Il n'y aurait peut-être jamais de panacée, selon le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Il n'y aurait peut-être jamais de panacée, selon le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Peut-être jamais de solution miracle contre la pandémie, avertit l’OMS

Joëlle Garrus
Agence France-Presse
Claire Doyen
Agence France-Presse
GENÈVE — La course aux vaccins continue mais il n’existe pas pour l’heure de solution miracle contre la COVID-19, a averti lundi l’Organisation mondiale de la santé (OMS), alors que la pandémie continue à s’accélérer dans le monde et pousse certaines villes comme Melbourne, en Australie, à refermer les portes des commerces.

«Il n’y a pas de panacée et il n’y en aura peut-être jamais», a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une visioconférence.

«Les essais cliniques nous donnent de l’espoir. Cela ne veut pas nécessairement dire que nous aurons un vaccin» efficace, notamment sur la durée, a-t-il dit.

Mais le nouveau coronavirus peut aussi être maîtrisé, a-t-il affirmé, notamment à force de «bonnes pratiques» et «d’engagement politique». Le comité d’urgence de l’OMS «a été très clair: quand les dirigeants travaillent de façon très étroite avec les populations, cette maladie peut être maîtrisée».

«Il faut contenir les flambées», «tester, isoler et traiter les patients, rechercher et mettre en quarantaine leurs contacts», mais aussi «informer», a-t-il souligné, pressant les populations de continuer à respecter les gestes barrières pour rompre les chaînes de transmission.

«Faites tout cela. Et continuez quand c’est sous contrôle!», a-t-il lancé.

La pandémie a fait au moins 689 758 morts dans le monde depuis fin décembre, selon un bilan établi par l’AFP lundi. Plus de 18 millions de cas ont été officiellement comptabilisés, dont au moins 10,5 millions ont été guéris.

Le 10 juillet, l’OMS a dépêché en Chine un épidémiologiste et un spécialiste de la santé animale pour une mission exploratoire avant le démarrage d’une enquête que l’organisation onusienne veut mener sur l’origine du virus, apparu en Chine fin 2019.

«Remonter en arrière»

Cette mission a achevé le travail préparatoire, a dit lundi Tedros Adhanom Ghebreyesus. «L’équipe avancée de l’OMS qui s’est rendue en Chine a maintenant achevé sa mission consistant à jeter les bases d’efforts conjoints pour identifier les origines du virus».

«L’OMS et des experts chinois ont rédigé les termes de référence des études et du programme de travail pour une équipe internationale, dirigée par l’OMS», a-t-il expliqué. «L’équipe internationale comprendra d’éminents scientifiques et chercheurs de Chine et du monde entier. Des études épidémiologiques commenceront à Wuhan pour identifier la source potentielle d’infection des premiers cas».

Selon le Dr Mike Ryan, du Programme de l’OMS pour les urgences sanitaires, l’enquête devrait être de longue haleine, avec des «études rétrospectives spécifiques requérant une approche très en profondeur».

«Le vrai truc est d’aller vers les cas humains groupés survenus en premier, puis de remonter en arrière, à la recherche systématique du premier signal par lequel la barrière de l’espèce animale/humaine a été franchie», selon lui. «Une fois que vous comprenez où la barrière a été franchie, vous passez alors aux études de manière plus systématique du côté animal».

«Le fait que l’alarme se soit déclenchée» à Wuhan «ne signifie pas nécessairement que c’est là que la maladie est passée des animaux aux humains», a-t-il estimé.

Pour une majorité de chercheurs, le SARS-CoV-2 — cause de la pandémie — est sans doute né chez la chauve-souris, mais les scientifiques pensent qu’il est passé par une autre espèce avant de se transmettre à l’homme.

C’est cette pièce du puzzle que la communauté scientifique internationale et l’OMS espèrent découvrir, pour mieux cibler les pratiques à risques et éviter une nouvelle pandémie.

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Un employé du groupe Valneva, en France, travaillant à l'élaboration d'un vaccin contre la COVID-19.

