La nutritionniste Marie-Claude Trempe
La nutritionniste Marie-Claude Trempe

Manger mieux et bouger plus pour affronter le COVID-19

Le quotidien est chamboulé. À la maison, le temps s’alanguit et certaines préoccupations ont soudainement moins leur raison d’être. Et si cette pause obligée nous permettait de dépoussiérer nos vieilles habitudes pour en créer de nouvelles de façon durable ? Comme manger mieux et bouger plus ?

En quarantaine chez elle depuis son retour de voyage, la nutritionniste Marie-Claude Trempe constate d’ailleurs une étrange tendance depuis quelques jours. «Beaucoup de gens veulent me parler. À ma grande surprise, plein de monde appelle pour être sur la liste d’attente dès que je vais rouvrir mon bureau. Ce que je perçois, c’est que les gens veulent bien manger.»

Parmi les demandes, il y a notamment ceux qui veulent des trucs pour renforcer leur système immunitaire. « Il y a une préoccupation de mieux manger pour faire face au virus », ajoute-t-elle, en précisant toutefois qu’il n’y a pas de recette miracle, à part s’alimenter sainement et consommer beaucoup de fruits et de légumes.

De ce qu’elle voit et entend, la spécialiste est d’avis que les mesures de confinement ont une influence positive sur la façon de s’alimenter des Québécois. Ceux-ci achètent moins de plats cuisinés et préfèrent se procurer des denrées de base pour se remettre à cuisiner. « Parce qu’on a plus de temps à notre disposition et parce que ça déstresse. C’est le moment de se faire des provisions en plus grandes quantités. Tout cela peut devenir un agréable loisir ! »

Mme Trempe fait remarquer qu’en étant moins affairés, on est aussi plus conscients de ce qui se passe... dans notre cuisine ! « Les gens se disent : ‘‘Ah, j’ai ça dans mon garde-manger, je vais faire quelque chose avec.’’ On est moins sur le pilote automatique. Tout cela fait qu’on gaspille moins et qu’on maximise davantage les aliments. »

Elle se permet une suggestion en passant : conserver ses épluchures de légumes (bien lavés naturellement) au congélateur pour en faire des bouillons de légumes hyper goûteux. Pelures d’oignons, de pommes de terre, de carottes, pieds de brocolis... transformés en liquide aromatisé, ils servent de base pour faire des « super soupes », rappelle la nutritionniste.

Moins grignoter

Être confinés à la maison pourrait également freiner les ardeurs de certains grignoteurs endurcis. Lorsqu’aller au dépanneur ou au supermarché devient soudainement moins facile, les croustilles et autres « cochonneries » deviennent forcément moins accessibles. « Les gens peuvent alors se demander si ces produits sont vraiment essentiels à leur alimentation. »

L’envie de cuisiner biscuits et autres gâteries réconfortantes vous prend ? « Il n’y a pas de mauvais aliments, mais il ne faut pas tomber dans la compulsion. Il importe surtout d’adapter son alimentation à sa dépense énergétique et de se brancher sur ses signaux de rassasiement. »

Devant l’engouement actuel pour les conserves, Mme Trempe rappelle que l’occasion est belle de lire les étiquettes et de « se conscientiser aux bons choix », ceux réduits en sel, par exemple.

Elle rappelle néanmoins l’importance de manger frais, autant que possible. « On peut même inviter les gens à faire leurs propres semis à partir de graines de tomates, de laitue romaine, de fines herbes... Et pourquoi ne pas essayer la germination ? C’est facile et c’est justement le temps de le faire. Il y a plein de trucs sur le web. »

« Faire pousser ses légumes, ça donne l’impression que la vie continue malgré tout ! »

Catrina Lachappelle, kinésiologue

Bouger

La kinésiologue Catrina Lachapelle croit, elle aussi, que du positif pourrait naître de cette crise hors de l’ordinaire. En étant limités dans leurs sorties, les Québécois ont besoin de changer d’air, de sortir un peu de la maison et de bouger. « Je pense que les gens vont s’habituer à introduire des activités physiques plus régulièrement dans leur routine, dit-elle. C’est le temps où jamais de se créer de bonnes habitudes de vie saine ! »

Selon elle, s’activer moins longtemps, mais plus souvent peut être drôlement efficace. « Assez pour que les gens s’aperçoivent des bienfaits que cela peut avoir sur leur corps », comme un meilleur sommeil, un corps plus détendu, une digestion améliorée ou un système hormonal réactivé, dit-elle.

Mme Lachapelle se réjouit également de voir que les activités prennent souvent une tournure plus familiale. « Je trouve qu’il y avait un peu de laisser-aller. Si cela permet aux parents et aux enfants de bouger ensemble et de créer de nouveaux liens, et surtout, de nouvelles habitudes, c’est très bien. »

Ces temps-ci, la marche est bien sûr l’activité de prédilection pour se délier les jambes, mais elle rappelle qu’il ne faut pas grand-chose pour dynamiser son corps et s’oxygéner. Une chaise, une marche d’escalier, la cour arrière, le patio, tout peut devenir prétexte à faire quelques pompes, planches abdominales ou étirements. Les tâches ménagères ont aussi certaines vertus, ajoute-t-elle en riant.

« L’idée, c’est que ce soit varié et divertissant. »

L’experte en mouvement fait remarquer que l’occasion est idéale pour se prendre en main, sans nécessairement devoir s’abonner au gym ou s’acheter des équipements coûteux qui finissent souvent sous la poussière au sous-sol.

« Espérons qu’une fois la crise passée, ces habitudes saines resteront une priorité au quotidien ! »