Santé publique Ottawa demande aux entreprises d’établir leur propre politique sur la nouvelle règle.
Santé publique Ottawa demande aux entreprises d’établir leur propre politique sur la nouvelle règle.

Port du masque imposé à Ottawa: le consensus... ou presque

Il est midi. Sous le soleil tapant, une file s’étire devant l’épicerie Di Rienzo, à Ottawa. Alors que les clients sortent au compte-gouttes, un employé assis à la porte, la bouche et le nez couverts, stoppe l’élan de chaque personne qui s’approche sans couvre-visage : « do you have a mask? »

Mardi 7 juillet, dans la Petite Italie. Voilà environ douze heures que les quatre unités sanitaires de la région de l’est de l’Ontario ont rendu le port du masque obligatoire dans les endroits publics clos.

Lorsqu’on lui fait remarquer la rigueur avec laquelle son commerce fait observer cette règle, Paolo Di Rienzo se réjouit. « Merci, s’exclame du tac au tac le propriétaire. [Le masque] est une très bonne chose. C’est pour que tout le monde soit en sécurité. »

Paolo Di Rienzo

En marchant le long de Preston, un constat s’impose : ce n’est pas à toutes les enseignes que l’on applique cette règle de façon aussi systématique — mais la large majorité des clients a déjà le visage couvert en entrant dans les commerces. Sans surprise : dans un sondage mené par la Ville et Santé publique Ottawa (SPO), 90 % des 1663 résidents interrogés se disaient prêts à porter un masque afin de pouvoir avoir accès aux services. Bien que des internautes virulents se soient enflammés toute la semaine sur les réseaux sociaux, il y a un clivage : jeudi après-midi, SPO a affirmé n’avoir reçu aucune plainte officielle depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle mesure.

À LIRE AUSSI: Port du masque: comment convaincre pour les nuls

> Port du masque obligatoire à l'intérieur: satisfaction chez les maires de l’Est ontarien

Dans ses instructions, SPO a demandé aux entreprises d’établir leur propre politique sur la nouvelle règle. En cas de non-conformité, des amendes de 500 à 800 $ s’imposent — sauf pendant une « période de sensibilisation » misant sur la « bonne foi » de tout un chacun. La Ville d’Ottawa adoptera un cadre légal le 15 juillet.

« Chaque jour compte »

À l’heure actuelle, près d’une centaine de pays imposent le port du masque, partout ou dans certains endroits publics.

À l’interne, quatre unités sanitaires de la région parlaient de suivre le pas depuis « au moins un mois », détaille le Dr Paul Roumeliotis, médecin hygiéniste du Bureau de santé de l’est de l’Ontario (BSEO). Le médecin avait déjà déclaré la courbe « aplatie » dans sa région. Mais le 25 juin, une éclosion a été observée dans un salon de manucure de Kingston où la plupart des clients avaient le visage découvert. Résultat : de 63 cas avant cet épisode, la région a rapidement compté une trentaine de nouvelles infections. La semaine dernière, les quatre autorités étaient unanimes : il fallait l’imposer, rapidement, et de façon uniforme.

« Pour que les gens s’habituent (avant que des mesures punitives soient mises en œuvre), nous nous sommes mis d’accord sur une même date, détaille le Dr Roumeliotis. On ne veut pas punir les gens ; on veut vraiment changer les habitudes et faire [en sorte] que tout le monde soit habitué avant l’automne. »

« Ça nous a pris un mois pour prendre une décision, mais nous sommes convaincus que c’est la bonne chose à faire. »


« On ne veut pas punir les gens ; on veut vraiment changer les habitudes et faire [en sorte] que tout le monde soit habitué avant l’automne. »
Dr Paul Roumeliotis

+

QU'EST-CE QU'UN MASQUE APPROPRIÉ?

Maintenant que les masques sont obligatoires dans tous les lieux publics intérieurs d’Ottawa et de l’Est ontarien, les autorités de santé publique ont également pris la peine de préciser ce qu’il est approprié de porter pour éviter d’émettre des gouttelettes. Le Droit vous propose quelques conseils pour éviter d’entrer en infraction avec cette consigne:

  • Votre nez, votre bouche et votre menton doivent être recouverts d’un morceau de tissu serré, mais perméable à l’air afin de vous permettre de bien respirer.
  • Pour limiter la propagation de la COVID-19, il est recommandé de laver vos mains avant de mettre votre masque et après l’avoir enlevé. Lavez votre masque régulièrement. Les masques non médicaux jetables sont une alternative, mais il faut les jeter après chaque utilisation.
  • Une visière n’est pas un substitut approprié puisqu’elle n’empêche pas les gouttelettes de se propager.
  • Le masque est un outil permettant de limiter la transmission dans les lieux publics intérieurs, mais la distanciation physique demeure la méthode la plus efficace afin d’éviter la propagation. Si vous présentez des symptômes du nouveau coronavirus, restez à la maison.

+

DES AMENDES ENTRE 500$ ET 800$

Pour l’instant, les quatre unités sanitaires de la région de l’est de l’Ontario prévoient imposer des sanctions aux contrevenants à leur règlement sur le port obligatoire du masque en vertu des dispositions comprises dans la Loi sur la protection civile et la gestion des situations d’urgence. 

C’est donc dire que les amendes qui pourraient être distribuées par des policiers, des agents de règlements municipaux ou des inspecteurs des unités de santé publique sont d’un montant allant de 500$ à 800$. 

Les élus de la Ville d’Ottawa prévoient toutefois adopter un règlement municipal mercredi prochain qui permettrait de réviser l’ampleur de ces sanctions dans la capitale fédérale. 

D’autres municipalités de la région pourraient théoriquement les imiter, si elles souhaitent adoucir les contraventions.

+

À l’heure actuelle, près d’une centaine de pays imposent le port du masque, partout ou dans certains endroits publics.

QUI EST EXEMPTÉ?

Au moment d’annoncer que le port du masque devenait obligatoire dans les lieux publics intérieurs, les médecins hygiénistes des quatre unités sanitaires de la région de l’Est ontarien ont pris la peine d’inviter les citoyens à faire preuve de tolérance à l’endroit des individus qui ne peuvent porter de masque. 

«Il faut être aimable et ne pas assumer que ces personnes se foutent des règles», affirmait la médecin-chef de Santé publique Ottawa, Vera Etches. 

Cette dernière souligne que pour des personnes atteintes de maladies respiratoires, porter un masque peut être plutôt pénible. 

Le fardeau de la preuve ne reposera d’ailleurs pas sur ces individus. 

Les médecins hygiénistes ont souligné qu’ils n’auront pas à traîner un billet médical pour prouver leur exemption à la consigne de se couvrir le visage.