Plus d’un jeune sur six a cessé de travailler depuis le début de la pandémie selon un des derniers rapports de l’Organisation internationale du Travail (OIT).
Plus d’un jeune sur six a cessé de travailler depuis le début de la pandémie selon un des derniers rapports de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Les Tanguys forcés de la pandémie

L’ONU l’a affirmé : les jeunes seront les plus touchés par la crise économique créée par la pandémie. Une crise qui risque d’engendrer beaucoup de retours au nid pour les jeunes adultes. Une réalité très actuelle, mais pas si nouvelle que cela.

Plus d’un jeune sur six a cessé de travailler depuis le début de la pandémie selon un des derniers rapports de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Si le virus semble moins dangereux pour cette tranche de la population, la crise économique qui résulte de la COVID-19 les frappe de plein fouet. 

«Non seulement [la pandémie] ruine leurs perspectives d’emploi, mais elle perturbe aussi leurs études et leurs formations et constitue une entrave pour ceux qui veulent accéder au marché du travail ou cherchent à changer d’emploi», peut-on lire dans le communiqué de l’OIT publié le 27 mai.

Qui dit perte d’emploi, dit rapatriement vers la demeure familiale pour plusieurs. Un retour glorieux dans sa chambre d’adolescent tapissée de vieux posters des Red Hot Chili Peppers ou dormir entre le vélo stationnaire et les haltères de papa (parce que oui, sa vieille chambre est devenue une salle de gym). 

C’est le cas d’Éric, 25 ans et étudiant à la maîtrise en philosophie. «Si la pandémie venait à durer trop longtemps, mes prêts et bourses se seraient épuisés et je n’aurais pas eu l’argent pour continuer à faire mes dépenses», expose-t-il, étant donné la difficulté de se trouver un emploi en ce moment. «Déjà que je vivais avec 200 $ par mois pour me nourrir, ce qui était devenu compliqué.» 

Si la crise l’a poussé plus rapidement à rentrer chez ses parents au nord du Lac-Saint-Jean, le jeune homme envisageait un retour temporaire pour se trouver un emploi dans sa région après ses études. Le temporaire risque maintenant de s’étirer...

Le «retour au nid» est un comportement de plus en plus observé par les chercheurs depuis plus de 30 ans, indique Jacques Hamel, professeur au département de sociologie de l’Université de Montréal, qui travaille à l’Observatoire jeunes et société : «Les jeunes d’aujourd’hui ont pour parents, dans bien des cas, des personnes qui appartiennent à la génération X. C’est-à-dire, la génération qui a connu la dure réalité du chômage à cause d’une crise économique très importante au début des années 80», explique-t-il. «Ces jeunes ont peut-être aujourd’hui 25 ans et ils sont confrontés aux mêmes problèmes de précarité que ceux de leurs parents». 

Ajoutez à ça une période d’études qui s’allonge et on obtient une horde de jeunes qui ne peuvent plus payer leur loyer! Mais il ne faut pas se méprendre, selon le chercheur, car si les grands enfants réaménagent dans les sous-sols de banlieue, ils n’incarnent pas pour autant le stéréotype du Tanguy, personnage du film français de 2001.

Une cohabitation plutôt harmonieuse 

Le bon fonctionnement de cette nouvelle colocation dans plusieurs familles est le résultat d’un fossé générationnel beaucoup moins important qu’auparavant. «Le sociologue québécois Gilles Pronovost disait qu’il y a une démocratie intergénérationnelle. Maintenant, les valeurs des parents concordent avec celles de leurs enfants», explique le sociologue. «Les grands enfants qui reviennent habiter chez les parents et qui reçoivent leur chum ou leur blonde qui couche dans le même lit, ça ne scandalise pas les parents, parce qu’ils ont fait à peu près la même chose.» 

De plus, il indique que beaucoup de parents, surtout monoparentaux, vont être heureux de voir leur enfant revenir à la maison pour aider dans les tâches ménagères et le bricolage, par exemple. 

Même si Marie-Christine, 24 ans, ne répare pas les armoires de cuisine, la cohabitation, avec ses parents, après trois ans d’absence se passe à merveille. À cause de la crise, les opportunités de stage et d’emploi étaient trop incertaines pour cette étudiante en administration des affaires. Elle a donc quitté son appartement. «Honnêtement, je pense que mes parents s’attendaient à ce que j’ai des horaires bizarres d’ado,  mais maintenant c’est le contraire.  Ce matin, j’ai eu mon premier meeting à 7h45, donc à 6h j’étais debout», dit-elle en riant. «Tu vois que ma mère est contente même si je fais du bruit et que des fois, je dérange. Elle a quelqu’un d’autre à qui parler que mon père et c’est plus dynamique dans la maison», ajoute-t-elle. 

Quelques ajustements

Pour Bruno et sa conjointe Catherine, le retour de Jérémy, 23 ans, est une source de soulagement. Il est de retour à Québec alors qu’il étudiait à Montréal, où se trouvent plusieurs foyers du virus. «Ma fille reste dans Hochelaga à Montréal et y a plus de cas dans son quartier qu’à Québec, alors c’est un peu angoissant», confie Catherine. 

À deux, le couple a cinq enfants, tous maintenant adultes. Disons que ce n’est pas la première fois que leur progéniture retourne au bercail. «Ça va bien. On lui a aménagé sa zone à lui. Sa chambre n’existe plus, mais on avait un espace dans le sous-sol pour quand on recevait des gens et où on peut regarder la télévision», explique Catherine. «On ne se le cachera pas, ce n’est pas difficile, mais il y a quand même des négos qui reviennent et qui n’étaient plus là». 

Des ajustements que les parents acceptent sans problème dans les moments difficiles... même s’ils avouent ne pas souhaiter de retour à la maison à répétition.