Mario Richer soulève la coupe de France remportée par les Gothiques d’Amiens devant 15 000 spectateurs à Paris-Bercy le 16 février dernier. Parmi ses joueurs, l’ancien des Olympiques Philippe Halley et Joey West d’Orléans.
Mario Richer soulève la coupe de France remportée par les Gothiques d’Amiens devant 15 000 spectateurs à Paris-Bercy le 16 février dernier. Parmi ses joueurs, l’ancien des Olympiques Philippe Halley et Joey West d’Orléans.

Mario Richer dans l’œil de la «tempête»

Jean-François Plante
Jean-François Plante
Le Droit
Mario Richer et ses Gothiques d’Amiens avaient pris leur élan avant que le virus de la COVID-19 vienne bouleverser les plans de tous les sports de la planète.

L’entraîneur-chef de Thurso venait de mener les Gothiques à leur deuxième conquête de la coupe de France consécutive à la mi-février.

Au départ, ce tournoi annuel à élimination simple regroupe 44 clubs de hockey professionnels de France. Puis, malgré leur budget limité, les Gothiques sont parvenus à terminer dans le top-4 du classement général de la Ligue Magnus pour une troisième saison de suite.

Quand le premier tour éliminatoire a débuté, le virus de la COVID-19 était encore méconnu en France. Il l’ignorait à ce moment, mais Mario Richer présentait tous les symptômes reliés au coronavirus. Certains de ses joueurs aussi. Mais sans test et sans grandes informations du fiasco à venir, tout le monde a poursuivi ses activités normalement.

« Nous sommes des professionnels. Des joueurs pensaient avoir la grippe. De mon côté, il m’arrive d’avoir de la fièvre. Tout le monde a continué à faire son travail comme si de rien n’était », a raconté Richer au Droit, toujours en direct d’Amiens, lundi.

Malgré deux défaites en prolongation à domicile dans les deux premiers matches des séries, Richer avait ramené son équipe dans le coup en gagnant les deux matches suivants à Mulhouse, puis le cinquième match de la série devant une foule déchaînée à Amiens. 

« Nous avions le vent dans les voiles ! »

Mais la Terre a cessé de tourner le jour du sixième match à Mulhouse. À partir de là, son équipe a passé par toute la gamme des émotions.

« Nous avions pratiqué à Mulhouse le matin du sixième match, mais tout à coup, nous avons appris qu’il y avait eu sept ou huit cas d’infections au coronavirus à Mulhouse. Tous les matches de hockey ont été annulés par le département là-bas. La ligue avait donc choisi de nous faire jouer les matches six et sept, si nécessaire, chez nous, mais notre département a refusé de laisser entrer une équipe en provenance d’une région contaminée. »

Devant l’impasse, les Gothiques ont été déclarés vainqueurs de la série, mais l’histoire était loin d’être terminée.

« Nous étions sur le point de monter dans l’autobus pour nous rendre à Grenoble pour amorcer notre demi-finale quand la ministre française des Sports est intervenue. Elle provient de Mulhouse. Elle a tranché que la série devait se poursuivre, mais en terrain neutre et sans spectateurs. Un endroit acceptait de nous accueillir pour jouer à huis clos même si ça tombait partout en Italie et en Espagne, nos pays voisins... »

Mario Richer a senti le danger. Le hockey était devenu secondaire. Il ne tenait pas à jouer les prochains matches à Paris.


« Nous sommes des professionnels. Des joueurs pensaient avoir la grippe. De mon côté, il m’arrive d’avoir de la fièvre. Tout le monde a continué à faire son travail comme si de rien n’était. »
Mario Richer

« C’était une question de santé. Les ligues ont arrêté leurs activités en Suisse, en Allemagne, en République tchèque et en Slovaquie. Les séries demi-finales de notre ligue étaient aussi suspendues pour protéger la santé des joueurs, mais nous, il fallait jouer ! Nous étions en terrain neutre. Personne dans les gradins. Sans ambiance. On aurait dit une pratique ! »

Les Gothiques ont perdu le sixième match 4-3 et le septième match 4-2 avec un but dans un filet désert. Mulhouse a accédé aux demi-finales, mais celles-ci ont été annulées par la suite...

