Depuis mardi dernier, les visites et les inspections de maisons pour la vente ou l’achat sont interdites. Le courtier immobilier Jimmy Arseneault a mis sur pause ses activités jusqu’au 13 avril.
Depuis mardi dernier, les visites et les inspections de maisons pour la vente ou l’achat sont interdites. Le courtier immobilier Jimmy Arseneault a mis sur pause ses activités jusqu’au 13 avril.

Mieux vaut attendre avant de vendre sa maison en temps de crise

L’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ) a avisé les courtiers titulaires de permis de se conformer aux directives du gouvernement du Québec quant aux mesures de distanciation sociale mises de l'avant dans sa lutte à la COVID-19. On recommande donc aux courtiers d'éviter tout contact entre les personnes — clients ou autres courtiers —,  et ce, jusqu’au 13 avril.

Plusieurs courtiers ont donc suspendus toutes les visites et fermés leurs bureaux. Par contre, selon les directives de l'OACIQ, la plupart des courtiers maintiennent leurs activités professionnelles par l'entremise des technologies de communication, que se soient des contrats de courtage et des promesses d'achat déjà en cours. 

Malgré toutes ces recommandations, il est de moins en moins facile de vendre sa maison en temps de crise. Et la situation est la même pour ce qui est de l’achat d’une nouvelle résidence. « Pour ma part, j’ai arrêté toutes les visites de même que les inspections depuis lundi dernier, a confié au Droit Brigitte Thériault, courtière immobilière chez Via Capitale Diamant. Il était devenu presque impossible de faire notre travail convenablement, et ce, autant pour les vendeurs que pour les acheteurs. Il fallait prendre des mesures pour protéger nos clients et nous aussi. »

Peu de temps avant la mise en vigueur des consignes de l’OACIQ, les courtiers comme Mme Thériault avaient déjà pris de mesures de protection.

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Par exemple, on limitait le nombre de personnes lors des visites. On ouvrait au préalable les interrupteurs et les portes dans la résidence visitée. Des distributeurs d’antiseptique étaient disponibles dans les maisons. Les courtiers portaient des gants et gardaient une distance sécuritaire entre les personnes.

« Toutes les mesures étaient prises depuis quelques semaines afin de maximiser la sécurité de tout le monde, ajoute Mme Thériault. Mais depuis quelques jours, avec toutes les consignes qui nous sont parvenues et la désignation des services essentiels, on se devait de limiter nos activités. »

Par contre, plusieurs inquiétudes subsistent dans le domaine de l’immobilier, surtout pour les personnes qui doivent quitter leur résidence dans les prochains mois, voire les prochaines semaines parce qu’ils ont déjà vendu.

« Il y a des prises de possession qui se feront au cours des prochaines semaines, explique la courtière immobilière. On sait que les déménageurs et les notaires sont sur la liste des services essentiels. Mais pour ceux et celles qui ont vendu leur maison et qui doivent se trouver un nouveau toit, ça devient tout un défi. »


« J’ai arrêté toutes les visites de même que les inspections depuis lundi dernier. Il était devenu presque impossible de faire notre travail convenablement, et ce, autant pour les vendeurs que pour les acheteurs. »
Brigitte Thériault

Attendre avant de vendre

Il semble se dégager un consensus parmi les courtiers immobiliers concernant la vente de résidences depuis quelques jours.

Pour Manon Berniquez, courtière immobilière chez Keller Williams Distinction, il ne serait pas très avisé de mettre une résidence en vente en ce moment.

« Mettre sa maison en vente aujourd’hui n’est pas une bonne idée, quoique je suis certaine qu’il y aurait des offres, lance-t-elle. D’ailleurs, la très grande majorité des promesses d’achat faites depuis les mesures de confinement le sont avec la condition d’une visite à venir. De fait, les délais d’inspection et de prise de possession deviennent aussi conditionnels et parfois rallongés.? »

Pour la courtière en immobilier Manon Berniquez, tout est mis sur pause jusqu’au 13 avril.

Pour l’instant, toutes les visites étant interdites pendant trois semaines, les courtiers s’en remettent à la bonne foi de leurs clients quant à la prise de possession des résidences déjà vendues.

