Une annonce qui « fait mal en maudit » pour les cabanes à sucre

Les prochaines semaines s’avéreront critiques pour les cabanes à sucre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, lesquelles font partie des organisations visées par la vague de fermetures ordonnées par le gouvernement du Québec afin de ralentir la propagation de la COVID-19.

La copropriétaire de l’Érablière Chez les Filles, du Cap Bleu à Saint-Honoré, Audrey Fortin, explique avoir dû congédier temporairement tous ses employés en attendant l’évolution de la situation.

« On a “slaqué” tous nos employés [lundi] matin. C’est vraiment une question de survie. On ne se le cachera pas, c’est là qu’on fait notre année. Nous autres, en tant que tel, c’est deux sections, le temps des Fêtes et le temps des sucres. Si jamais [la fermeture] se rend jusqu’au mois de mai, on a vraiment besoin de l’aide du gouvernement. En plus, on est deux travailleurs autonomes. On comprend le gouvernement, mais d’un autre côté, ça fait mal en maudit. »

La situation est d’autant plus pénible qu’il s’agissait d’une première année de brunchs pour l’érablière honorienne. « On l’a fait [dimanche] (avant l’annonce des nouvelles mesures), et le monde était au rendez-vous. Les gens aimaient bien ça. »

Audrey Fortin souligne que les produits transformés ne peuvent pas, à eux seuls, sauver la saison. « On fait beaucoup de transformation, mais les magasins sont touchés aussi. On s’attend à ce que l’Expo agricole soit annulée aussi. Si le gouvernement ne nous aide pas, ça va être dur. »

Mme Fortin ne se fait pas d’illusion. Questionnée sur les éventuelles pertes financières causées par l’annulation de la saison, elle répond : « Pertes financières ? C’est une question de mettre la clef sur la porte. »

Dans l’éventualité où les cabanes seraient fermées encore quelques semaines, Audrey Fortin souligne que c’est la population qui jouera un rôle déterminant. « On peut s’arranger pour éterniser jusqu’au mois de mai, précise-t-elle. Ça ne nous dérangerait pas du tout, mais au mois de mai, est-ce que le monde veut manger à la cabane à sucre ? Si la population est là, on va le faire, c’est sûr. »

En attendant, le meilleur scénario reste une réouverture le 31 mars. Audrey Fortin invite la population à déplacer leur réservation, plutôt que de simplement l’annuler. « Remettre la réservation au mois d’avril, c’est vraiment l’idéal. »

Elle ajoute qu’il est également possible d’encourager les cabanes à sucre en achetant les produits transformés, comme la tire ou le sirop d’érable, dans différents points de vente.

 « Se serrer les coudes »

Sylvain Néron, de l’Érablière au Sucre d’Or de Laterrière, lance un message d’entraide à la population. « Il faut qu’on se tienne ! Comme disait Honoré Mercier, unissons-nous. »

M. Néron explique que le succès de sa saison repose désormais sur la production et la vente de produits transformés. « Nos activités de restauration sont arrêtées. Pour ce qui est du travail en forêt, il nous reste un petit peu d’entailles à finaliser. La balle va être dans les mains du consommateur, parce que si on veut passer au travers de cette situation-là, il faut écouler notre produit rapidement. On va être capables de passer au travers à condition qu’on fasse une excellente production et qu’on l’écoule rapidement. Il faut ramener la liquidité. »

Sylvain Néron rappelle que les compensations prévues par le gouvernement pourraient prendre des mois à obtenir. « J’ai hâte de voir si on va avoir une compensation, mais on en a pour des mois et des mois à se demander ce qui va arriver. »

Il souligne également le travail du gouvernement provincial et incite les autres acériculteurs à respecter les mesures mises en place. « On est dans une situation où il faut qu’on se tienne. Au Québec, ils ont pris de très, très bonnes décisions. C’est à nous de les approuver. »

M. Néron encourage les consommateurs à appeler au Sucre d’Or pour commander des produits. « Je demande à la population d’être sensibles. C’est le temps de consommer régional. De la livraison, on en fait tout le temps, alors ils peuvent nous appeler. On est partout sur les routes. »

« On ne peut rien faire »

À Albanel, le propriétaire de la Cabane à sucre Chez Gervais, Gervais Turcotte, est résolu à suivre les directives gouvernementales. « S’il faut fermer, il faut fermer, laisse-t-il tomber. On va travailler ailleurs, que veux-tu faire ? »

Il admet cependant que la saison ne battait pas encore son plein, au moment de l’annonce des fermetures obligatoires. « Ici, ce n’est pas commencé fort, fort. Normalement, en avril, c’est notre meilleure [période]. »

Dans l’éventualité d’une fermeture prolongée, M. Turcotte réévaluera la situation. « De la neige, on en a jusqu’au mois de mai. Je ne sais pas ce qu’on va faire rendu là. »

Gervais Turcotte ne distribue pas ses produits dans les magasins, mais il en vend à sa cabane. Il mentionne que les amateurs de produits d’érable peuvent appeler le commerce pour s’en procurer. D’ici la levée des mesures provinciales liées à la COVID-19, M. Turcotte souligne qu’il « va faire comme les autres et attendre ».