Lundi, un des arbitres du sixième match à Paris a été diagnostiqué avec le virus de la COVID-19.

« Nous avons joué les derniers matches de toute l’Europe. C’est comme si la France se sentait au-dessus de la pandémie. Comme si elle pensait qu’elle n’allait pas frapper ici. »

Le contrat de Mario Richer se termine à la fin du mois d’avril. Il est en isolement chez lui à Amiens. Il compte revenir en Outaouais à ce moment.

« Mon père a 87 ans. Je n’irai pas mettre sa santé en péril à Thurso. De toute façon, il n’y a même pas de hockey à aller voir en Outaouais. Je vais rester ici. Au moins, il fait beau quand je sors courir ! »

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Une drôle de gestion des entraîneurs à Amiens

«Mieux faire que tes prédécesseurs. Mettre une équipe compétitive sur la glace.»

Tel était le mandat qui avait été confié à Mario Richer lorsqu’il a été embauché par les Gothiques d’Amiens il y a quatre ans.

Comme à ses habitudes, le Thursolien a enfilé ses bottes de travail. Il a assemblé un groupe de joueurs acharnés, qui vient d’offrir à Amiens ses deux premières coupes de France en plus de 50 ans d’histoire.

Les partisans avaient abandonné l’équipe qui n’avait pas gagné une ronde des séries éliminatoires depuis 2011, mais ils sont revenus en grand nombre avec le redressement apporté par l’entraîneur québécois. À la dernière année de son contrat, les partisans en avaient même fait un de leurs favoris. Les banderoles aux inscriptions «Mario reste» ont commencé à circuler pour envoyer un message à la direction de l’équipe.

Mario Richer a été nommé entraîneur de l’année dans le département de la Somme, surclassant les entraîneurs de sports beaucoup plus populaires comme le soccer, le basketball, le handball et le rugby. Rien à faire. La direction des Gothiques avait un plan en tête quand Richer a signé son dernier contrat d’un an. Ce plan consistait à céder les rênes du club à son adjoint Anthony Mortas à l’issue de la saison.

Malgré ses succès, Richer est donc libre comme l’air aujourd’hui. Les Gothiques vont de l’avant avec le plan établi.

«Ça peut paraître étrange de l’extérieur, mais tout était clair quand j’ai signé mon dernier contrat. Le problème, c’est que mon adjoint avait été présenté comme mon éventuel successeur même si son contrat n’était pas encore signé. Neuf mois plus tard, ce n’était pas encore fait. Le poste demeurait ouvert. Après la dernière coupe de France, les partisans ont donc commencé à revendiquer le retour du duo d’entraîneurs.»

L’ancien adjoint de longue date de Benoît Groulx chez les Olympiques de Gatineau assure que les Gothiques resteront entre bonnes mains malgré son départ. Il ne s’inquiétait pas vraiment de son avenir il y a deux semaines, mais la pandémie de la COVID-19 est en train de le rendre un peu plus nerveux.

«Toutes les saisons se sont terminées sans séries éliminatoires. À cause du virus, aucun club n’a eu à vivre la déception d’une élimination trop hâtive. Aucune équipe ne s’est effondrée. Ça va amener à beaucoup d’indécision chez les dirigeants. Certains entraîneurs auront donc une autre chance.»

Ancien entraîneur-adjoint dans la LHJMQ, Mario Richer a aujourd’hui 54 ans. Il travaille en Europe depuis 11 ans. Il a dirigé en Autriche, en Italie et en France. Il demeure ouvert à tout.

«Je suis confortable en Europe. J’ai l’intention d’y rester. Notre saison comporte 40 matches en France et nous avons trois pauses de 15 jours durant l’année. J’en ai profité pour visiter Rome, Athènes et Vienne cette année. Je suis capable d’allier ma passion du hockey à celle du voyage ici, mais je ne ferme pas l’option d’un retour dans la LHJMQ. Il me reste une coupe à aller chercher. Après trois coupes du Président, il manquerait la coupe Memorial! Je n’ai pas de plan de retraite!»