La mairesse Valérie Plante a rappelé que cette crise sanitaire ne doit pas devenir une crise humanitaire.
La mairesse Valérie Plante a rappelé que cette crise sanitaire ne doit pas devenir une crise humanitaire.

Montréal déclare l’état d’urgence local

MONTRÉAL — La Ville de Montréal a répondu à la demande des autorités de santé publique du Québec et a déclaré l'état d'urgence sur son territoire pour aider à lutter contre la pandémie de COVID-19. Mais la mairesse Valérie Plante a voulu du même souffle rassurer ses concitoyens: la ville n'est pas en confinement total.

«Nous passons à une étape importante dans notre lutte collective contre le coronavirus, a-t-elle souligné lors d'un point de presse à l'hôtel de ville. Depuis le début de la crise, nous travaillons avec l'équipe d'experts du Centre de coordination des mesures d'urgence et la Direction générale de la santé publique pour prendre les meilleures décisions. Le plan établi a été très efficace jusqu'ici, mais étant donné l'évolution de la situation, nous sommes rendus à un point où nous devons nous doter de nouveaux pouvoirs, des pouvoirs exceptionnels.»

La mairesse a officiellement décrété l'état d'urgence à compter de 16h, vendredi. Cette mesure permettra notamment à Montréal d'adopter rapidement des mesures pour réduire les risques d'éclosion de la COVID-19 auprès des personnes en situation d'itinérance.

«La situation dans les centres de jour et les refuges est très difficile actuellement, a souligné Mme Plante. Les centres de jour, qui accueillent 750 personnes par jour, sont maintenant fermés, à quelques exceptions près. Les refuges, qui accueillent près de 1400 personnes par nuit, ont vu le nombre de places chuter d'environ 300 au cours de la dernière semaine.

«Notre population itinérante se retrouve sans nourriture, sans endroit de repos et sans protection et c'est inacceptable. Le premier ministre [François Legault] nous demande de rester chez nous: qu'est-ce que ça veut dire quand notre maison, c'est la rue?»

Montréal se donne ainsi les moyens de réquisitionner des locaux pour loger ces sans-abri, en plus de se donner la marge de manoeuvre financière nécessaire pour acheter des fournitures pour ces centres. Elle compte doter la ville de nouveaux refuges — deux déjà, au Y du centre-ville et au complexe Guy-Favreau, sont en fonction — en plus de créer des îlots sanitaires au centre-ville pouvant accueillir 1000 itinérants par jour.

L'hôpital Royal Victoria sera également mis à contribution. Il servira à accueillir la clientèle itinérante infectée au coronavirus ou celle en attente d'un diagnostic.

«Cette crise sanitaire ne doit pas devenir une crise humanitaire, a déclaré la mairesse. C'est pour ça qu'on doit se donner des pouvoirs nécessaires pour passer à l'action. Les dispositions de la Loi sur la sécurité nous permettent de prendre toutes les mesures pour protéger l'intégrité, la vie et la santé de ces personnes.»

Des gens prenaient un peu d'air frais sur le mont Royal, vendredi.

Pas de confinement

Mme Plante a également voulu se montrer rassurante, consciente que plusieurs informations contradictoires circulent actuellement au sujet de la situation de Montréal. Elle a affirmé que la ville ne se trouve pas en confinement ou en quarantaine, mais que si cela devait être fait à la demande des autorités de santé publique du Québec, cela serait fait «de façon ordonnée et organisée».

Elle a confirmé que la Ville a travaillé sur des scénarios de confinement total, «comme toutes les organisations sensées le font».

Finalement, elle a rappelé aux Montréalais qu'ils ont tous le devoir de respecter les consignes de santé publique et que les statistiques présentées dans les médias «sont réelles».

«Tous et chacun devons faire un effort pour limiter la propagation. [...] C'est plus vrai que jamais. Je demande à toute la population de suivre les règles établies par la Santé publique et le gouvernement du Québec.»

Sur ce dernier point, des mesures plus serrées seront mises en place cependant. En collaboration avec le SPVM, des citoyens qui refusent de se conformer à la recommandation de confinement pourraient faire l'objet d'ordonnances individuelles, comme les commerçants qui n'ont pas encore fermé leurs portes pourraient recevoir des contraventions.

«C'est autour de ces objectifs que nous allons employer des moyens qui ne sont pas déployés actuellement dans l'ensemble du Québec, mais il est maintenant justifié que Montréal fasse un pas de plus», a pour sa part indiqué Dre Mylène Drouin, directrice régionale de la santé publique de Montréal.

«On pourrait aller vers des mesures progressives, comme en Europe, liées au contrôle des personnes dans l'espace public. Ce sera donc normal de voir une plus grande présence policière, a-t-elle poursuivi. Par contre, on ne va pas dans des mesures spécifiques vers un seul quartier, même si la propagation y est plus importante. Nous sommes en propagation communautaire: c'est toute l'île de Montréal qui doit appliquer ces mesures, pas seulement certaines zones ou certains quartiers.»

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Le Port de Montréal doit être désinfecté à la suite d'un cas positif de COVID-19

MONTRÉAL — Un débardeur du Port de Montréal a reçu un résultat positif à la COVID-19, ce qui a forcé l'arrêt des activités jusqu'à samedi matin.

Deux quarts de travail ont dû être annulés, soit celui de la soirée de vendredi et celui de la nuit de samedi. Pendant ce temps, une firme spécialisée doit désinfecter toute la machinerie ainsi que les aires communes.

Au même moment, employeurs et syndicat procèdent à une enquête pour retracer tous les débardeurs ayant pu être contaminés. Il est possible que de nombreux travailleurs soient forcés de se retirer temporairement.

Le Syndicat des débardeurs du Port de Montréal a été informé par l'employé malade vendredi après-midi. L'information a rapidement été partagée avec l'Association des employeurs maritimes (AEM) afin de prendre les mesures de précaution nécessaires.

Selon l'organisation des tâches dans le port, jusqu'à neuf débardeurs différents peuvent manipuler le même équipement sur une période de 24 heures, a expliqué le conseiller syndical des débardeurs au sein du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) Michel Murray.

L'employé atteint de la COVID-19 avait agi de prudence et ne s'était pas présenté au travail depuis l'apparition de symptômes grippaux. Contrairement à de nombreux cas diagnostiqués au Québec, l'individu n'aurait pas voyagé à l'étranger d'après son syndicat.

«Le membre s'était déjà placé en retrait préventif depuis quelques jours, alors ça va être facile, je pense, de retracer les gens concernés parce qu'il a été très prévoyant en se retirant», a souligné M. Murray.

Brumisation et rotation

Dans le but de limiter la possibilité qu'un employé puisse contaminer un grand nombre de ses collègues, le syndicat et l'AEM cherchent à limiter la rotation des travailleurs.

«Les débardeurs sont en rotation sur les différentes pièces de machinerie alors dans une journée il peut y avoir neuf débardeurs qui s'assoient sur un siège d'un camion qui transporte des conteneurs et le lendemain il peut y en avoir neuf autres», décrit Michel Murray.

Les deux parties discutent de manières de réduire les rotations.

Par ailleurs, un système de brumisation a été mis en place. Cela consiste à asperger les équipements de produits désinfectants qui immunisent la machinerie durant 72 heures contre tout germe ou virus.

Ugo Giguère, La Presse canadienne