Les travailleuses du sexe sur la corde raide

Bon nombre de travailleuses du sexe risquent de se retrouver à la rue et sans accès à l’aide d’urgence en raison de leur métier illégal.

Le Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ), qui aide 350 femmes et adolescentes dans la région, reçoit ces jours-ci plusieurs appels de détresse. «On sent beaucoup de panique», confie Geneviève Quinty, directrice du PIPQ.

Les salons de massage et les bars de danseuses ont fermé leurs portes. Les femmes qui travaillent dans ces établissements sont plus nombreuses à déclarer leurs revenus. Elles auront droit pour la plupart à la prestation d’urgence fédérale.

Geneviève Quinty s’inquiète davantage pour les femmes vulnérables, qui travaillent en solitaire. Comme cette mère monoparentale de deux enfants, qui a arrêté de voir des clients le 13 mars, à la fermeture des écoles. «Elle s’était économisé de l’argent, mais là, il lui reste 200 $ et elle se demande comment elle va nourrir ses enfants si ça dure», explique la directrice du PIPQ.

La pandémie est une autre occasion de soulever les conséquences de garder comme infraction criminelle l’achat de services sexuels, souligne Mme Quinty.

«Si on décriminalisait cette pratique-là, les filles auraient droit à l’aide», résume-t-elle.

Le comptoir d’aide alimentaire du PIPQ a eu 20 demandes de plus qu’à l’habitude durant la dernière semaine. L’organisme continuera à aider, tant que Moissons Québec pourra continuer à accumuler des denrées.

Une intervenante du PIPQ tente de rejoindre les travailleuses du sexe sur les sites Web où elles placent des annonces pour rappeler les mesures d’hygiène. On suggère aussi de changer les pratiques, comme de cesser d’embrasser les clients ou d’offrir des services sexuels via la webcam.

Geneviève Quinty sait bien que plusieurs femmes se mettent encore à risque. Comme cette jeune adulte tout juste revenue d’un séjour à Toronto, où elle a rencontré des clients. «Ces filles-là sont en situation de survie», rappelle Mme Quinty.

Moins de refuges

La situation devient d’autant plus critique pour les travailleuses du sexe du fait que les refuges sont beaucoup moins accessibles. 

Même ceux qui sont dédiés à cette clientèle. «Bien que nous sommes conscientes des grands défis que cela pose au quotidien, notamment au niveau de l’hygiène et des besoins de base, et de la détresse occasionnée par la fermeture de plusieurs lieux et services d’aide, nous sommes dans l’obligation de demander aux femmes qui présentent des symptômes de rhume et de grippe de ne pas se présenter à l’hébergement», annonçait cette semaine le Projet L.U.N.E., un organisme du centre-ville qui met, pour la nuit, un logement à la disposition des travailleuses du sexe et des femmes en situation d’itinérance. 

Le minuscule 4 ½, qui dispose de seulement de 5 lits et d’une seule salle de bain, accueillait certains soirs jusqu’à 13 personnes. Impossible, dans de telles conditions, de garder la distance nécessaire entre chaque femme pour éviter la propagation des virus. En fermant ses portes aux femmes avec des symptômes, l’organisme estime pouvoir maintenir l’accueil à 11 femmes.

«Cette décision est très déchirante pour toute l’équipe, car nous avons à cœur votre sécurité à toutes. Mais nous avons également un grand souci de préserver la santé et la sécurité des autres femmes hébergées ainsi celles que des employées», conclut le communiqué du Projet L.U.N.E.