Sport scolaire et bulle-classe: l’«incohérence» du ministre Roberge dénoncée [VIDÉO]

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
«Improvisation» et «incohérence». La décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de limiter à la dernière minute les programmes de sport-arts-études et les activités parascolaires au secondaire au moins jusqu’en octobre a soulevé jeudi de nombreuses critiques, tant chez les parents que dans le milieu politique. Une pétition a d’ailleurs été mise en ligne. De son côté, le premier ministre François Legault assure qu’il «travaillera très fort pour que toutes les activités sportives reviennent comme avant» rapidement. 

En conférence de presse dans une école de Repentigny, jeudi matin, le ministre Roberge a indiqué que les élèves ne faisant pas partie d’une même bulle-classe ne pourront pas se retrouver après (ou avant) leurs cours académiques pour participer à des activités artistiques ou sportives. «La stabilité du groupe-classe est au coeur de notre plan sanitaire», a-t-il expliqué. 

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Cette directive fera toutefois l’objet d’une réévaluation le 1er octobre, le ministre disant vouloir «mesurer l’efficacité de nos mesures et peut-être à ce moment-là faire des assouplissements avec l’approbation de la santé publique». Jean-François Roberge a convenu qu’il y aurait «un peu moins d’activités parascolaires» en septembre.

Sur Twitter, le libéral Enrico Ciccone a demandé au ministre Roberge s’il était conscient que plusieurs jeunes trouvaient la motivation scolaire dans le sport. 

«Quand les élèves quittent l’école et reviennent le lendemain, la bulle est percée. Un peu de cohérence SVP», a écrit le député de Marquette, qui a aussi demandé au ministre de lui expliquer la différence entre une équipe sportive scolaire et une civile. 

«L’ancien [athlète] en moi est un peu mêlé ce matin, comme des centaines de milliers de parents et jeunes en sport-études», a-t-il souligné.

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En réaction au tweet du député, une mère de famille, Kim Sarrazin, a mentionné que son plus jeune allait commencer son camp de hockey civil, mais pas son plus vieux qui joue au scolaire. «Belle improvisation», a-t-elle commenté.

Pour la médaillée paralympique Chantal Petitclerc, «il faudrait un minimum de cohérence, non?» «Les jeunes font des sports dans les parcs, les camps depuis le début de l’été, et cet automne dans les associations, mais pas à l’école??» a souligné la sénatrice sur le réseau social.

L’animateur Jean-François Baril, qui se dit «en accord avec la priorité à l’école, avant le sport», prie le gouvernement d’être «logique». «Le droit de jouer le soir, mais pas le jour!» a-t-il tweeté, tout en réclamant pour les jeunes et les parents «des directives claires». 

Une mère de famille, Dominique Lessard, a lancé une pétition en ligne adressée au ministre Roberge. 

«Nous tenons à vous souligner notre désarroi et notre incompréhension face à votre décision d’interdire la pratique des sports scolaires. Les ligues civiles pratiquent leur sport depuis le début de l’été et il n’existe actuellement aucune bulle dans celles-ci. Plusieurs jeunes du primaire et du secondaire sont privés de leur sport depuis le début de la pandémie. Si vous les privez encore en ce début d’année scolaire, je peux vous confirmer que vous affecterez leur persévérance scolaire», expose l’auteure de la pétition, qui avait récolté près de 15 000 signatures en 24 heures. 

Pour une mère de famille qui nous a écrit après avoir appris la nouvelle, «il n’y a pas que le sport, il y a aussi la musique». «Mon fils a vécu des difficultés importantes en novembre dernier, il avait des idées suicidaires et c’est son groupe de musique en parascolaire qui l’a gardé motivé et lui a donné une raison de se lever le matin. C’est un cri du coeur que je lance au ministre. Oui à la distanciation, oui au masque dans les déplacements, oui au lavage des mains, mais de grâce, permettez le mélange des groupes avec des mesures de protection», supplie celle qui a demandé l’anonymat pour ne pas identifier son fils.

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En conférence de presse, jeudi après-midi, la péquiste Méganne Perry Melançon s’est dite «surprise» d’apprendre que des élèves ne pourront pas avoir accès à leurs activités sportives dès leur retour en classe.

«Il y a beaucoup, beaucoup d’incohérence avec cette annonce-là, puisqu’à l’étude des crédits, la semaine dernière, je questionnais la ministre déléguée en matière de Sports [Isabelle Charest], qui me confirmait que les protocoles sanitaires étaient prêts pour que les jeunes puissent retourner faire du sport. D’ailleurs les jeunes ont pu pratiquer leurs activités tout l’été», a-t-elle rappelé.

Pour la députée de Gaspé, «on fait face ici à une deuxième vague d’improvisation en matière d’éducation». «On a su que les écoles avaient déjà mis en place des protocoles sanitaires rigoureux» afin que les élèves puissent pratiquer leurs activités dans un milieu sécuritaire, a souligné Mme Perry Melançon. 

La députée se demande si la décision du ministre Roberge est «politique» ou si elle découle de la santé publique, «qui a déjà accepté et approuvé plusieurs protocoles».

En conférence de presse à Thetford Mines, plus tard jeudi, François Legault a expliqué qu’on avait «un gros défi devant nous dans les prochaines semaines». 

«Moi, je ne veux pas que les enfants restent à la maison comme on l’a vécu ce printemps. On a le défi que ça se passe bien dans nos écoles», a dit le premier ministre. 

Revenant sur le concept de «bulle-classe», François Legault s’est dit d’avis que ce n’était pas possible «à très court terme» de mettre, par exemple, «deux classes ensemble dans une équipe de football».

«Par contre, ce que j’ai dit à Jean-François [Roberge] et au Dr [Horacio] Arruda, c’est que le plus tôt sera le mieux. Donc si la rentrée se passe bien dans les prochaines semaines, vous allez avoir quelqu’un qui va travailler très fort pour que toutes les activités sportives reviennent comme avant. Mais pour l’instant, à court terme, il y a des inquiétudes chez certains parents, et on doit faire la preuve qu’on est bien préparé […]. Une fois qu’on va avoir bien relevé ce défi-là, on sera capable de mettre peut-être plus qu’une classe ensemble dans certaines activités sportives. Mais allons-y par étapes», a exposé François Legault.