Mélanie Demers est neuropsychologue depuis dix ans.
Mélanie Demers est neuropsychologue depuis dix ans.

Rendez-vous en neuropsychologie reportés: des risques pour les enfants

Comme sa profession n’est pas reconnue comme étant un service essentiel par le gouvernement du Québec, la neuropsychologue Mélanie Demers a dû reporter 36 rendez-vous le mois dernier en raison du coronavirus. Une situation qui, selon elle, risque d’avoir des effets négatifs sur les enfants qu’elle devait rencontrer.

« Je comprends que je ne sois pas un service essentiel, parce qu’il n’y a pas d’école », concède- t-elle. Mais sans évaluation avant le retour en classe, elle craint que les enfants ayant un trouble d’apprentissage n’aient pas accès aux outils nécessaires à temps pour favoriser leur réussite scolaire.

La neuropsychologue, dont la clientèle est principalement composée d’enfants, évalue les cas de trouble du déficit de l’attention, de dysphasie, de dyspraxie et de dyslexie, pour ne nommer que ceux-là.

Un enfant dyslexique qui n’a pas encore été diagnostiqué pourrait alors passer des mois sans voir sa neuropsychologue pour être évalué, donne-t-elle en exemple.

Il risque d’éprouver de la difficulté en classe et ne pourra pas bénéficier des outils nécessaires, comme un portable avec des logiciels adaptés à son profil.

Mélanie Demers se questionne aussi à savoir à quel niveau les élèves recommenceront l’école si elle devait reprendre en septembre plutôt qu’en mai.

Un élève qui a raté la matière de mars à juin, en plus de son trouble d’apprentissage, n’aura pas les acquis pour passer au niveau supérieur, estime-t-elle.

Avec les reports de rendez-vous, la liste d’attente s’allonge pour consulter la professionnelle dont le bureau est situé sur la rue Dufferin à Granby.

Pour accéder à une première évaluation, les parents sont sur une liste d’attente durant environ six mois. La situation actuelle fait en sorte d’augmenter ce délai à neuf mois, lorsque Mme Demers pourra recommencer à pratiquer.

Cette dernière est toutefois autorisée à traiter les cas urgents.

Un processus rigoureux

Tous les clients de Mélanie Demers sont rencontrés cinq fois. Une entrevue d’environ une heure est d’abord planifiée avec les parents pour cerner les difficultés de l’enfant. Par la suite, l’enfant est évalué à travers trois rencontres de deux heures chacune.

Certaines activités sont faites avec lui afin d’observer toutes les sphères cognitives : la motricité fine, le langage, le calcul, l’attention, la mémoire, etc. La neuropsychologue remet ensuite un bilan des résultats aux parents. Ceux-ci sont encouragés à présenter le rapport à l’école pour que le profil cognitif et les recommandations soient connus par l’équipe. Un plan d’intervention peut alors être mis en place, ou ajusté s’il existe déjà. 

La neuropsychologue est évidemment autorisée à faire de la télépratique, mais seulement pour effectuer les entrevues et les remises de bilan. Les évaluations doivent être faites en personne. 

« Remettre un bilan pour un dossier simple, quand le parent se doute de ce que son enfant a, ça va, mais pour un parent qui ne s’attend pas du tout à ce diagnostic, c’est difficile de gérer sa réaction », précise Mme Demers pour montrer sa réticence à la télépratique.

Jusqu’à présent, aucun parent n’a accepté de faire une entrevue à distance.