Le «déconfinement sportif» est entamé, mais toujours rien n’est annoncé pour les studios d’entraînements et petits gymnases.
Le «déconfinement sportif» est entamé, mais toujours rien n’est annoncé pour les studios d’entraînements et petits gymnases.

Les propriétaires de studios d’entraînement encore dans l'incertitude

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Il y a quelques jours, certains sports ont obtenu le feu vert de la santé publique, le tennis et le golf parmi eux. Le «déconfinement sportif» est entamé, mais toujours rien n’est annoncé pour les studios d’entraînement et petits gymnases.

«On nous dit qu’on peut aller courir et faire du vélo, il me semble qu’on le faisait déjà», s’étonne Mathieu Dumontet, porte-parole de la Coalition des studios d’entraînement privés du Québec. Le regroupement n’inclut pas les gymnases à grande surface.

Le 28 avril, Mathieu Dumontet indiquait déjà au Soleil que les gyms étaient prêts, que leurs propriétaires avaient mis en place des plans de réouverture avec plusieurs mesures de sécurité pour assurer la distanciation sociale et le nettoyage des lieux. 

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«On avait une approche proactive : au lieu de juste subir, on est allés de l’avant en proposant un plan, basé sur ce qui se faisait ailleurs dans le monde», explique le porte-parole, aussi propriétaire du studio Crossfit CapOp de Montréal.

Ils ont transmis toutes leurs idées au gouvernement. Leurs messages ont même reçu un accusé réception, pas juste une réponse automatique, une réponse d’une «vraie personne». 

«On nous disait que nos propositions étaient bien perçues, qu’il y avait une oreille attentive. Quand ils ont annoncé le démarrage de certaines activités et qu’il n’y avait rien pour nous, on a trouvé ça décevant», déplore Mathieu Dumontet.

Quelques jours avant l’annonce, les propriétaires de gyms étaient confiants, ils étaient certains qu’une place allait leur être laissée dans la conférence de presse, avec des consignes claires à suivre pour lesquelles ils allaient être préparés. Ils doivent cependant demeurer patients, rien n’est annoncé pour les salles d’entraînement, à l’intérieur de quatre murs comme à l’extérieur au grand air. 

«C’est un peu étrange… On a le droit d’aller prendre un café dehors, si on est à six pieds de distance. Qu’on soit deux personnes ou dix… si on est à six pieds de distance, tout va bien. Quand on remplace le café par un kettle bell [équipement de sport], tout d’un coup, ça ne marche plus.»

Le «mur du confinement»

Mathieu Dumontet le rappelle : les propriétaires de gyms sont capables de bien contrôler les entrées des clients (mieux que dans une épicerie!).

«On n’est pas des magasins à grande surface… On connaît notre monde. On peut contrôler ce que le client touche, on ferme les vestiaires et les douches. Il y a moyen de mettre en place des protocoles comme les services essentiels. On nettoie déjà beaucoup notre gym, ce n’est pas plaisant s’entraîner sur un plancher sale. Ça nous prend juste une autorisation, un cadre d’opération de la part du gouvernement.»

Mathieu Dumontet est honnête, il souhaite la réouverture graduelle des salles d’entraînement pour des raisons financières, les factures s’accumulent et l’aide gouvernementale ne sera pas éternelle. Mais l’ouverture des salles est souhaitée surtout pour une question de santé mentale.

«L’effet sur les gens est majeur, l’impact que le confinement a sur le moral est grand. Les problèmes de dépression s’installent, ça s’appelle le mur du confinement. Ça te pogne après deux mois. Les gens sont plus capables. Nous on peut travailler à améliorer le moral des gens, l’exercice physique fait une différence.»

Les nombreux messages des clients parlent d’eux-mêmes, plusieurs se lassent déjà de s’entraîner entre la table de cuisine et le divan. Ils s’ennuient de l’équipement, des machines, de l’entraîneur qui leur dit de courir plus vite ou de pousser plus fort. 

En attente

La Coalition des studios d’entraînement privés du Québec a même obtenu une réponse du Dr Horacio Arruda, il répondait au plan de réouverture proposé.

«La santé publique reconnaît la valeur de notre plan. Étant donné les mots utilisés, ça me laisse croire que ce qu’on a fait a été considéré. On nous dit de rester à l’affût… mais on ne sait pas quand. On avait de l’espoir cette semaine, mais on attendait quelque chose de plus grand.»

Selon Mathieu Dumontet, ce qui fait le plus mal est l’incertitude. Les propriétaires et entraîneurs ne savent pas à quelle «phase de déconfinement» appartiennent les salles d’entraînement.

«Je vois ça beaucoup comme des grandes lignes, comme un brouillon sur une grande toile. Le gouvernement sait où il s’en va, mais nous, on ne le sait pas. On comprend que c’est complexe et qu’ils n’ont pas tous les éléments. C’est pour ça qu’on leur offre un plan, une solution détaillée avec des mesures qui doivent être mises en place. Depuis le 24 avril qu’on a un œil sur ce qui se fait ailleurs. On essaie de prévoir comment ça va se passer.»

Mathieu Dumontet se veut aussi très clair, les propriétaires ouvriront leurs portes de manière sécuritaire et pas autrement, ils ne veulent pas tricher. En attendant, ils demeurent en communication avec leurs membres. 

«On va faire du mieux qu’on peut pour permettre une réouverture sans trop de changement, mais pour que ça soit sans danger.»