Toutes les sources de revenus d'Alexandre Lapperiere restent taries par la crise de la COVID-19.
Toutes les sources de revenus d'Alexandre Lapperiere restent taries par la crise de la COVID-19.

Quand les plans A, B, C, D flanchent

Alexandre Laperriere ne peut pas compter sur un plan A, B, C ou D.

Propriétaire du salon de tatouage Le Studio, dans Charlesbourg, et copropriétaire du salon de coiffure La Chaise à Gustave, dans Lebourgneuf, M. Laperriere est aussi le batteur du groupe hard rock Dance Laury Dance et organise des événements de moto. Mais toutes ses sources de revenus restent taries par la crise de la COVID-19. 

«Je n’ai plus rien qui marche!» dit Alexandre Laperriere, qui est exclu, pour l’instant, du plan de réouverture des commerces annoncé mardi par le gouvernement Legault. 

«Je me doutais qu’on allait être loin d’être les premiers qui allaient ouvrir, parce qu’on s’entend qu’on n’est pas essentiel-essentiel. Mais je m’attendais au moins à avoir une date», dit M. Laperriere.

Mardi, le premier ministre du Québec ne lui a pas fourni de date. François Legault a annoncé que les détaillants ayant un accès direct à l’extérieur et situés en dehors de la communauté métropolitaine de Montréal pourront rouvrir leurs portes au public le 4 mai.

Mais il n’a pas donné le feu vert notamment aux centres commerciaux, aux restaurants (sans commandes à emporter), aux bars, aux salons de coiffure et d’esthétique et aux salles de spectacles. Et il n’a pas précisé quand ils pourraient rouvrir. 

Plus propices au rassemblement, ces lieux sont jugés plus susceptibles de contribuer à propager la COVID-19 et font actuellement l’objet de discussions entre la Santé publique, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et une série de ministères.   

Déjà affaiblis par un peu plus d’un mois de fermeture obligatoire, les commerces qui ne peuvent pas rouvrir risquent de devenir encore plus vulnérables. 

La pause obligée n’a pas interrompu les dépenses récurrentes —loyer, taxes, électricité —, qui continuent à être débitées. Et même si certaines institutions consentent à diminuer ou retarder les paiements, les entrepreneurs préfèrent éviter de composer avec une dette bedonnante. 

Pendant ce temps, les revenus dégringolent. «C’est plusieurs milliers de dollars que je perds chaque semaine», dit Alexandre Laperriere. Ce n’est pas nécessairement dans mes poches, mais pour que mon local survive, pour qu’il soit opérationnel quand on va revenir». 

Au centre commercial Fleur de Lys

Plus de 70 % des locataires du centre commercial Fleur de Lys possèdent un accès extérieur, ce qui les autorise à rouvrir mardi. En revanche, ceux qui disposent seulement d’un accès intérieur devront rester fermés.

Au centre commercial Fleur de Lys, l’annonce de la réouverture d’une partie des commerces a créé une forme d’injustice. 

Selon le copropriétaire, Jonathan Trudel, plus de 70 % des locataires sur place possèdent un accès extérieur, ce qui les autorise à rouvrir mardi. En revanche, ceux qui disposent seulement d’un accès intérieur devront rester fermés. «Ça vient défavoriser certains types de commerces», résume M. Trudel, du fonds immobilier commercial Trudel Alliance, qu’il possède avec son frère, William. 

Selon Jonathan Trudel, le maintien de la fermeture pour certains commerces les fragilise encore plus. Au début de la crise du coronavirus, plusieurs commerçants de Fleur de Lys ont été sondés et «plusieurs ont manifesté qu’ils auraient de la difficulté à rouvrir», souligne M. Trudel. 

Fondateur de Disctrict 7 Production et copropriétaire de L’Anti Bar & Spectacle, dans le quartier Saint-Roch, à Québec, Karl-Emmanuel Picard a l’impression que chaque semaine de fermeture additionnelle efface une partie de ses efforts des dernières années. 

«J’ai travaillé fort pendant cinq ans, je n’ai pas compté mes heures, on a tout fait pour que ça aille bien. Mais là, on dirait que ça nous ramène à la case initiale», dit M. Picard. «On est rendus en mode survie». 

En attendant que le gouvernement autorise la réouverture, Karl-Emmanuel Picard se bat pour trouver des sources alternatives de revenus. Il a notamment lancé une série de spectacles virtuels avec billetterie et vend des «cartes à boire» échangeables à L’Anti. 

À la taverne japonaise Hono Izakaya, sur la rue Saint-Joseph, les affaires avaient atteint un sommet de rentabilité juste avant la crise du coronavirus. La fermeture a forcé le restaurant habitué aux files d’attente à composer avec une salle à manger. 

Or, même s’il rouvrait bientôt, le Hono Izakaya risque d’être contraint de limiter le nombre de clients dans sa salle de 50 places pour se conformer aux règles de distanciation sociale, anticipe Julien Vézina, copropriétaire du restaurant. 

Comme la taverne japonaise craint de ne pouvoir combler que la moitié de ses places dans sa salle à manger, elle offrira bientôt les commandes à emporter. Le Hono Izakaya prévoit que ce service durera plusieurs mois. «On se prépare pour l’été au complet», dit M. Vézina.