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Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

L'Outaouais de retour en zone rouge: mesures spéciales d'urgence pour Gatineau [VIDÉO]

Jean-Simon Milette
Jean-Simon Milette
Le Droit
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En raison de la situation préoccupante entourant la propagation de la COVID-19, la ville de Gatineau et la MRC des Collines-de-l’Outaouais se voient imposer des mesures spéciales d’urgence. Ce qui signifie, entre autres, que les commerces non essentiels et les écoles devront fermer leurs portes jusqu’au 12 avril afin de freiner la propagation du virus.

Selon ce qu’a annoncé mercredi le premier ministre François Legault, le couvre-feu passera de nouveau à 20 h, au lieu de 21 h 30, dans ces secteurs de la région. Bien que les écoles seront fermées après la journée de classe de jeudi, les services de garde et les centres de la petite enfance demeureront toutefois ouverts. Les lieux de cultes redeviennent également limités à 25 personnes.

Ces mesures spéciales d’urgence entreront en vigueur à 20 h jeudi et seront en place jusqu’au 12 avril. Les nouvelles consignes sanitaires pourraient être prolongées si la situation précaire ne s’est pas améliorée d’ici là dans la région.

«Étant donné que la situation est critique, il faut agir rapidement, avant qu’il y ait un impact trop grand sur les hospitalisations», a déclaré le premier ministre François Legault, mercredi en fin de journée, dans un point de presse convoqué en matinée. Une rareté.

Le reste de l’Outaouais passe aussi au palier rouge, selon les nouvelles mesures de confinement annoncées par le gouvernement caquiste.

Cette annonce du gouvernement québécois survient alors que l’Outaouais a enregistré mercredi une hausse record de nouveaux cas de COVID-19, avec 100 diagnostics qui se sont ajoutés au bilan.  

Selon la communauté d’affaires de Gatineau, la situation sanitaire était devenue beaucoup trop préoccupante pour que les commerces non essentiels puissent demeurer ouverts. 

« La situation sanitaire dans la région est complètement désastreuse », lance d’entrée de jeu le président de la Chambre de commerce de Gatineau, Stéphane Bisson.  Je pense que le gouvernement prend la bonne décision. »

« Par contre, on fait face à beaucoup de désobéissance civile. Quand on se retrouve à plus de 100 cas en Outaouais en une seule journée, c’est parce qu’il y a quelque chose qui se passe. Je trouve ça désolant qu’en ce moment ce soit les commerces qui écopent pour le manque d’adhésion de la population aux consignes sanitaires. Ce qu’on vit en ce moment, ce sont les conséquences de nos actes », a-t-il poursuivi. C’est comme si on avait lancé une bombe sur Gatineau et les victimes ce sont les entreprises de première ligne. »

De son côté, le copropriétaire du Bistro L’Autre Œil, dans le secteur Aylmer, Daniel Lagacé, estime que cette annonce représente une « bonne nouvelle » pour les restaurateurs qui vivaient avec beaucoup d’incertitude avec la montée des cas positifs à l’approche du congé pascal.

« La situation à Gatineau, mais particulièrement à Aylmer, était devenue très préoccupante. On écoutait M. Legault parler au cours des derniers jours et on sentait que ça s’en venait. Au moins maintenant on n’est plus dans l’incertitude et on sait qu’on est fermé », a-t-il expliqué au Droit.

« À l’approche de Pâques, on se demandait si on allait être fermés ou si on devait passer nos commandes. Ce n’est pas comme avec Amazon où on passe une commande et ça arrive le lendemain. Ce sont des commandes qui se préparent à l’avance. C’est certain que je ne suis pas content qu’on recule, mais au moins le gouvernement a mis cette situation au clair assez tôt. »

Le copropriétaire du Bistro L’Autre Œil, Daniel Lagacé

« On ne peut pas être en désaccord »

Ces nouvelles mesures instaurées par le gouvernement Legault mercredi comprennent également la fermeture des salles d’entraînement à Gatineau. Malgré tout, la directrice générale et associée de la Sporthèque, Élaine Dupras, estime qu’il s’agissait de la bonne décision à prendre pour la santé publique.

« C’est sûr qu’on s’y attendait. [...] On ne peut pas être en désaccord et je crois sincèrement que c’est la chose à faire », a-t-elle indiqué au Droit.

Mme Dupras souligne cependant que la situation est très difficile pour les gyms de Gatineau qui devront à nouveau fermer à peine quelques semaines après avoir repris du service.

« Par contre, c’est extrêmement difficile pour nous parce que c’est notre quatrième fermeture. Ça fait quatre fois qu’on met à pied des employés. On perd environ 30 % de nos employés chaque fois qu’on ferme, donc on doit toujours en former de nouveaux. Chaque fois qu’on rouvre, on doit recommencer le même processus. C’est là que ça devient problématique. Au lieu de me fermer un mois et de me rouvrir avant de me refermer un autre mois plus tard, j’aimerais mieux rester fermé jusqu’à ce qu’on puisse rouvrir pour de bon. C’est pire de jouer au yo-yo que d’être fermé pour une période prolongée. »

Mme Dupras est d’avis que le gouvernement s’y prend de la bonne façon en appliquant ses mesures de manière plus chirurgicale, sans pénaliser l’ensemble de la région.

