Les Jeux olympiques de Tokyo reportés d’un an

TOKYO - Le Comité international olympique a procédé au report historique des Jeux d’été mardi, se soumettant aux réalités d’une pandémie de coronavirus qui a forcé l’interruption de la vie quotidienne partout sur la planète et rendu virtuellement impossible la planification d’un gigantesque rassemblement mondial, en juillet.

«Dans les circonstances actuelles et selon l’information fournie par l’OMS aujourd’hui, le président du CIO et le premier ministre du Japon ont conclu que les Jeux de la XXXIIe olympiade à Tokyo doivent être repoussés à une date au-delà de 2020, mais pas plus tard qu’à l’été de 2021, pour assurer la santé des athlètes, de toutes les personnes impliquées dans les Jeux olympiques et la communauté internationale», a déclaré le CIO dans un communiqué.

Avant l’annonce officielle, le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, avait fait savoir que le président du CIO, Thomas Bach, avait donné son accord à une proposition visant à reporter les Jeux d’un an.

Plus tard mardi, Bach a déclaré que des «statistiques alarmantes» sur le coronavirus au cours des derniers jours avaient joué un rôle-clé dans la décision de reporter les Jeux de Tokyo.

Citant l’OMS, Bach a notamment mentionné que «l’Afrique doit se préparer pour le pire».

Bach a aussi précisé que la question de santé publique qui, à l’origine, allait influencer la tenue des Jeux de Tokyo était de savoir si «le Japon pouvait offrir un accueil sécuritaire». Or, le CIO était confiant qu’il en serait capable.

Bach a dit ne pas avoir discuté de nouvelles dates avec le premier ministre Abe pour la tenue des Jeux en 2021. Un scénario possible serait de les présenter du 23 juillet au 8 août, soit exactement un an plus tard que les dates d’origine du 24 juillet au 9 août.

Wickenheiser a donné le ton

Le report des Jeux est un scénario qui, à toutes fins pratiques, était devenu incontournable au moment où la pression s’intensifiait parmi des athlètes anxieux, des organisations sportives et des comités nationaux olympiques — tous conscients que la réalité entourant l’entraînement et les épreuves de qualifications, sans oublier les protocoles internationaux en matière de dopage, était fracturée sans possibilité d’être restaurée.

L’ancienne hockeyeuse canadienne Hayley Wickenheiser, la première membre du CIO à critiquer la réticence de l’organisme à reporter les Jeux, a écrit sur Twitter que la décision était le «message que les athlètes méritaient d’entendre».

«À tous les athlètes: prenez une bonne respiration, ressaisissez-vous, prenez soin de vous et de vos familles. Votre moment va venir», a-t-elle aussi écrit.

Bach et le premier ministre japonais ont discuté au téléphone mardi matin. Les deux hommes, ainsi que des dirigeants du CIO et du comité organisateur du Japon, ont convenu de prendre cette décision.

D’autres Jeux olympiques — 1916, 1940, 1944 — ont été annulés à cause d’une guerre, mais jamais les Jeux avaient été reportés pour quelque raison que ce soit. Encore moins un virus qui a frappé plus de 375 000 personnes à travers le monde et qui croît de façon exponentielle.

Par ailleurs, les Jeux de Tokyo garderont la nomination de 2020, même s’ils auront lieu en 2021.

«Les leaders sont d’accord pour dire que les Jeux olympiques de Tokyo pourraient représenter une lueur d’espoir», a affirmé le CIO dans un communiqué.

La décision créé un sentiment de soulagement pour les athlètes, qui n’ont plus besoin de poursuivre leur entraînement dans des conditions quasi impossibles, sans savoir quand, exactement, ils devront être prêts — et pour quoi.

Un défi logistique

Une raison pour laquelle le CIO a pris plus de temps à rendre une décision est liée à la logistique. Il s’agira d’un énorme défi. Bon nombre d’arénas, de stades et d’hôtels ont signé des ententes pour des Jeux devant avoir lieu du 24 juillet au 9 août. Revoir ces arrangements est réalisable, mais un coût y sera rattaché. Tokyo aurait déjà dépensé une somme de 28 milliards $ pour préparer les Jeux, selon des sources médiatiques.