LE RYTHME CONTINUE DE S'ACCÉLÉRER

En attendant l'arrivée de vaccins, le rythme de la pandémie continue de s’accélérer, particulièrement aux États-Unis et en Amérique latine. À ce jour, plus de 18 millions de personnes dans le monde ont été contaminées par le virus et plus de 680 000 en sont mortes, selon un bilan établi lundi par l’AFP.

En sinistre position de tête, les États-Unis comptent 155 366 morts dont 532 et plus de 46 000 nouvelles infections en 24 heures, suivis du Brésil (94 665 morts), du Mexique (47 746 décès) et du Royaume-Uni (46 193 morts).

Des semaines «décisives» 

La remontée des contagions a conduit plusieurs pays à de nouvelles mesures de restrictions, comme à Melbourne, déjà placée dimanche sous couvre-feu pour six semaines. À partir de mercredi minuit, tous les commerces et les administrations non essentiels de la deuxième ville d’Australie seront fermés. Supermarchés, pharmacies et magasins d’alcool bénéficieront d’une exemption.

En France, le premier ministre a appelé lundi ses concitoyens et les services de l’État à «ne pas baisser la garde», afin d’éviter «un reconfinement généralisé».

Le masque est désormais obligatoire dans tout ou partie du centre-ville de dizaines de commmunes, comme Saint-Malo, Annecy ou encore Bayonne.

Et le départ depuis le Danemark du Tour de France, plus grande course cycliste du monde, prévu en 2021, a été repoussé d’un an, pour éviter un chevauchement des évènements sportifs chamboulés par la COVID-19.

Aux Philippines, les autorités ont aussi annoncé un reconfinement à partir de mardi qui va toucher plus de 27 millions de personnes, soit environ le quart de la population.

Depuis le début du mois de juin les infections ont quintuplé, dépassant la barre des 100 000 cas, alors que les décès s’élèvent à environ 2000. «Nous n’avons pas été à la hauteur», a reconnu le président Rodrigo Duterte.

Rentrée des classes en Allemagne

L’Amérique latine et les Caraïbes, avec plus de 201 000 morts et plus de cinq millions de cas, sont à présent la deuxième région la plus touchée après l’Europe, qui compte plus de 210 000 morts.

En Argentine, le ministère de la Santé a annoncé que les 200 000 cas de contamination avaient été dépassés et que les réunions sociales seraient interdites dans tout le pays à partir de lundi.

Au Venezuela, le président Nicolas Maduro a ordonné dimanche une quarantaine stricte dans tout le pays.

En Allemagne, des milliers d’élèves ont repris lundi le chemin de l’école, les premiers en Europe, une rentrée marquée par de strictes mesures sanitaires et qui fera office de test.

L’Allemagne a jusqu’à présent été plutôt épargnée par la pandémie qui y a fait moins de 9200 morts, mais les autorités s’alarment d’une lente reprise des infections.

En Algérie, les autorités ont décidé la réouverture progressive des mosquées, des plages, et des parcs fermés depuis près de cinq mois à cause de la pandémie.

Calme à Ibiza

En Méditerranée, la catastrophe touristique est bien présente. Un calme insolite règne à Ibiza, île de l’archipel espagnol des Baléares, et les immenses boîtes de nuit qui font sa réputation ont dû faire une croix sur la saison.

«Il faut que je sois responsable», déclare Yann Pissenem, copropriétaire français du Hï Ibiza, l’un des plus grands clubs de l’île. Si les discothèques étaient ouvertes, elles risqueraient de «créer des clusters partout», reconnaît-il.

En Amérique latine, la pandémie a «exacerbé» les violations des droits fondamentaux des migrants, notamment des fillettes et adolescentes vénézuéliennes et centroaméricaines, a dénoncé lundi l’organisation humanitaire Plan International.

«Les impacts socio-économiques, les restrictions de circulation et la fermeture des frontières, en raison de la pandémie de COVID-19, ont exacerbé les violations des droits de la population migrante, particulièrement ceux des fillettes et adolescentes», s’alarme l’ONG, qui a son siège régional au Panama.  AFP