« Il n’y a rien de précis. On n’a pas de directives claires quant aux prises de possession, d’expliquer Mme Berniquez. Mais on s’appuie sur la collaboration et l’empathie de tous. J’ai des clients très anxieux ces temps-ci parce que, justement, ils doivent quitter leurs maisons sans avoir encore trouvé un endroit où aller. On peut donc, en toute légalité, demander un délai pour la prise de possession. Si les deux parties sont d’accord, on réussit à accommoder tout le monde. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu de problème à ce niveau. »

Inquiétudes

Une autre incertitude qui planait sur le marché de l’immobilier était la fermeture possible du Registre foncier pendant la crise. Ce registre est un service public chargé de donner l’état des droits en relation avec les immeubles.

« On avait de réelles inquiétudes à ce sujet, a confié le courtier immobilier Jimmy Arseneault de l’agence Re/Max Vision. Heureusement, tout s’est replacé à ce niveau, tout comme la disponibilité des notaires (voir autre texte). »

Comme d’autres courtiers, M. Arseneault estime que la mise en marché de nouvelles maisons n’est pas favorisée ces temps-ci. « Mais d’ici là, rien ne nous empêche de communiquer avec nos clients et de préparer la sortie de crise », ajoute-t-il.

Selon le courtier, d’autres problèmes se pointent à l’horizon, comme des défis d’insolvabilité dus au ralentissement économique et les nombreuses mises à pied qui s’accumulent.

« Ce qui est problématique, ce sont les prises de possession à plus long termes, explique M. Arseneault. Par exemple, le cas d'un acheteur qui a acquis une propriété avant la crise et qui, en cours de route, perd son emploi. Évidemment, on a là un litige probable. Un acheteur qui ne pourra peut-être pas respecter sa promesse d’achat. À titre de courtier, on doit s’assurer que notre client vendeur ne sera pas lésé dans cette transaction. Et ce genre de situation risque de se produire plus souvent qu’en temps normal. »

Malgré tout, le courtier Re/Max, tout comme ses collègues interrogés par Le Droit, croit à une reprise rapide du marché dès la sortie de crise. « Je crois sincèrement que le marché reviendra au même niveau qu’avant la crise, estime-t-il. Il faudra être prêt, car comme avant, il y aura de la surenchère et nous aurons encore un déficit dans l’inventaire de propriétés à vendre. »

L’effet Du Proprio

La vente sans courtier semble être un irritant pour les courtiers et elle est dénoncée par certains d'entre eux, qui voient là une faille dans le système.

« On sait très bien que les inscriptions sont maintenues chez Du Proprio, dénonce M. Arseneault. Il y a des visites libres en ce moment alors que les courtiers doivent mettre leurs activités sur pause, ce n’est pas équitable. Ces restrictions devraient aussi s’appliquer à la vente par particulier. »

Chez Du Proprio, on dit respecter à la lettre les consignes de la santé publique et du gouvernement du Québec et la mise sur pause des visites libres en personne jusqu’au 13 avril.

Brigitte Thériault, courtière en immobilier chez Via Capitale Diamant, a décidé de faire du télétravail depuis lundi dernier.

« Notre modèle d’affaires nous a permis de rapidement basculer sur le télétravail et permettre à nos clients de continuer les activités comme avant la crise, et ce, sans délai, explique Martin Desfossés, porte-parole chez Du Proprio. Tous nos clients peuvent bénéficier du même service de mise en marché qu’avant la crise, mais nous avons émis certaines consignes quant à la visite libre en personne et aux inspections. »

Le porte-parole de l’entreprise qui fête ses 23 ans d’existence a confirmé que les représentants de Du Proprio ne se rendent plus en personne chez les clients pour les rencontres d’information et la pose de pancarte. « Les activités de nos représentants en personne auprès de nos clients sont suspendues jusqu’au 13 avril. Je vous souligne que nous avons actuellement plus de 6000 visites virtuelles sur le site avec plus de 18 000 clients inscrits ».

Par contre, M. Desfossés insiste pour dire que tous les services de Du Proprio sont quand même maintenus. Les représentants peuvent répondre à toutes les questions, soit par téléphone ou par courriel. «Ceux et celles qui désirent vendre leur maison peuvent toujours le faire, ajoute-t-il. Pendant cette période de confinement, nos clients peuvent faire leur rendez-vous de départ par téléphone. Ils reçoivent ainsi toute l'information nécessaire pour préparer et procéder à leur mise en marché.»