L'Hôpital de Gatineau
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Sit-in aux soins intensifs à l'Hôpital de Gatineau: «la marmite a sauté», clame le syndicat

Déjà jugée précaire depuis quelques années, la situation est devenue intenable à l'unité des soins intensifs de l'Hôpital de Gatineau ces dernières semaines, à tel point où les infirmières ont organisé un sit-in lundi matin. Leur syndicat veut forcer l'employeur à trouver des solutions à une problématique qui s'est «exacerbée» avec la pandémie de COVID-19.

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Patrick Guay, explique que «la marmite a sauté» à la fin du quart de travail de nuit, lors duquel les deux infirmières en poste ont dû gérer des cas lourds dans l'aile nord du sixième étage de l'hôpital.

«Les infirmières sont surchargées et épuisées, ce n'est pas nouveau. Actuellement, sur l'unité, on en compte deux par quart de travail plus une assistante-infirmière chef (AIC), mais par contre depuis plusieurs mois elles ne sont que deux pour quatre patients, en plus de la télémétrie (moniteur cardiaque) qu'elles doivent surveiller pour les patients aux étages. C'est une surcharge, un stress additionnel auquel elles sont soumises. Et elles ne sont pas à côté de l'alarme si jamais ça sonne pendant qu'elles sont avec les autres patients, et vice-versa. [...] Hier, il y avait deux patients intubés, en plus d'un autre patient qui nécessitait du un pour un. En fin de semaine, une infirmière a travaillé 12 heures sans arrêt, sans pouvoir même manger ni prendre de pauses. Ç'a été le point culminant. Ce n'était plus possible d'assurer une qualité des soins adéquate», lance-t-il. 

Le SPSO affirme qu'il talonne depuis longtemps le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) pour que le nombre de postes soit revu à hausse sur cette unité de l'hôpital. En vain, puisqu'il indique se retrouve jusqu'à maintenant «devant une fin de non-recevoir».

Cette fois, en réaction au sit-in de lundi, l'organisation a apaisé les tensions en acceptant de rapatrier temporairement une infirmière de l'unité COVID-19 de l'Hôpital de Hull vers les soins intensifs de Gatineau. Le SPSO prétend que c'est justement l'envoi de personnel des soins intensifs vers le centre désigné COVID-19 du secteur Hull qui «fragilise davantage» l'unité concernée de l'établissement du boulevard de La Vérendrye.

«C'est malheureux qu'il a fallu faire un appel à l'aide, un sit-in, pour que l'employeur agisse et trouve du personnel tout à coup. Selon nous, selon nos données, mais on n'a pas toutes celles de l'employeur, la situation est quand même calme et stable à l'unité COVID. On touche du bois. Il y aurait alors sûrement moyen de trouver un juste milieu, en assurant le service COVID-19 tout en donnant de l'air au personnel des soins intensifs», de dire M. Guay, précisant que l'objectif n'est pas de «déshabiller Pierre pour habiller Paul». 

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Patrick Guay

«Il faut que ça cesse immédiatement»

Le président du SPSO affirme avoir eu un échange de courriels lundi avec la directrice des soins infirmiers du CISSSO, Marie-Ève Cloutier, qui lui a répondu que la situation était prise au sérieux et qu'on cherche des solutions.

«C'est impossible de soigner les gens convenablement lorsqu'elles ne sont que deux infirmières. Lorsqu'une d'entre elles part en pause, pendant un quart de huit heures, ça fait un total de trois heures où elles se retrouvent seules. Ce n'est pas vrai que le ratio est respecté. Il n'y a pas de commis ni de préposé aux bénéficiaires, alors elle est seule dans son petit coin. Le 6e Nord, c'est au bout d'une aile, alors si elle a besoin d'aide, même si elle crie, c'est impossible de l'entendre. Le seul autre poste des infirmières est à l'autre bout du corridor», s'exclame Patrick Guay.

Chose certaine, selon lui, la problématique doit être résorbée et une telle situation ne doit plus se reproduire.

«C'est inadmissible, on parle de soins intensifs où on exige une concentration élevée et où une erreur peut être fatale. On ne peut pas accepter cela. Si c'était un seul quart de travail perdu, ce serait correct, mas quand ça devient la norme, il faut que ça cesse immédiatement», déplore-t-il.

Par ailleurs, le syndicat affirme que d'ici le 15 août, on compte 24 quarts de travail où une seule infirmière est à l'horaire à l'unité des soins intensifs de l'Hôpital de Gatineau. De plus, pour 11 quarts, deux seront en fonction mais on demande à l'employeur d'affecter une troisième personne. 

Le CISSSO répond par écrit qu'il doit s'assurer de maintenir et d'offrir des services et des soins de qualité à la population. 

«En temps de pandémie, nous devons aussi prévoir de garder une capacité d'accueillir la clientèle atteinte de la COVID-19. Le CISSSO assure au quotidien une saine gestion de la main-d'oeuvre afin que l'ensemble du personnel puisse prendre leurs vacances estivales», précise-t-on.