Dans le Grand Toronto, environ 11 000 personnes vivent en situation d’itinérance.
Dans le Grand Toronto, environ 11 000 personnes vivent en situation d’itinérance.

L'itinérance, un problème exacerbé par la pandémie

La COVID-19 a non seulement mis en lumière des problèmes importants dans la plupart des sphères de nos vies, mais elle les a aussi exacerbés.

Pour les personnes en situation d’itinérance, cette pandémie mondiale n’a fait qu’exposer leur situation au grand jour.

Des résidents de Toronto et d’ailleurs en Ontario ont pu remarquer, depuis le début de la pandémie, un nombre grandissant de campements où des sans-abri installent des tentes pour y dormir. 

Pourtant, en janvier, le conseil municipal avait pris la décision d’éradiquer ce genre de sites, et avait déjà commencé à retirer ces campements, éparpillés un peu partout dans la capitale ontarienne. 

Les Nations Unies ont publié un rapport, le 30 avril 2020, pour offrir aux gouvernements canadiens des lignes directrices concernant les campements pour sans-abri au pays.

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En résumé, le rapport recommandait aux gouvernements de ne pas détruire ces campements s’ils n’étaient pas en mesure d’offrir des alternatives à ces personnes en situation d’itinérance pour assurer le respect de leur droit à un logement adéquat. 

Selon la Commission ontarienne des droits de la personne, la COVID-19 ne devrait pas entraîner de conséquences négatives automatiques comme le refus d’offrir des services ou l’expulsion d’un logement.

« Mais des résidents ont décidé de se plaindre, et la ville a recommencé à détruire les campements, affirme la porte-parole néo-démocrate sur la question de la pauvreté et des sans-abri, Rima Berns-McGown. 

«On nous avait dit que ça n’arriverait plus, mais ils ont changé d’idée quand des résidents au centre-ville se sont plaints. »


« Nos refuges étaient déjà pleins à craquer, tout débordait bien avant la COVID-19. »
Rima Berns-McGown

Cette situation, ainsi qu’une série de décisions jugées irresponsables par des groupes de défense des droits des itinérants, a mené à une poursuite intentée envers la ville de Toronto, où le gouvernement ontarien est également cité, demandant que les refuges de la ville respectent les normes de distanciation physique, y compris le fait d’avoir des lits séparés d’au moins deux mètres et l’interdiction d’utiliser des lits superposés dans les refuges. 

À la fin mars, le gouvernement Ford a annoncé un Fonds d’urgence pour les services sociaux de 200 millions $, permettant aux communautés d’améliorer les services, notamment pour les refuges et les banques alimentaires. 

Toutefois, les investissements du gouvernement Ford pour les problèmes d’itinérance ne représentent « qu’une goutte dans le seau d’eau », selon la députée Berns-McGown. 

Dans le Grand Toronto, environ 11 000 personnes vivent en situation d’itinérance. « Nos refuges étaient déjà pleins à craquer, tout débordait bien avant la COVID-19. »

Des espaces existent pour que ces personnes puissent récupérer après avoir contracté le virus, mais plusieurs d’entre eux n’y vont pas, par peur de perdre leur réseau à l’extérieur, souligne Mme Berns-McGown. « Les gouvernements n’ont pas été en mesure de rassurer ces gens qu’ils pourront rester en contact avec les substances dont ils ont besoin, avec leurs travailleurs sociaux, leurs infirmières. »

Par conséquent, plusieurs itinérants atteints de la COVID-19 sillonnent les rues de la province à la recherche d’endroits où récupérer. « Certains choisissent les bancs de parcs, d’autres se paient un billet pour les transports en commun, aussi fréquentés par les travailleurs essentiels. C’est là que ça devient une crise de santé publique. Tout est connecté. »

Le bureau du ministre des Affaires municipales et du Logement a indiqué au Droit qu’il travaille avec tous les ministères pour « développer du matériel pour soutenir le secteur des sans-abri ».

Dans l’intervalle, le gouvernement surveillera de près les lacunes, à mesure que la situation évolue.