L’enseignante Karine Villeneuve en compagnie de la petite Leslie
L’enseignante Karine Villeneuve en compagnie de la petite Leslie

Une école adaptée à la COVID [PHOTOS]

Le 11 mai, les écoles primaires du Québec ont vécu une rentrée pas comme les autres. Après un long confinement, professeurs et élèves sont retournés en classe dans un mélange d’excitation et d’appréhension. C’était le cas à l’école Saint-Michel, dans le secteur de Sillery, où s’était rendue notre équipe de reportage. Un mois plus tard, Le Soleil est retourné sur place pour constater que tout le monde s’est adapté à la nouvelle routine imposée par la crise sanitaire.

«Bonjour Rosalie! Bonjour Leslie! Vous allez bien? Quand vous aurez déposé vos choses, allez vous laver les mains.»

Le 11 mai, les écoles primaires du Québec ont vécu une rentrée pas comme les autres. Après un long confinement, professeurs et élèves sont retournés en classe dans un mélange d’excitation et d’appréhension. C’était le cas à l’école Saint-Michel, dans le secteur de Sillery, où s’était rendue notre équipe de reportage. Un mois plus tard, Le Soleil est retourné sur place pour constater que tout le monde s’est adapté à la nouvelle routine imposée par la crise sanitaire.

Cette directive, Karine Villeneuve la répète ad nauseam à tout moment de la journée à ses élèves de maternelle. Ses autres bouts d’choux de 6 ans, Apollo, Paul, Augustin, Sophie, Zoé, Juliette, Allie et Jules, ont aussi droit régulièrement à la même directive. Il est 8h. Tout son petit monde s’exécute sans dire un mot, dans le plus grand calme.

Les élèves de Madame Karine, comme tous ceux de l’école Saint-Michel, n’ont jamais eu les mains aussi propres. À leur arrivée dans la classe, à la sortie de la récréation et au retour, avant et après la collation, avant et après un passage aux toilettes, à la sortie de la classe, tous doivent se soumettre à un rituel sanitaire. Une vingtaine de fois au total dans la journée.

«La première journée a nécessité beaucoup d’adaptation, il a fallu répéter les consignes, surtout dans la façon de bien se laver les mains. Les élèves ne faisaient que se mettre du savon et se les passer sous l’eau», souligne Louis-David Hamel-Ratté, son collègue de la classe d’à côté.

Karine Villeneuve a appris à composer avec un environnement et des méthodes pédagogiques différents de ce qu’ils étaient avant la pandémie. Sa classe compte neuf élèves de moins afin de respecter la distanciation physique. Dans le couloir, aucun objet ou vêtement n’est autorisé sur les crochets ou dans les casiers. Ici et là, des affiches rappellent des consignes sanitaires et le protocole à suivre si un élève présente des symptômes s’apparentant à la COVID-19. Jusqu’à maintenant, aucun cas n’a été relevé dans l’école.

Le lavage régulier des mains est entré dans les habitudes des élèves.

«Les élèves doivent rester à leur table de travail. Il n’y a plus de déplacements ni de jeux entre amis. Avant, ils pouvaient aller chercher leur matériel. On travaillait beaucoup l’autonomie de cette façon, mais maintenant, je mets tout sur leur bureau le matin», explique l’enseignante.

L’incontournable masque

Comme partout, le masque est devenu un objet incontournable, mais aucun professeur ne le porte à longueur de journée. «Quand je suis en avant de la classe et au tableau, je ne l’ai pas. Ma voix ne porte pas. Mais aussitôt que je dois me rapprocher d’un élève, je le mets», précise-t-elle.

La diminution du nombre d’élèves par classe a entraîné la formation de plus de groupes, 28 au total, ce qui a forcé la direction à remanier ses effectifs. Les professeurs de musique, d’éducation physique, d’arts plastiques et d’anglais sont devenus titulaires de classe.

Lorsque vient le temps de la récréation, les élèves doivent prendre en rang, sur une ligne rouge, à 2 mètres de distance.

C’est le cas de Louis-David Hamel-Ratté, qui a délaissé ses habits d’éducateur physique pour prendre en charge un groupe de maternelle. «C’est une grosse adaptation. Je suis habitué dans un gymnase où ça roule. La dynamique en classe est différente. Heureusement, j’ai reçu beaucoup d’aide de mes collègues.» Le jeune professeur se débrouille pour faire bouger ses élèves le plus souvent possible : danse, yoga, exercices avec des chaises...

