Le conseiller au SCFP en Estrie, Éric Bergeron, est d’avis que le CIUSSS de l’Estrie lance un message contradictoire au public et au personnel médical.

Médecin infecté à l'hôpital de Granby: des collègues inquiets de devoir rester en poste

Même si un collègue a contracté le coronavirus et qu’ils ont été en contact avec lui, des effectifs de l’hôpital de Granby restent en poste, a dévoilé La Voix de l’Est, jeudi. Une situation « inacceptable » et « irresponsable », clament plusieurs syndicats représentant des travailleurs du réseau de la santé.

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« Ça n’a aucun bon sens ce qui se passe à l’heure actuelle. On est hautement préoccupés. Il n’y a aucune logique entre le message [de la santé publique] et les actions », déplore le conseiller au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) en Estrie, Éric Bergeron, qui représente notamment les préposés aux bénéficiaires.

Le conseiller syndical réagissait au fait qu’un membre de l’équipe soignante du centre hospitalier de Granby (CHG) a eu la confirmation, mercredi, qu’il a contracté la COVID-19. Une centaine d’individus, autant des patients que des collègues ayant été en contact avec cette personne, ont été informés par la direction de la santé publique de l’Estrie.

Les patients contactés devront être en quarantaine pour 14 jours. Ce n’est toutefois pas le cas des membres de l’équipe médicale de l’hôpital de Granby ayant travaillé avec leur collègue infecté.

« Comme les autres personnes en contact ne sont pas malades, elles peuvent travailler en protégeant la clientèle en portant un masque, entre autres, a mentionné en entrevue le directeur de la santé publique (DSP) en Estrie, Dr Alain Poirier. S’ils développent les symptômes (toux, fièvre, difficultés respiratoires), ils seront testés. »

Contradictions

Selon le DSP, cette décision a été prise, car il serait impensable « d’envisager un bris de service » au CHG à cause de ce cas d’infection interne.

« Il y a toujours un accommodement raisonnable entre le risque et le bénéfice. Dans le cas du centre hospitalier, on met des mesures en place et on est capables de bien les suivre avec le bureau de santé publique pour ne pas handicaper un service », a-t-il indiqué.

Ce qui a fait bondir le SCFP. « On joue avec la vie des gens en ce moment en retardant des décisions concernant le retrait du personnel potentiellement à risque. Entre autres dans le dossier du médecin infecté à l’hôpital de Granby. C’est pourtant simple. Du moment où on est exposés à quelqu’un qui a le coronavirus, on devrait être retiré chez nous et attendre de voir si on a des symptômes. Comment peut-on avoir une directive pour la population et l’inverse pour les employés du réseau de la santé. On ne veut pas devenir le vecteur numéro un du virus au Québec », a fait valoir Éric Bergeron.

Ouverture

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Estrie dénonce le manque d’ouverture et de transparence du CIUSSS de l’Estrie.

« Depuis le début de la crise du coronavirus, on devrait être des partenaires. On peut aider [le CIUSSS] à identifier des solutions, à diffuser de l’information et à calmer les gens. Il faut nous impliquer dans le dossier. Mais, en ce moment, il n’y a pas d’ouverture », a fait valoir le représentant de l’APTS, Marc Richard.

Ce dernier estime qu’il est « irresponsable » de la part du CIUSSS de l’Estrie de maintenir la ligne dure en ne retirant pas les effectifs médicaux en contact avec un collègue ayant le coronavirus.

De son côté, la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, se dit « très préoccupée » de la tournure de ce dossier. « C’est inquiétant si on commence à avoir d’autres cas de coronavirus dans le personnel. On est en première ligne pour soigner les gens, pour assurer leur santé avant tout. »

Dépistage préventif

En raison d’un « fort potentiel de transmission » du coronavirus, le CIUSSS de l’Estrie demande par ailleurs à tout le personnel des réseaux locaux de services (RLS) de la Haute-Yamaska et La Pommeraie de passer des tests de dépistage préventifs.

« S’ils présentent l’un ou l’autre des trois symptômes (fièvre ou toux ou difficultés respiratoires), les membres du personnel, incluant les médecins, sont invités à se faire dépister, idéalement au plus tard le lundi 23 mars à 16 h, au centre de test situé à proximité de l’urgence de l’Hôpital de Granby. Et ce, même s’ils n’ont aucun historique de voyage ou de contacts étroits avec un cas confirmé », a indiqué le CIUSSS par voie de communiqué.

Ces mesures ont été mises en place, car « les deux RLS visés vivent actuellement un potentiel de propagation du virus dans la communauté plus significatif que dans les autres secteurs. » Le CIUSSS a précisé que cette initiative ne s’adresse pas « pour l’instant » aux autres RLS du territoire.