Le père du nouveau-né est prêt à démissionner de son poste d’infirmier pour pouvoir rester auprès de lui.
Le père du nouveau-né est prêt à démissionner de son poste d’infirmier pour pouvoir rester auprès de lui.

Un «ange gardien» privé de congé parental

Un infirmier qui travaille à l’urgence de l’hôpital de Granby a eu une bien mauvaise surprise. Père d’un nouveau-né depuis peu, il a décidé de scinder ses congés de paternité et parental en deux pour revenir temporairement en poste afin d’aider ses collègues débordés, notamment en raison de la COVID-19. Or, l’employeur lui a indiqué qu’il est privé du reste de son congé, soit un total de 32 semaines, en raison d’un aspect technique dans la convention collective. L’infirmier est à ce point frustré qu’il est prêt à quitter son travail pour rester auprès de son fils.

Rébecca Vandal, la conjointe de l’infirmier, fulmine. «On n’arrête pas de dire que les gens qui travaillent dans le réseau de la santé sont nos anges gardiens depuis le début de la crise du coronavirus. Mon conjoint en fait partie. Et tout ce qu’on trouve à faire pour le remercier de son dévouement, c’est de l’empêcher d’être près de sa famille. J’en parle et ça me met tellement en colère», a-t-elle confié à La Voix de l’Est.

L’infirmier d’expérience a préféré ne pas commenter le dossier par peur de représailles de son employeur. La mère de six enfants est catégorique: pas question d’abdiquer. «C’est une injustice si grande. On ne peut pas accepter ça. S’il le faut, on va se battre pour qu’il ait droit à son congé parental. Sinon, il démissionnera pour être avec notre enfant.»

Rébecca Vandal est travailleuse autonome. Il est donc convenu que son conjoint prenne le congé parental. Selon la jeune maman, le CIUSSS, via un représentant du Programme de rémunération et avantages sociaux de l’Estrie (PRASE), s’appuie sur un point de la convention collective pour refuser d’accorder la partie restante du congé d’un an.

«Pour être valides, il semble que les deux congés auraient dû être pris sans interruption, un à la suite de l’autre, a-t-elle résumé. C’est illogique qu’on ne tienne pas compte du fait que mon mari sacrifie du temps avec sa famille pour aider les autres.»

Problème de communication

Invitée à commenter le dossier, la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, a assuré qu’il sera rapidement pris en charge. «C’est évident qu’on ne laisse jamais tomber nos membres. On va représenter l’infirmier pour qu’il puisse obtenir le congé parental auquel il a droit», a-t-elle fait valoir.

De son côté, l’employeur dit faire preuve d'une grande ouverture. «Soyez assuré qu’une personne qui est venue prêter main-forte en ce temps de pandémie ne sera pas pénalisée», a indiqué par courriel le porte-parole du CIUSSS de l’Estrie, Félix Massé.

Selon l'organisation, il y aurait eu une «erreur de compréhension» entre l'infirmier et le représentant du PRASE concernant l'éligibilité au congé parental.

Sophie Séguin tire par ailleurs la sonnette d’alarme concernant le Programme. «Depuis la création du CIUSSS en 2015, tous les syndicats ont dénoncé les problèmes avec la centralisation du système (PRASE). Ce sont des gens qui travaillent au niveau de la paie, mais qui n’ont pas de formation en ressources humaines et en relation de travail», a souligné la présidente syndicale.

«Le danger, a-t-elle renchéri, c’est que des gens se fassent refuser certains congés ou clauses dans la convention collective sans que les syndicats soient informés. Il y a de très grosses lacunes de communication. Et on est très inquiets de cette situation qui perdure.»