« Je crois que de cibler les coins qui sont problématiques c’était la façon de faire et ça nous aurait nettement avantagé l’an dernier alors qu’on n’avait presque pas de cas et qu’on était confiné complètement. [...] De plus mardi M. Legault parlait de s’arrimer avec Ottawa. On attend quoi ? Ç’a pris un an avant qu’il réalise que Gatineau et Ottawa c’est une seule région. Ça n’a pas de sens. On regardait les cas qui augmentaient à Ottawa et en Ontario et c’était impossible que Gatineau ne vive pas la même chose. »

Mme Dupras ajoute que le gouvernement se doit d’accélérer le processus de vaccination « avant qu’on puisse rouvrir ». Elle indique par ailleurs que la Sporthèque avoir manifesté son intérêt auprès de la Santé publique afin de pouvoir transformer ses locaux en centre de vaccination. « C’est sur que nous, ça nous intéresse, parce qu’on veut aider à se sortir de cette situation le plus rapidement possible », souligne-t-elle.

La directrice générale et associée de la Sporthèque, Élaine Dupras

La fermeture des écoles « inévitable »

La décision du gouvernement Legault de fermer les écoles de Gatineau jusqu’au 12 avril était « inévitable » compte tenu de la forte hausse des nouveaux cas de COVID-19 dans les derniers bilans quotidiens.

« Il y avait beaucoup de fermetures de classes et beaucoup de personnel qui devait s’isoler. [...] Le fonctionnement était devenu très difficile », témoigne la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, Suzanne Tremblay. « À ce stade-ci, c’était la décision à prendre. »

Mme Tremblay affirme que les problèmes d’éclosions dans les écoles continueront d’avoir lieu tant que le personnel enseignant n’aura pas été vacciné.

« On gardait les écoles ouvertes et ça cause beaucoup d’éclosions parce qu’il y a beaucoup d’élèves dans une même classe. On se demande quand on va vacciner le personnel enseignant. C’est certain qu’on veut retourner en classe le plus vite possible, mais on veut surtout s’assurer que l’environnement soit sécuritaire autant pour les élèves que pour les enseignants. »

« Est-ce que ces 10 jours-là permettront réellement de contrôler la situation dans le réseau scolaire de l’Outaouais ? Le temps va le démontrer, mais ce qu’on souhaite au final, c’est que si on rouvre, c’est parce qu’on est capable d’assurer la protection de tout le monde dans le réseau. En ce moment, on est aux prises avec un variant qui est beaucoup plus contagieux, donc on se doit d’accélérer la vaccination du personnel », conclut-elle.

La présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, Suzanne Tremblay

Reconfinement à Québec et Lévis

Les régions immédiates de Québec et de Lévis subissent aussi le même sort que Gatineau et voient également leurs mesures être resserrées par le gouvernement québécois jusqu’au 12 avril.

Outre l’Outaouais, trois autres régions complètes passent aussi de l’orange au rouge, mais sans atteindre le niveau d’urgence de Gatineau, Québec et Lévis. Il s’agit du reste de la Capitale-Nationale, donc Portneuf et Charlevoix, du reste de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent.

Cela implique la fermeture des salles à manger des restaurants, entre autres.

«L’alarme a sonné», a illustré M. Legault. On agit «plus vite» et de façon «plus ciblée» qu’au temps des Fêtes, se félicite-t-il.

Le premier ministre refuse de ranger ces actions dans un nouveau palier d’alerte ajouté au système de trois couleurs, parlant plutôt de «mesures spéciales d’urgence». «Ce n’est pas une nouvelle zone. Ce sont des mesures temporaires pour une dizaine de jours. [...] On revient aux mesures qu’on avait en janvier», résume-t-il.

«Ce n’est pas du tout une couleur de palier, a renchéri le Dr Arruda. En faisant une pause, on va diminuer de façon significative les contacts et ça va avoir un effet sur la transmission. Est-ce que ça va régler le problème complètement? La réponse, c’est non. Mais ce qu’il faut, c’est abaisser cette accélération-là pour ne pas véritablement perdre le contrôle et que ce nombre de cas là en augmentant se retrouve en hospitalisations, puis de gens aux soins intensifs.»

Avec une hausse des cas, ils s’attendent «dans les prochains jours, les prochaines semaines, qu’il y ait une forte augmentation des hospitalisations à Québec, Lévis et Gatineau», dit M. Legault.

Répétant depuis un an que de «fermer les écoles, c’est la dernière chose qu’on  veut faire», M. Legault a souligné mercredi que «le timing est bon» avec la fin de semaine de Pâques.

Les établissements scolaires ne seront fermés en réalité que trois ou quatre jours, la semaine prochaine, après les jours fériés de vendredi et lundi. Certains centres de services scolaires ont même une journée pédagogique mardi.

À noter que les services de garde des écoles seront aussi fermés, sauf pour les travailleurs essentiels.

Les garderies, CPE et milieux familiaux, restent ouvertes. Mais le premier ministre implore les parents des régions ciblées qui le peuvent de garder leurs enfants à la maison la semaine prochaine.

L’aide financière gouvernementale aux commerces sera de nouveau disponible pour la période de fermeture.

En date de mercredi, le taux de cas actifs par 100 000 habitants des régions les plus chaudes est le suivant :

  • Laval: 166,2
  • Montréal: 158,2
  • Bas-Saint-Laurent: 154
  • Capitale-Nationale: 130,2
  • Outaouais: 123,9
  • Chaudière-Appalaches: 84,7
  • Saguenay-Lac-Saint-Jean: 76,1

Avec Olivier Bossé, Le Soleil