Au mur de sa classe, les différentes étapes de la journée sont inscrites. En avant-midi : toilette, jeux calmes, causerie, éducation physique, petit travail, collation, jeux extérieurs, dîner. La causerie du jour porte sur les lucioles. «Ça fait deux semaines qu’on est dans les bestioles. Je vais passer une petite vidéo. C’est un peu scientifique. J’ai hâte de voir comment ils vont réagir.» Un épisode de Passe-Partout, pendant la collation, est également au programme.

L’ambiance tranquille, où chacun suit la routine, est momentanément troublée par l’arrivée du photographe. Tout le monde veut se faire tirer le portrait. Les garçons se relancent à savoir qui est le plus tannant de la classe, voire de l’école. La palme reviendrait à un certain Étienne...

L’enseignant d’éducation physique Louis-David Hamel-Ratté est devenu titulaire d’une classe de maternelle à l’école Saint-Michel en raison de la multiplication des groupes.

À l’étage, dans une classe de 3e année, Édith Marmen s’étonne de la capacité d’adaptation des élèves depuis le retour en classe. «Il y avait de l’anxiété au début. On avait peur pour eux, mais ils sont super bons. Ils sont très rigoureux. Quand ils éternuent, ils viennent chercher du désinfectant. Ils vont se laver les mains un à la fois. Ils sont vraiment des champions.»

Moins difficile que prévu

«Il y avait beaucoup d’appréhension, ce n’était pas une rentrée habituelle, renchérit la directrice de l’école, Marie-André Couillard. Mais on s’est reviré de bord vite. C’est moins pire qu’on l’avait imaginé.»

Chaque semaine, un élève réintègre l’école. Malgré tout, 28 % des parents ont décidé, pour des raisons médicales ou autres, de garder leurs bambins à la maison. En chiffres absolus, sur un achalandage normal de 459 élèves, 332 enfants sont retournés à l’école Saint-Michel. Histoire de ne laisser tomber personne, l’établissement a délégué un enseignant pour faire des suivis pédagogiques à distance.

Le lavage régulier des mains est entré dans les habitudes des élèves.

Édith Marmen a choisi de conserver un lien virtuel affectif avec cinq de ses écolières demeurées à la maison. «On se fait des jasettes de filles toutes les semaines, juste pour le plaisir, il n’y aucune approche pédagogique.»

L’école fonctionne à pleine capacité. Il a fallu réaménager des locaux pour accommoder sept groupes supplémentaires. Transformé en salle de classe, le salon du personnel a été déplacé dans une portion du gymnase; l’autre moitié accueille les enfants du service de garde.

Comme partout, la propreté des lieux est devenue un objet de surveillance de tous les instants. Trois concierges de jour et deux de soir veillent au grain. Alexandre Boivin est l’un d’eux. «Chaque fois que les élèves sortent de la classe, je passe pour nettoyer les tables, les pupitres, les poignées de porte, les robinets. J’aime mieux en faire plus que pas assez.»

La police du 2 mètres

Lorsque vient le temps de sortir pour la récréation, tous les gamins vont se placer sur une ligne rouge, dans la proverbiale distanciation de 2 mètres. La mesure est plus difficile à faire appliquer à l’extérieur, mentionne Louis-David Hamel-Ratté. «Il faut répéter. On joue à la police du 2 mètres. Ce n’est pas dans la nature de l’enfant (de respecter la distance). J’en ai qui sont très actifs. Je les laisse jouer au soccer. Il y en a qui en ont tellement besoin. Ils sont assis toute la journée.»

Le 18 juin, les professeurs de Saint-Michel souhaiteront bonnes vacances à leurs petits protégés. Tous fermeront cahiers et ordinateurs, en souhaitant retrouver une vie normale à la rentrée d’automne.

«C’est une bonne chose qu’on soit revenus. Ç’a permis de boucler la boucle avec les élèves. Ils étaient contents de revenir, explique Marie-Andrée Couillard. Il n’y a pas d’évaluations, on a consolidé les acquis. Mais on sent qu’il y a une certaine fatigue provoquée par la vigilance. Cette rentrée a duré seulement un mois et demi, il a fait beau, tout s’est bien passé, mais il ne faudrait pas que la prochaine soit encore comme ça.»