Le directeur de La Seigneurie de Salaberry, Stephen Morneau, a appris qu’il n’avait à l’heure actuelle aucun moyen légal d’empêcher un résident de sortir et, potentiellement, d’amener la COVID-19 dans la résidence.
Le directeur de La Seigneurie de Salaberry, Stephen Morneau, a appris qu’il n’avait à l’heure actuelle aucun moyen légal d’empêcher un résident de sortir et, potentiellement, d’amener la COVID-19 dans la résidence.

Un aîné récalcitrant tourmente une résidence de Québec

L’homme de 79 ans, qui a un trouble de santé mentale, refuse de rester chez lui. Il sort deux ou trois fois par jour et revient dans sa résidence pour aînés du centre-ville de Québec, où on craint qu’il contamine les 153 autres résidents. Mais le réseau de la santé dit qu’il n’y peut rien.

Le directeur général de la résidence privée La Seigneurie de Salaberry, Stephen Morneau, s’en est plaint au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale et a fait venir la police de Québec.

Mais le directeur de la résidence de la rue Saint-Jean a appris qu’il n’avait à l’heure actuelle aucun moyen légal d’empêcher le résident de sortir et, potentiellement, d’amener la COVID-19 dans la résidence. 

«À partir du moment où monsieur vient avec des symptômes, il est trop tard : ma résidence est infectée, dénonce M. Morneau. Ici, la moyenne d’âge est de 82 ans. Donc, on parle de morts, facilement. Je suis conscient que cette personne-là met à risque tous mes résidents. Et personne ne peut nous aider.» 

Alors qu’environ la moitié des victimes de la COVID-19 au Québec habitent dans les milieux d’hébergement pour aînés, l’impasse vécue par La Seigneurie de Salaberry montre les limites du confinement volontaire pour protéger les personnes âgées en résidence.

À la Seigneurie de Salaberry, de nombreux aînés ont des problèmes respiratoires ou d’autres problèmes de santé qui les rendent plus vulnérables au coronavirus. Pour le moment, il n’y a aucun cas recensé de COVID-19. Or, il suffit d’une personne infectée pour propager le virus, souligne M. Morneau. 


« À partir du moment où monsieur vient avec des symptômes, il est trop tard : ma résidence est infectée. Ici, la moyenne d’âge est de 82 ans. Donc, on parle de morts, facilement. Je suis conscient que cette personne-là met à risque tous mes résidents. Et personne ne peut nous aider »
Le directeur de La Seigneurie de Salaberry, Stephen Morneau

Le directeur de la résidence a demandé au CIUSSS que le résident récalcitrant soit placé en confinement obligatoire à la fois pour sa sécurité et celles des autres. Mais le CIUSSS, qui doit respecter la portée des décrets du gouvernement québécois, a refusé, rappelant que le confinement est volontaire. 

«De ce fait, il n’est pas possible de contraindre un résident à sa résidence ou son unité locative», a répondu une intervenante du CIUSS à M. Morneau dans un courriel obtenu par Le Soleil. Un porte-parole du CIUSS, Vincent Lamontagne, confirme que c’est bien le cas «selon les orientations ministérielles en place». 

M. Morneau trouve cette limite légale aberrante. «On me dit : «s’il a des symptômes, on va pouvoir faire quelque chose pour vous». Mais il va être trop tard», dit-il. 

Grogne chez les résidants et leurs familles

Devant ce cul-de-sac, des locataires de la résidence ne veulent plus sortir de leur appartement ou se montrent de plus en plus agressifs envers l’aîné récalcitrant. 

Des familles des résidents accusent la direction de La Seigneurie de Salaberry de mettre la santé de leurs proches en danger et menacent de dénoncer la résidence. 

Le directeur de La Seigneurie de Salaberry affirme qu’il a fait tout en son pouvoir pour protéger les résidents du virus. L’accès à l’immeuble a été interdit aux visiteurs, des agents de sécurité ont été embauchés, les aires communes sont désinfectées et des affiches d’arrêt-stop ont été affichées pour inciter le résident qui refuse de rester chez lui à ne pas sortir. 

Malgré tout, il continue à aller se promener à l’extérieur, notamment pour aller au dépanneur. M. Morneau souhaiterait qu’il reste chez lui à la fois pour sa sécurité et celle des autres. Mais le résident ne comprend pas pourquoi il resterait confiné et ne voit pas les conséquences potentielles de ses déplacements, explique le directeur. 

«C’est comme s’il ne s’en rend pas compte», dit Stephen Morneau. À deux reprises, des policiers sont même venus attendre le septuagénaire dans l’entrée de la résidence pour le sensibiliser et ils l’ont escorté jusqu’à son appartement, indique M. Morneau. Mais l’intervention n’a eu aucun effet par la suite.

Des affiches d’arrêt-stop ont été affichées pour inciter le résident qui refuse de rester chez lui à ne pas sortir.

Cette semaine, M. Morneau dit qu’il a participé à une rencontre téléphonique avec un enquêteur du Service de police de la Ville de Québec et une travailleuse sociale du CIUSS. 

Stephen Morneau affirme que la travailleuse sociale lui a dit que d’autres résidences pour aînés ont demandé de l’aide pour «contenir» les résidents qui ne veulent pas rester chez eux pendant l’épidémie. Mais elle lui a redit qu’il n’était pas possible de contraindre un résident non positif au coronavirus à sa résidence ou son unité locative. 

M. Morneau se tourne maintenant vers le premier ministre du Québec et espère qu’il lui donnera un outil légal pour protéger les aînés de sa résidence. 

François Legault «n’arrête pas de dire «on vous donne tous les outils, toutes les ressources dont vous avez besoin», dit Stephen Morneau. Sauf que là, pour la sécurité de monsieur, j’ai besoin de le sortir de ma résidence. Et par le fait même, ça va donner la sécurité à tous les autres résidents.»