Le changement de cap soudain du gouvernement Legault au sujet du retour au travail du personnel scolaire âgé entre 60 et 69 ans, pour qui on considère désormais qu'il n'y a pas de risque important pour la santé à l'intérieur des murs des écoles primaires, suscite de très vives critiques de la part des syndicats en Outaouais à trois jours du retour en classe.
Le changement de cap soudain du gouvernement Legault au sujet du retour au travail du personnel scolaire âgé entre 60 et 69 ans, pour qui on considère désormais qu'il n'y a pas de risque important pour la santé à l'intérieur des murs des écoles primaires, suscite de très vives critiques de la part des syndicats en Outaouais à trois jours du retour en classe.

Retour des 60 à 69 ans dans les écoles: «nos membres ne sont pas des yo-yo, mais des humains»

Le changement de cap soudain du gouvernement Legault au sujet du retour au travail du personnel scolaire âgé entre 60 et 69 ans, pour qui on considère désormais qu'il n'y a pas de risque important pour la santé à l'intérieur des murs des écoles primaires, suscite de très vives critiques de la part des syndicats en Outaouais à trois jours du retour en classe.

C'est sans compter une autre décision qui n'a fait qu'ajouter de l'huile sur le feu dans les dernières heures: les autorités ont haussé le ratio dans les services de garde en milieu scolaire, le faisant passer de 10 à 15 élèves par éducatrice. 

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«Il y a un sentiment de colère qui règne, on ne comprend pas. Pour les travailleurs de 60 à 69 ans, c'est une mauvaise décision qui ne tient pas compte de la réalité du terrain, alors que pour les ratios, c'est de l'improvisation. La solution qu'ils ont trouvé pour contrer la pénurie de personnel, c'est de grimper le ratio de 10 à 15 par local et de ramener les 60 ans et plus au travail, au détriment de leur santé. On doit revenir sur ces décisions. Nos membres ne sont pas des yo-yo, ce sont des humains. Qu'on nous dise les vraies choses. S'il y a une pénurie de personnel, qu'on nous le dise, on n'a pas à nous le cacher. C'est complètement illogique. Pour les 60 à 69 ans, c'est un peu comme si on disait aux gens à minuit moins une: c'est risqué; et qu'une fois rendu à minuit, ce n'est plus dangereux, vous pouvez revenir. C'est particulier», dénonce le président du Syndicat du soutien scolaire de l'Outaouais (SSSO - CSQ), Simon Dostie-Cormier.

Ces modifications à la veille ou presque de la réouverture des écoles dans un contexte angoissant de pandémie risquent de créer encore plus de panique et de peur dans les milieux de travail, estime ce dernier, précisant que de nombreux membres sont craintifs et s'interrogent pour leur santé et leur sécurité.

«Ça va aggraver la pénurie de personnel, les gens à contrat ne voudront pas revenir. Comment la santé publique du Canada peut parler des risques pour les 65 ans et plus, l'Organisation mondiale de la santé des 60 ans et plus et le gouvernement québécois des 60 ans et plus aussi, mais changé d'idée deux jours plus tard? On va voir l'analyse que les commissions scolaires (CSD et CSPO) vont faire de la situation, mais on les invite à l'extrême prudence dans le traitement de ces demandes-là (de réaffectation), surtout qu'elles avaient déjà été faites», affirme le président du SSSO.


« Il y a un sentiment de colère qui règne, on ne comprend pas. »
Simon Dostie-Cormier

Une perte de confiance, dit le SEO

Le son de cloche est très semblable du côté du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO), qui affirme que personne ne s'attendait à l'annonce au sujet du retour au travail jugé sécuritaire pour les 60 à 69 ans.

«C'est de l'improvisation, il y a des ajustements selon les besoins. Il y a maintenant une perte de confiance envers le gouvernement. On dit quelque chose le lundi et on dit le contraire le mercredi. On s'aperçoit qu'il manque de personnel alors on dit que les gens ne sont plus à risque. On a l'impression que la santé et la sécurité des travailleurs n'est pas toujours leur priorité. Dans notre corps d'emploi, il n'y en a pas beaucoup de cet âge, mais c'est le message que ça vient lancer à l'ensemble des enseignants. Ça vient augmenter le stress et l'anxiété dans une situation déjà extrêmement difficile. Là, le gouvernement tergiverse et vient rajouter une couche au-dessus de tout ça. C'est à se demander quelle sera la prochaine annonce. Que ce n'est plus important de se laver les mains?», se désole la présidente Suzanne Tremblay.

Des centaines de demandes de réaffectation en Outaouais

Cette nouvelle directive gouvernementale annoncée mercredi par la vice-première ministre Geneviève Guilbault a également pris de court les commissions scolaires, qui avaient déjà reçu des centaines de demandes de réaffectation de la part de leurs employés en vue de la rentrée de lundi. Si plusieurs concernent d'entre elles concernent des femmes enceintes ou des travailleurs aux prises avec des problématiques de santé, d'autres concernaient simplement des gens dont l'âge dépasse le seuil des 60 ans.

À la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSPO), par exemple, 100 demandes avaient été acceptées en milieu de semaine, mais l'annonce de Québec pourrait bien changer la donne. 

«Il y a effectivement un impact. Nous devons réévaluer plus de 80% des demandes de réaffectation déjà acceptées. On fait actuellement les vérifications nécessaires auprès des membres du personnel de 60-69 ans, dont la demande de réaffectation avait été acceptée, pour s’assurer qu’ils n’ont pas d’autres conditions, autres que leur âge, qui justifieraient de maintenir leur réaffectation. Nous faisons en sorte de respecter les consignes émises par le gouvernement», indique la porte-parole de la CSPO, Maude Hébert.

À la Commission scolaire des Draveurs, quelque 200 demandes ont été reçues et sont sous analyse par le Services des ressources humaines. Pour l'instant, on estime qu'il y aura suffisamment de personnel dans les écoles primaires pour la première semaine de réouverture. 

Du côté de la Commission scolaire au Coeur-des-Vallées (CSCV), 51 employés sur 717 seront affectés au télétravail, indique-t-on, tandis que 21% du personnel fera de même à la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l'Outaouais (CSHBO).