Depuis la réouverture le 4 mai dernier, «c’est la folie furieuse» pour les machines à coudre et les élastiques, constate Hélène Giard, copropriétaire du magasin Couture et aspirateurs Martin, à Granby.
Depuis la réouverture le 4 mai dernier, «c’est la folie furieuse» pour les machines à coudre et les élastiques, constate Hélène Giard, copropriétaire du magasin Couture et aspirateurs Martin, à Granby.

Masques artisanaux: c’est la folie pour les machines à coudre et les élastiques

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Foi de mercière, c’est du «jamais-vu». Au magasin Couture et aspirateurs Martin, incontournable des mordues de couture, on s’arrache les machines à coudre et les élastiques nécessaires à la confection des masques artisanaux.

«En deux semaines, j’ai vendu autant d’élastiques que depuis cinq ans», dit Hélène Giard, copropriétaire du magasin à Granby.

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Une journée, elle a vendu 100 mètres d’élastique en moins d’une heure. «Avec les masques artisanaux que plusieurs décident de faire, c’est la folie des élastiques.» Depuis le début de la crise, elle croit en avoir vendu pour près de 10000 mètres. Les fournisseurs arrivent à suivre la cadence, mais Mme Giard s’est déjà organisée pour aller s’approvisionner directement auprès d’eux à Drummondville afin de s’assurer de ne pas en manquer.

«Je ne m’étais pas imaginée qu’autant de femmes se mettraient à faire des masques artisanaux», s’étonne-t-elle.

«Les femmes ont sorti leurs machines à coudre»

Qui dit élastique, dit machine à coudre.

Au magasin de Mme Giard, qui n’a pas vraiment d’équivalent dans la région, les machines s’envolent. Qu’elles soient de marque Singer, Pfaff ou Janome, toutes trouvent preneuses. Car oui, l’art de la couture est encore très largement féminin.

«Ma représentante [d’une de ces marques] m’a dit qu’en deux semaines, ils avaient vendu au Canada l’équivalent de ce qu’ils vendent habituellement en quatre mois.»

Lundi matin, Mme Giard a reçu 32 machines. Il en restait seulement 10 mardi après la fermeture du magasin, à 14h. «Vingt machines en deux jours, c’est beaucoup.»

Du côté du service de la réparation, ça tourne également à plein régime. Le 4 mai, 50 machines à coudre à réparer ont été amenées au magasin. «On a dû trouver un endroit où les entreposer, car l’espace prévu d’habitude n’était plus suffisant», explique la copropriétaire.

Son conjoint Serge Martin et leur employé Denis se mettent à la réparation une fois le magasin fermé aux clients, alors qu’ils travaillent également auprès de la clientèle pour pallier la diminution du nombre d’employés — ils sont six sur le plancher en temps normal.

Du passe-temps à un besoin criant

Mme Giard et son conjoint se doutaient que l’engouement pour la couture serait manifeste, comme c’est habituellement le cas en temps de crise.

«C’est une activité qui monte toujours en flèche en temps de récession», explique-t-elle, puisque les gens réparent plus leurs vêtements et cherchent à recycler leurs affaires.

«La surprise “couture”, on l’avait prévue, mais pas d’une telle ampleur.»

Selon Mme Giard, l’importance de confectionner un produit utile, comme les masques, a pris le pas sur le passe-temps créatif associé ces dernières années au retour à la mode de la couture. «Coudre pour exprimer sa créativité, pour s’amuser et faire du social dans des groupes de couture, ce n’est pas ça en ce moment», estime-t-elle.

Le temps rendu davantage disponible par la mise sur pause de l’économie a également incité plusieurs femmes de la région à se mettre à piquer.

Cette effervescence pour la couture, activité indépendante synonyme d’autosuffisance, met également un «baume sur nous autres après avoir perdu tant de temps et de revenus» au début de la crise, reconnaît Hélène Giard.

«On est contents de savoir qu’on est encore vivants financièrement.»