Il faut aussi tenir compte du calendrier sportif international. Presque chacune des 33 disciplines sportives inscrites au programme olympique doivent tenir des événements d’importance en 2021.

L’un des meilleurs exemples du chambardement potentiel touche l’athlétisme, dont les Championnats du monde, prévus en Oregon du 6 au 15 août 2021, pourraient être repoussés en 2022 à cause du report des Jeux olympiques. Les Championnats du monde de natation doivent aussi avoir lieu en 2021, du 16 juillet au 1er août à Fukuoka.

«Il peut se passer beaucoup de choses en un an, et nous devrons donc penser à ce que nous devons faire, a déclaré Toshiro Muto, directeur général du comité organisateur. La décision nous est arrivée soudainement.»

Mais pendant des semaines, il devenait de plus en plus évident que les efforts pour tenir les Jeux à compter du 24 juillet seraient vains.

À peu près tous les sports sur la planète ont suspendu leurs activités dans la foulée de la pandémie. L’économie mondiale est vacillante et les gens, de plus en plus, se font dire que ce n’est pas sécuritaire de faire des rassemblements ou, dans certains cas, de ne pas quitter leurs maisons. Les gymnases sont fermés partout en Amérique du Nord. La tenue d’essais olympiques en l’espace de quelques mois était devenue virtuellement impossible.

Les comités olympiques du Canada et de l’Australie avaient d’ailleurs indiqué qu’ils n’enverraient pas d’équipe à Tokyo en juillet. La Fédération mondiale d’athlétisme et les trois plus importantes fédérations sportives aux États-Unis - la natation, l’athlétisme et la gymnastique - demandaient aussi un report.

Pas plus tard que dimanche, le CIO disait qu’il allait prendre jusqu’à quatre semaines avant d’en arriver à une décision. Quatre semaines s’est transformée en deux journées.

La décision est venue seulement quelques heures après que les organisateurs locaux eurent annoncé que le relais de la flamme olympique aurait lieu comme prévu, jeudi. Ces plans ont également été modifiés.

Pour l’instant, la flamme sera entreposée et exposée à Fukushima. Comme tout le reste dans le monde olympique, les prochains développements seront connus à une date ultérieure.

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La bonne décision

Les athlètes canadiens ont pu pousser un soupir de soulagement mardi matin, quand ils ont enfin appris que les Jeux olympiques de Tokyo étaient remis à l’an prochain en raison de la pandémie du nouveau coronavirus.

«Je suis content de la décision, a dit le cycliste Hugo Houle, lors d’un entretien téléphonique avec La Presse canadienne. Je crois que ça allait de soi dans les circonstances. C’était ce que j’espérais, que les Jeux soient repoussés. J’aurais été déçu s’ils avaient été annulés, mais le report à l’an prochain, c’était la meilleure solution dans le contexte actuel.»

Les compétitions sportives sont paralysées aux quatre coins du globe et seulement 57 % des qualifications pour les Jeux de Tokyo étaient complétées. De nombreux athlètes n’ont plus accès à leurs installations d’entraînement.

«C’est un sentiment de soulagement, même si ça peut paraître égoïste avec tout ce qui se passe dans le monde. Le sport, c’est le dernier des soucis de bien de gens, a noté la plongeuse Mélissa Citrini-Beaulieu, de Saint-Constant, qui s’apprêtait à participer à ses premiers Jeux. Ça enlève un peu de pression sur les athlètes qui continuaient à se préparer.

«Nous ne voulons pas aller aux Jeux dans un esprit négatif où des gens sont plus prêts que d’autres. Maintenant, nous sommes tous dans le même bateau ou presque. C’est bien. Ça favorise l’esprit sportif. [...] Nous allons tous partir de la même place dans notre préparation olympique.»

«La décision du COC était la bonne, a insisté Houle, qui est originaire de Sainte-Perpétue et qui habite maintenant Monaco. D’autres pays ont aussi réagi et ç’a précipité la décision du CIO.»

Avec Alexis Bélanger-Champagne, La Presse canadienne