Michel Boulerice a succombé à la COVID-19 le 14 juin à l’Hôpital de Hull.
Michel Boulerice a succombé à la COVID-19 le 14 juin à l’Hôpital de Hull.

Mourir à la fois seul et bien entouré

Dans les statistiques, il était la 32e victime de la pandémie en Outaouais. Dans la vie, il s’appelait Michel Boulerice. Dans l’antichambre de la mort, il n’a pas pu être entouré de ses proches. Mais grâce au dévouement du personnel de l’unité COVID-19 de l’Hôpital de Hull, c’était tout comme.

Michel Boulerice a été admis à l’unité COVID-19 le vendredi 29 mai. Il y a rendu son dernier souffle le dimanche 14 juin, en début de soirée.

Atteint de schizophrénie, le quinquagénaire résidait dans une unité du Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Lionel-Émond réservée à des patients du Centre hospitalier Pierre-Janet.

Malgré le deuil, la grande sœur du disparu, Huguette Bélanger, n’hésite pas à qualifier de « fantastiques » les mesures mises en place par le personnel de l’Hôpital de Hull pour lui permettre d’être là, à distance, pendant que la mort se frayait un chemin vers Michel Boulerice. Les employés appelaient fréquemment Mme Bélanger pour lui donner des nouvelles et n’hésitaient pas à établir la communication par vidéo pour qu’elle puisse parler à son frère, dont elle était la curatrice.

« Les employés me disaient toujours “Huguette, tu peux appeler n’importe quand”, raconte Mme Bélanger. J’ai testé ça jour et nuit. S’il y avait quelque chose qui se passait, ils me disaient qu’ils allaient me rappeler et ils le faisaient toujours. »

Peu de temps avant le décès de son frère, Huguette Bélanger a pu lui parler pendant deux heures. « C’était bizarre de le faire en ligne, mais d’un autre côté, j’ai trouvé ça vraiment remarquable comment le personnel a pu nous intégrer dans cette nouvelle réalité. »

Lors de cette dernière communication, le personnel a fait une exception pour que la fille de Mme Bélanger, Nathalie Boulerice, puisse elle aussi souffler des mots de réconfort à son oncle.

Les problèmes de santé mentale du quinquagénaire faisaient en sorte qu’il ne comprenait pas, au début, la gravité de son état.

« Mais vers la fin, il avait peur de partir », confie sa nièce.

Assommé par la médication, Michel Boulerice réagissait tout de même au son de la voix de ses proches. « S’il râlait, je commençais à parler ou à chanter des petites chansons et il se calmait », raconte Mme Bélanger.

Huguette Bélanger (droite), accompagnée de sa fille Nathalie Boulerice (gauche), a pu parler avec son petit frère Michel Boulerice lors des dernières heures de vie de ce dernier.

Complications

Pneumonie et thrombose à l’aorte font partie des complications de la COVID-19 ayant mené au décès de M. Boulerice, qui était aussi connu pour des problèmes cardiovasculaires. Son décès était anticipé depuis plusieurs jours déjà lorsqu’il s’est éteint, sur son lit du troisième étage de l’Hôpital de Hull.

Huguette Bélanger et Nathalie Boulerice n’ont que de bons mots à dire au sujet des employés et médecins de l’unité, au front jour après jour auprès des patients infectés au point de devoir être hospitalisés.

« Malgré le travail qui ne finit plus pour eux, ils ont pris le temps de se rassembler autour de lui dans sa chambre au moment de son décès, en guise de respect, souligne Mme Boulerice. Ça vaut la peine qu’on leur donne des éloges, ils ont été au-delà de ce à quoi on s’attendait. »

Certaines questions restent tout de même en suspens, entre autres par rapport à l’éclosion qui touche durement, depuis des semaines, le CHSLD Lionel-Émond. « Je ne suis pas sereine [par rapport à ça], parce que l’éclosion a frappé très vite au sixième étage, raconte Huguette Bélanger. Ça aurait peut-être pu virer autrement, mais on ne le saura probablement jamais. »

Si la mère et la fille ont accepté de raconter leur histoire quelques jours à peine après avoir amorcé leur deuil, c’est d’abord et avant tout pour saluer le travail de ceux et celles qui ont pris soin de Michel Boulerice, tant au sein du personnel de Pierre-Janet qu’à l’unité COVID-19. « [Ce sont] des gens dévoués avec plein de compassion qui se questionnent même à savoir s’ils en font assez pour leurs patients et les familles, surtout en fin de vie, souligne Nathalie Boulerice. Je n’aurai jamais assez de mots pour leur dire toute la gratitude que notre famille a envers eux. »