Le Dr Jean-François Brouillette de l'Hôpital de Hull
Le Dr Jean-François Brouillette de l'Hôpital de Hull

Unité COVID-19 de l'Hôpital de Hull: des décès et des récompenses

Chaque fois qu’un patient rend son dernier souffle, «ça affecte le personnel». Pour le Dr Jean-François Brouillette, «ce qui a vraiment changé la dynamique» avec la COVID-19, c’est l’impossibilité pour les proches du défunt d’être sur place pour un dernier câlin, un dernier «je t’aime».

En pratiquant aux soins intensifs, le Dr Brouillette voit davantage de patients s’éteindre que dans d’autres spécialités. Dans bien des cas, ces patients ont passé «un certain bout» de temps avec l’équipe soignante, indique l’interniste intensiviste de l’Hôpital de Hull.

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«N’importe quel patient qui décède, je pense que ce soit de la COVID ou que ce ne soit pas de la COVID, ça affecte le personnel, note le Dr Brouillette. Là où ça change vraiment la dynamique, c’est que la famille n’est pas présente tout au cours de l’hospitalisation.»

À l’intérieur de l’unité COVID-19, le personnel a «certains moyens technologiques pour que les patients puissent communiquer le plus possible avec leur famille». Alors qu’ailleurs dans l’hôpital, un visiteur est permis «pour des humanitaires» lorsque le décès d’un patient est imminent, ce n’est pas le cas pour ceux qui sont atteints de la COVID-19.

Des récompenses

Il y a des décès, mais il y a aussi des victoires. C’est le cas lorsque des patients peuvent quitter les soins intensifs. Une satisfaction pour les patients bien sûr, mais aussi pour toute l’équipe, des préposés aux médecins.

«Nous, on travaille pour redonner la meilleure qualité de vie possible aux patients, expose le Dr Brouillette. Donc quand on voit qu’on a ce succès-là, c’est notre récompense.»

Les médecins se tiennent évidemment informés de toutes les nouvelles données scientifiques sur la COVID-19, une nouvelle pathologie sur laquelle les experts sont «toujours en train d’apprendre». «Il y a quand même une certaine crainte à traiter quelque chose qui est inconnu, reconnaît le Dr Bouillette. Ce sont des dizaines d’articles par jour que je lis pour être à jour sur tout ce qui sort. On a mis en place des protocoles et ils sont en révision constante.»


« N’importe quel patient qui décède, je pense que ce soit de la COVID ou que ce ne soit pas de la COVID, ça affecte le personnel. »
Dr Jean-François Brouillette

Désinformation

Les données sur le nombre de cas confirmés par 100 000 habitants montrent que l’Outaouais fait partie des régions du Québec les moins touchées. «Le fait que ce soit contrôlé présentement, [ça signifie] que les gens respectent les consignes et je trouve ça vraiment bien, note le Dr Brouillette. Je suis fier, en fait, que les gens aient été capables de tous se mettre ensemble et qu’on réussisse, dans la région, à ne pas avoir plus de contamination que ça.»

Une certaine tranche de la population demeure toutefois sceptique devant les explications et consignes des experts en santé publique, qui se basent sur des données scientifiques. Les théories du complot se multiplient et gagnent du terrain, au gré des partages sur les réseaux sociaux.

«Ça démontre qu’il y a probablement une communication qui n’est pas efficace pour certaines parties de la population, avance le Dr Brouillette. C’est sûr que je suis très content de voir que la plupart des gens font confiance aux autorités et suivent ce que la santé publique recommande, mais je dois dire que je ne suis pas absolument surpris qu’il y ait des gens qui ne croient pas les données scientifiques, parce que ce n’est pas nouveau. Il y a des gens qui croient que la Terre est plate, et je trouve toujours ça aberrant aussi.»