Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a demandé au fédéral de retarder l’ouverture de la capture jusqu’au 9 mai ; deux semaines après la date prévue.
Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a demandé au fédéral de retarder l’ouverture de la capture jusqu’au 9 mai ; deux semaines après la date prévue.

Toute la pêche dans l’incertitude

CARLETON — La pandémie de COVID-19 retarde non seulement le début de la saison de pêche au crabe des neiges dans le sud du golfe Saint-Laurent, de même que pour la crevette et le homard au Québec, mais elle crée une incertitude sans précédent dans les usines, sur les bateaux et quant au prix que tout le monde recevra.

En 36 ans comme acheteur de homard et 11 ans comme acheteur, Raymond Sheehan, président de la firme E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, assure n’avoir jamais vu pareille crise sur les marchés.

«On a vu des années dures, des années de bas prix, d’inventaires élevés, mais une année fermée, avec des grossistes qui n’offrent pas de prix, on n’a jamais vu ça», précise Raymond Sheehan, dont la compagnie exploite la plus grande usine de transformation de crabe des neiges au Québec. Elle est aussi le plus grand acheteur de homard de la Gaspésie.

M. Sheehan sait que cette fermeture des marchés en début de saison ne durera pas, mais il avoue être «nerveux». Entre crabe des neiges et homard, c’est le marché du homard qui l’inquiète le plus.

«C’est un marché de produits vivants. Les restaurants sont fermés. Le président de Metro a dit qu’il n’achèterait pas de homard avant le 9 mai, en prévision de la fête des Mères [10 mai]. Moi, je pense qu’il serait plus réaliste de retarder jusqu’au 15 mai. Ça voudrait dire se passer de la tradition de homard à la fête des Mères, mais l’économie serait plus vigoureuse à la mi-mai, quand on pense à l’arrêt du premier ministre Legault, qui durera au moins jusqu’au 4 mai», analyse M. Sheehan.

Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a demandé au ministère fédéral des Pêches et des Océans de retarder l’ouverture de la capture jusqu’au 9 mai, soit deux semaines après la date prévue.

Le crabe: un test

La ministre Bernadette Jordan a notamment retardé l’ouverture de la pêche au crabe dans le sud du golfe jusqu’au 24 avril, alors que tout le monde avait pris des mesures au cours de l’hiver pour favoriser un lancement de saison le 10 avril, afin de limiter les interactions avec les baleines noires. Le coronavirus a tout changé.

Raymond Sheehan est un peu plus optimiste au sujet de la vigueur éventuelle du marché du crabe. La zone 17, dans l’estuaire du Saint-Laurent, est ouverte depuis un peu plus de deux semaines. Toutefois, son quota est bas, à 520 tonnes métriques. Celui de la zone 12, du sud du golfe, est 60 fois plus élevé, à 32 000 tonnes. Ce sera le test des marchés.

«Les supermarchés nous disent que si le prix est raisonnable, ils vont le vendre. C’est différent dans le crabe parce que c’est un produit vendu congelé sur les grands marchés. Les inventaires sont nuls aux États-Unis et on a quand même eu un bon prix pour la petite quantité de la zone 17 qu’on a envoyée là-bas. Mais quand ça va rentrer à coup de 100 vans à Boston, ce sera une autre affaire. Il va falloir être patients dans le crabe», assure M. Sheehan.

L’usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé est fermée jusqu’au 17 avril environ en raison de quatre cas de COVID-19 dans l’entreprise qui a embauché 650 personnes en 2019. La direction espère qu’après deux semaines d’arrêt, le coronavirus aura déserté le personnel.

Dans la crevette, où la pêche débute autour du 1er avril d’habitude, la patience sera aussi nécessaire, dit Patrice Élément, de l’Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé. Il était entendu que la capture ne reprendrait pas avant le renouvellement de la certification du Marine Stewardship Council, mais les usines n’ont pas encore déposé de prix aux pêcheurs.

«On ne sent pas la fébrilité habituelle. Les pêcheurs sont craintifs pour leur santé à cause de l’état des marchés. Quand les transformateurs disent qu’ils ne sont pas pressés, personne ne hurle», note M. Élément.