« Les demandes d’admission sont plus fortes que notre capacité d’accueillir seulement 30 % de notre clientèle habituelle », dit la directrice générale du CPE Coop Libelle de Gatineau, Manon Saint-Denis.
« Les demandes d’admission sont plus fortes que notre capacité d’accueillir seulement 30 % de notre clientèle habituelle », dit la directrice générale du CPE Coop Libelle de Gatineau, Manon Saint-Denis.

Les CPE sursaturés: la difficile obligation de dire non

Les Centres de la petite enfance (CPE) de l’Outaouais doivent faire des choix difficiles et refuser plusieurs demandes d’admission, tant la demande est forte en cette période de déconfinement progressif.

Le gouvernement permet un retour progressif des enfants dans les CPE, dès lundi, avec un taux d’occupation maximum de 30 %.

Ce taux réduit doit favoriser la distanciation entre les professionnelles et les tout-petits. Ce premier défi est de taille lorsqu’on sait que l’appel du câlin est fort chez certains enfants.

Le deuxième de défi, pour ainsi dire, est celui des « choix » dans l’admission d’un enfant plutôt qu’un autre. Les CPE ont la difficile tâche d’expliquer à plusieurs parents la raison du refus de l’admission de leur enfant.

« C’est évident que les demandes d’admission sont plus fortes que notre capacité d’accueillir seulement 30 % de notre clientèle habituelle », dit la directrice générale du CPE Coop Libelle de Gatineau, Manon Saint-Denis.

Le ministère de la Famille a demandé aux CPE de donner la priorité aux travailleurs essentiels œuvrant dans les domaines de la santé, de la sécurité publique, des services gouvernementaux, de la construction ; des secteurs manufacturiers, commerciaux, bancaires, financiers, du transport et des médias.

Le CPE Libelle était déjà ouvert aux enfants de parents travaillant dans les services d’urgence dès les premiers jours de confinement. « Alors ce 30 %, on l’a atteint rapidement, dit-elle. Même lorsqu’on pourra accueillir des enfants à 50 % de notre capacité (dans deux semaines), on aura encore une demande dépassant le seuil acceptable. La situation va faire des malheureux, c’est certain. »


« Les enfants ont besoin de voir d’autres enfants. On le sent bien »
Manon Saint-Denis

La directrice espère rouvrir à plein rendement le 22 juin. « C’est ce qu’entrevoit le gouvernement si tout va bien. Toutes ces mesures sont conditionnelles à l’aplatissement de la courbe nationale des cas de COVID-19. C’est toujours possible qu’on revienne en arrière. »

Au sein de son réseau de trois CPE, Mme Saint-Denis accueillera lundi un nombre très limité de 60 enfants. « La seule exception nous permettant de dépasser les limites de 30 % est l’accueil d’enfants vulnérables. Le ministère nous “donne un peu de jeu”. »

Dans son guide publié cette semaine, l’Association québécoise des CPE propose aux responsables « de demander aux parents d’éviter, dans la mesure du possible, que leur enfant fréquente le CPE s’ils sont en mesure de les garder en sécurité à la maison en effectuant du télétravail ».

Selon Mme Saint-Denis, les administrations peuvent demander à des parents de partager leur semaine avec d’autres clients. « Par exemple, un parent pourrait me dire qu’il peut se contenter de trois jours par semaines pour l’instant, et laisser les deux autres jours à une autre famille. »

Les CPE doivent multiplier les mesures sanitaires, qui étaient déjà strictes avant la pandémie. Les jouets seront désinfectés et mis en quarantaine après chaque usage, et des employées du CPE Libelle porteront un sarrau.

« Les enfants ont besoin de voir d’autres enfants. On le sent bien », conclut Mme Saint-Denis.