Le professeur Carl Lacharité de l’UQTR est un spécialiste de l’enfance.
Le professeur Carl Lacharité de l’UQTR est un spécialiste de l’enfance.

Les enfants et le confinement: une approche différente à adopter

TROIS-RIVIÈRES — Vous aurez beau essayer de cacher votre stress à vos enfants, en ce moment, ils le sentiront, et ce, même s’il s’agit de bébés. La mesure de confinement imposée à cause de la COVID-19 n’est pas difficile à vivre que pour les adultes. Elle a aussi un impact sur le développement des enfants, indique le professeur Carl Lacharité de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

«Il y a des enfants qui vivaient dans des conditions préalables où il y avait déjà beaucoup de vulnérabilité», rappelle ce spécialiste de l’enfance qui travaille souvent en collaboration avec la Direction de la protection de la jeunesse. «Donc, on ne peut pas approcher la question du stress et de la détresse des enfants de la même façon dans ces situations», fait-il valoir.

Le chercheur craint que dans les cas de familles défavorisées ou monoparentales et dans les familles aux prises avec des conflits conjugaux, on ait encore plus de difficultés à garder la tête hors de l’eau durant le confinement et on risque même d’assister à une augmentation des cas de mauvais traitements à l’égard des enfants.

Kellie Forand, du service des communications du CIUSSS-MCQ, indique d’ailleurs que dans la région, on observe présentement une baisse du nombre de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse. Il est possible, indique-t-elle, que ce phénomène soit attribuable au fait que les enfants ne sont plus à l’école ni en milieu de garde où les cas de maltraitance sont souvent repérés et signalés.

Mme Forand demande donc à la population d’être vigilante, durant la période de confinement et de signaler les abus en composant le 1-800-567-8520 ou en écrivant à urgence.sociale@ssss.gouv.qc.ca. L’anonymat des personnes qui font un signalement est assuré par la loi, rappelle-t-elle en indiquant que la DPJ continue son travail malgré la situation de la COVID-19.

Norah, Antonin et Maxence Lessard passent cette période de congé forcé à faire plusieurs activités, comme dessiner.

Les enfants qui vivent des situations de vie relativement normales seront aussi affectés, explique le professeur Lacharité. Ce dernier indique qu’il est «un peu normal que les enfants présentent des manifestations d’anxiété, d’agitation, d’apathie, de retrait affectif». Le monde de l’enfant vient de se rétrécir, «son monde physique, mais aussi son monde relationnel. Il est confiné pas juste à la maison, mais à avoir beaucoup moins de stimulations à travers les relations qu’il a dans son entourage. Or, on sait que le développement de l’enfant repose principalement sur les relations qu’il entretient avec les autres», fait valoir le professeur Lacharité.

Ce dernier se fait toutefois rassurant car il ne s’attend «pas à des séquelles importantes» dans le temps, précise-t-il.

Le professeur Lacharité estime que la «qualité des relations avec les parents et avec la fratrie joue un rôle pour les enfants», dit-il. Si les parents sont inquiets à propos des grands-parents, par exemple, les enfants et les adolescents seront aussi exposés à ces inquiétudes», ajoute-t-il. Même chose avec la perte d’un emploi. «Ils le sentent, ils le voient, ils l’entendent et se font des idées sur ce qui peut leur arriver», dit-il. Tout cela, c’est sans compter les conflits dans la fratrie.

Selon le professeur Lacharité, il n’y a pas d’âge plus critique que l’autre. Les bébés et les jeunes enfants «ont des antennes», dit-il et «c’est la relation avec leurs parents». Les parents auront beau tout essayer pour faire semblant que tout va bien, «même les jeunes bébés s’en rendent compte. On ne les porte pas de la même façon, on les dépose plus rapidement. Ils voient dans notre visage des choses qu’ils ne sont pas habitués de voir», dit-il.

Comment alors ne pas transmettre toutes ces émotions aux enfants ou du moins, en transmettre moins? «Le secret, c’est de prendre soin de soi», dit-il, «voir qui est là, autour de moi, pour répondre aussi à mes besoins.»

La situation peut être évidemment plus compliquée pour les familles monoparentales et les familles à faibles revenus qui vivent un stress financier très important.

Sylvie Tardif, coordonnatrice chez COMSEP, avoue qu’elle a elle aussi de grandes inquiétudes en ce moment pour les enfants en difficulté. Même si les exercices scolaires qui leur seront acheminés ne sont que suggérés par le ministre, «il y a des parents qui ne sont pas capables d’accompagner leurs enfants là-dedans», constate-t-elle. Le problème qu’elle y voit, c’est qu’au retour à l’école, après la crise actuelle, les enfants défavorisés et déjà en difficultés d’apprentissage auront beaucoup de difficulté à suivre les autres.

À noter

  • Il est normal, dans les circonstances, que les enfants se mettent à avoir des manifestations d’anxiété, d’agitation, d’apathie, de retrait affectif. 
  • Même les bébés peuvent sentir le stress inhabituel de leurs parents.
  • Il faut prendre soin de soi pour mieux prendre soin de ses enfants.
  • Le nombre de signalements à la DPJ a baissé depuis le confinement, possiblement parce que les écoles et garderies ne sont plus en mesure de faire des signalements.
  • On pourrait assister à une hausse de la maltraitance dans certaines familles défavorisées.