Le travail de deux chercheurs d’Ottawa montre que les salles de spectacles ne seraient utilisées qu’à 30% de leur capacité advenant une réouverture des salles en suivant des mesures de distanciation et de rassemblement intérieur limité.
Le travail de deux chercheurs d’Ottawa montre que les salles de spectacles ne seraient utilisées qu’à 30% de leur capacité advenant une réouverture des salles en suivant des mesures de distanciation et de rassemblement intérieur limité.

Retour dans les salles de spectacles: la prudence est de mise

Mario Boulianne
Mario Boulianne
Le Droit
Rien n’indique qu’il y aura une reprise rapide des événements culturels en salle au pays.

D’ici là, plusieurs tentent de mesurer l’intérêt de la population et d’évaluer la capacité des diffuseurs à accueillir les spectateurs lorsque le confinement prendra fin.

François Brouard, de l’université Carleton, Christelle Paré, enseignante à l’École nationale de l’humour et professeure en communication à l’Université d’Ottawa, ont dirigé un groupe de recherche sur l’industrie de l’humour et l’après-COVID.

Parmi ces champs de recherches, ceux sur les estimations du nombre de places dans les salles de spectacles sont particulièrement intéressants et peuvent très bien s’appliquer à l’ensemble des arts de la scène.

«Par contre, nuance le professeur Brouard, l’humour ne met en scène qu’un ou deux artistes. Alors qu’en musique, on retrouve souvent plusieurs musiciens sur scène et dans le cas d’un orchestre symphonique, la distanciation sur scène pourrait être très difficile. Et au théâtre, il y a une interaction et une proximité entre les comédiens qui amènent d’autres défis. »

Deux mesures
Parmi les mesures de santé publique, celles sur la distanciation physique et des rassemblements intérieurs ont retenu l’attention des chercheurs.

« Dans nos recherches, l’accent a été mis sur la capacité des salles à recevoir les spectateurs, explique le professeur Brouard. Toutefois, les services accessoires comme la billetterie, le stationnement, l’accès aux toilettes et les services de bar et de restaurant doivent aussi être considérés. »

Pour les besoins de cette recherche, six salles de spectacles réparties dans les centres urbains de Gatineau, Ottawa, Montréal et Québec ont été sélectionnées.

Il s’agit de la salle Odyssée et le Foyer cabaret de la Maison de la culture de Gatineau, de la salle Harold Shenkman et du théâtre Richcraft du Centre des arts Shenkman d’Ottawa, de la salle Albert-Rousseau de Québec ainsi que de la salle Wilfrid-Pelletier et du théâtre Maisonneuve de la Place des arts de Montréal.

Ces salles ont été choisies pour leur diversité dans la capacité totale des sièges qui passe de près de 3000 places (salle Wilfrid-Laurier) à 162 (Théâtre Richcraft). Aucun bar n’est inclus et contrairement à toutes les autres salles sélectionnées, le Foyer de la Maison de la culture de Gatineau offre une configuration particulière.

Six scénarios ont été étudiés dans cette recherche en tenant compte des deux mesures de santé publique. La distanciation devrait se faire autant au niveau horizontal que vertical. Ces deux dimensions sont exprimées de droite à gauche (de Cour à Jardin) et de la scène vers le fond de la salle. La dimension Cour à Jardin peut s’intégrer avec un ou deux sièges de distance alors que celle de la scène vers le fond amène l’examen de l’espace entre les rangées.

La question des rassemblements est plus délicate. En limitant les rassemblements à 50 ou à 250 personnes, cela pourrait diminuer grandement la capacité des salles d’être exploitée avec une viabilité financière.

D’autres contraintes sont à considérer, mais ne sont pas incluses dans les estimations des chercheurs. On pense aux protocoles sanitaires et d’hygiène, l’ordre d’entrée des spectateurs, l’organisation de la sortie de salle ainsi que la planification du service et de la distribution de breuvages et collations.

Sans s’étendre sur les méthodes de calculs utilisées dans la recherche, on constate que, selon que la distanciation soit de un ou deux sièges et de une rangée sur deux, la moyenne globale des scénarios montre une capacité de 30 % par salle de spectacles. Dans une telle perspective, on comprend que les diffuseurs accuseront une perte de revenu à la billetterie de 70 % par spectacle.

« L’impact sur les revenus est indéniable, conclut le professeur Brouard. Qui absorbera ces pertes ? Est-ce les artistes et leurs équipes ? Les diffuseurs ou des clients ? Est-ce qu’il faudra des mesures d’aides gouvernementales ? Augmenter le prix des billets ? Et qu’en sera-t-il des spectacles repoussés qui étaient déjà vendus à pleine capacité ? »

Les sondages

Dans les notes de la recherche publiées mardi, on lit que ces estimations tiennent pour acquis que les spectateurs seront suffisamment nombreux pour remplir les salles de spectacles. Chose qui est encore difficile à évaluer à moins de sonder les clientèles.

C’est d’ailleurs ce qu’à fait l’équipe du Théâtre Duceppe par l’entremise de son site web. Dans ce sondage mis à jour lundi, on constate qu’un peu plus de 22 % des répondants ont assuré qu’ils retourneraient au théâtre dès la semaine suivant un déconfinement.

La plus grande proportion, soit 23,6 %, attendrait un mois avant d’y retourner alors 19 % y seraient trois mois plus tard.

Des 4195 répondants, 594 personnes, soit 14,2 %, attendraient l’arrivée d’un vaccin avant de se pointer dans une salle de spectacles.

Parmi les questions posées dans ce sondage, on demandait aux répondants quelles seraient les raisons qui les empêcheraient de revenir dans une salle de spectacles? Près de 45 % ont répondu la peur pour leur santé.

Aussi, notons que la reconfiguration des sièges pour respecter la règle des deux mètres rassurerait 53 % des répondants alors que la limitation de l’assistance est rassurante pour 45 % des répondants à ce sondage que l’on peut consulter sur le site du théâtre.