Ça fait un an que le virus est là et la santé publique n'arrête pas de nous répéter qu'il est hyper virulent. Est-ce qu'on peut enfin les prioriser (les éducatrices)? On leur demande de prendre soin des enfants, mais ce n'est pas vrai que les lunettes et le masque protègent de tout. La moindre des choses, ce serait de leur offrir le vaccin pour qu'elles se sentent mieux protégées. Ça fait des semaines qu'on sait que les variants arrivaient, pourquoi ne pas avoir agi?», lance Mme Massie.


« Si M. Legault a trop de choses à penser, pourquoi M. Lacombe (ministre de la Famille) n'y a pas pensé? Ce n'est pas un deux de pique. »
Chantal Massie, directrice générale du CPE Trois Petits Points

Sans vouloir y aller d'un jeu de comparaisons, elle indique qu'outre les travailleurs de la santé, peu ou pas d'autres emplois requièrent d'être aussi près physiquement des autres que doit l'être le personnel des garderies avec les tout-petits. 

À son avis, pour apaiser les tensions, on aurait très bien pu faire d'une pierre deux coups en donnant un répit au personnel durant une semaine durant laquelle les CPE seraient fermés et que les travailleurs recevraient leur première dose du vaccin.

«Un citron de plus en plus pressé»

Les longs délais pour l'obtention de résultats de tests en Outaouais ajoutent une couche au mécontentement, soutient Mme Massie, puisque les CPE sont à risque d'un bris de service chaque fois qu'une éducatrice doit s'absenter quatre, cinq, voire sept jours.

La directrice générale du CPE Trois Petits Points Chantal Massie

«On doit offrir un résultat rapidement et aussi mieux les protéger. Ça n'a aucun sens de devoir attendre jusqu'à une semaine. Les éducatrices travaillent avec des enfants, qui même sans pandémie sont déjà des transmetteurs incroyables de virus. Elles sont déjà plus souvent malades. Si elles rencontrent 100 virus dans un mois, elles vont peut-être en attraper deux, trois. [...] En ce moment, elles se demandent qui a de la considération pour elles, il y a un grand sentiment d'insécurité. Et tous les jours, le citron est de plus en plus pressé. C'est nous, les gestionnaires, qui tentons de remonter le moral à tout le monde, qui devons trouver des remplaçantes très tôt le matin ou tard le soir. Ce n'est pas évident, on n'a pas le choix de prendre le temps de leur redonner de l'énergie, même si nous n'en avons plus nous-mêmes. On pourrait tous gagner un prix Nobel de psychologie», s'exclame-t-elle.

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L'exaspération serait à ce point importante que des éducatrices, bien qu'elle adore leur travail, songeraient à quitter le navire. Certaines ont d'ailleurs écrit une lettre au ministre Lacombe pour étaler leurs états d'âme la semaine dernière lorsque Québec a annoncé qu'il mettait sur pause trois villes dont Gatineau, fermant entre autres écoles et commerces non essentiels.

«Est-ce que vous nous avez entendu critiquer? Nous sommes là depuis le début, nous avons accueillis les enfants des travailleurs essentiels, mais à vos yeux nous sommes essentielles quand ça fait votre affaire. Où sont nos avantages? Pourquoi ne somme nous pas prioritaires pour la vaccination? Pourtant s’il y a bien un métier ou la distanciation de deux mètres est difficile à avoir, c’est bien en centre de la petite enfance. Avez-vous déjà essayé de changer des couches à deux mètres, de moucher des nez, de consoler ou même de donner un câlin?», lui a écrit l'une d'entre elles.

«La langue à terre»

Éducatrice au CPE Trois Petits Points, Lynda Latendresse compte plus de 35 ans d'expérience. Elle juge insensée la situation actuelle et exige qu'elle et ses collègues soient vaccinés dans les plus brefs délais.

«C'est aberrant, sachant qu'on est considéré comme un service essentiel depuis le tout début. Nous avons toujours été présentes et il a fallu tout réorganiser, s'adapter. J'ai dû me faire tester la semaine passée et j'ai dû attendre sept jours pour le résultat. Nous sommes déjà en pénurie, alors c'est une vraie jonglerie d'essayer de remplacer les gens. [...] Les filles ont la langue à terre, ça enlève un peu la magie d'être avec les enfants, c'est ce qui est dommage actuellement. Nous sommes là pour le bien-être des enfants, mais jusqu'à quel prix? Il faut qu'il y ait un retour d'ascenseur», déplore la femme de 57 ans.

L'éducatrice au CPE Trois Petits Points, Lynda Latendresse

Elle réclame non seulement que les éducatrices puissent être vaccinées à très court terme, mais également qu'elles n'aient pas à patienter deux ou trois jours pour obtenir un rendez-vous pour un test de dépistage et encore moins d'attendre ensuite jusqu'à six jours pour avoir un résultat. D'autant plus qu'elles ne sont pas payées durant cette période, dit-elle.

Estimant que les CPE et garderies n'ont jamais été très valorisés alors qu'on ne cesse de répéter que «la petite enfance est l'une des périodes les plus importantes pour forger un adulte», elle croit que le traitement réservé par le gouvernement au personnel de ces lieux est en quelque sorte «la goutte qui fait déborder le vase».

«À un moment donné, j'ai songé à quitter car je me demandais jusqu'à quel point je m'exposais (au virus). C'est un coup de dé, en quelque part. J'adore ce que je fais, c'est un travail de coeur, sauf qu'on doit se sentir soutenu là-dedans et ce n'est pas le cas», dit-elle.

Réaction du cabinet du ministre

Invité à réagir, le cabinet du ministre de la Famille Mathieu Lacombe rappelle que c'est le Comité sur l'immunisation du Québec qui décide de l'ordre de priorité de la vaccination.
«Ce n'est pas un enjeu politique du tout. Par contre, on a dit que les éducatrices font partie du même groupe que les enseignants (rang 9). Ça approche rapidement, mais quand et comment, c'est le Comité et la santé publique qui vont le dire. Nous sommes conscients que c'est important pour elles, c'est pour cela qu'elles sont du groupe des travailleurs essentiels», note l'attaché de presse Antoine De La Durantaye.