Depuis quelques semaines, plusieurs mouvements d’écriture émergent sur le web, comme #covidpoème ou #30joursdecourtes, en plus de plusieurs groupes privés ou publics de création collective sur Facebook.
Depuis quelques semaines, plusieurs mouvements d’écriture émergent sur le web, comme #covidpoème ou #30joursdecourtes, en plus de plusieurs groupes privés ou publics de création collective sur Facebook.

L’écriture comme outil de résilience

Depuis quelques semaines, plusieurs mouvements d’écriture émergent sur le web, comme #covidpoème ou #30joursdecourtes, en plus de plusieurs groupes privés ou publics de création collective sur Facebook. Beaucoup de gens veulent s’exprimer et ont intégré une pratique d’écriture dans leur quotidien. Que ce soit pour combattre un mal-être, pour extérioriser et comprendre une émotion ou pour «documenter» la crise, l’écriture prend de plus en plus de place en cette période de fragilité.

L’acte d’écrire permet de verbaliser et de mettre des mots sur certains états instables, voire des émotions inhabituelles – ce qui peut être normal en ces temps eux-mêmes instables.

« On est physiquement dans un moment où l’écriture se prête bien. Le fait d’être confiné appelle à des moments d’introspection, et l’écriture est la parole intérieure qu’on tire vers l’extérieur », illustre David Goudreault, poète, travailleur social, romancier et porte-parole du Mouvement Santé mentale Québec depuis 2017.

Beaucoup de personnes ont « un agenda qui respire », ces dernières semaines, et c’est le temps de « se parler à soi-même ».

« C’est une bonne façon de vérifier comment on va. Écrire, ça matérialise les pensées, qui peuvent être très diffuses. C’est prendre conscience de son état », poursuit l’auteur du roman Ta mort à moi, finaliste au prix littéraire France-Québec 2020.

«Le fait d’être confiné appelle à des moments d’introspection, et l’écriture est la parole intérieure qu’on tire vers l’extérieur», dit David Goudreault, poète, travailleur social, romancier et porte-parole du Mouvement Santé mentale Québec depuis 2017.

« Comprendre ses émotions »

Quelques personnes contactées par La Voix de l’Est ont partagé leur rapport à l’écriture et quelques conseils, en ces temps incertains, et pour quelques-uns, il s’agit d’un pilier fondamental de leur bien-être.

« Je crois qu’écrire permet à l’individu de comprendre ses problèmes. Ça permet de vivre des émotions négatives sans tout brasser », indique Marylène*, 24 ans, aux prises avec la dépression depuis cet hiver.

Contactée par La Voix de l’Est, elle a accepté de dévoiler son histoire, sous le couvert de l’anonymat. Durant ses séances avec sa psychologue, celle-ci lui a conseillé de tenir un journal et d’écrire autour de ses émotions.

« Il m’arrivait souvent d’être envahie par un mal-être, sans savoir pourquoi. En laissant mon esprit libre d’écrire ce qu’il veut sans aucune structure ni cadre, j’arrivais à verbaliser davantage mes émotions et j’apprenais à mieux les gérer. L’écriture est très thérapeutique pour moi. »

Maxime*, 27 ans, écrit, dessine, barbouille et noircit des pages depuis cinq ans — mais particulièrement ces temps-ci — pour « réguler » et « libérer » ses émotions. « Ça me permet aussi de garder une ‘‘trame’’ de mon état mental à travers le temps et de comprendre le chemin parcouru », dit-il.

L’écriture devient donc un outil face à l’incertitude et l’anxiété amenées par la COVID-19, afin de « comprendre son chaos interne, une échappatoire qui permet de s’envoler dans un monde imaginaire », affirme pour sa part Valérie*, qui écrit depuis une quinzaine d’années, à fréquences variées.

#covidpoème

D’ailleurs, quelques mouvements d’écriture ont pris de l’ampleur ces dernières semaines sur les différents réseaux sociaux, comme Twitter, Instagram, Facebook, etc.

David Goudreault participe au mouvement #covidpoème, qui consiste à écrire un poème par semaine. On peut notamment l’entendre dans le cadre de l’émission Dessine-moi un dimanche sur les ondes de ICI Première.

« C’est une façon de réfléchir en gang à travers la poésie. Toutes les initiatives sont bonnes pour briser l’isolement. Ça permet de contourner nos défenses mentales et de dire plus exactement ce qu’on ressent. »

Le Festival tout’ tout court et l’OBNL Toutte est dans toutte ont également lancé le défi #30joursdecourtes, qui consiste à diffuser sur le Web une courte œuvre par jour, du 17 mars au 17 avril. Un mouvement auquel participe Philippe Lefebvre. « J’écris parce que je sais : l’autre vit la même chose que moi, psychologiquement. »

Exercices et conseils

L’écriture comme outil de résilience est accessible à tous, rappelle David Goudreault. On peut y aller dans une démarche de défoulement, ou d’écriture automatique. « Pas essayer d’écrire bien, mais d’écrire vrai », dit le porte-parole de Mouvement Santé Mentale Québec.

Marylène* abonde en ce sens : il faut simplement laisser libre court à l’imagination. « Il n’est pas nécessaire d’écrire sur des lignes droites et d’avoir une belle calligraphie, ou même un beau vocabulaire », affirme celle qui tient un « carnet d’émotions ».

David Goudreault vante également les mérites de l’écriture épistolaire. « Quel meilleur temps pour communiquer avec les autres par lettres postales... et se dégager de l’ordinateur, ça fait du bien. »

Bref, l’écriture vient comme un rempart contre l’anxiété, et permet, selon Philippe Lefebvre, de « prendre l’autre dans ses bras à distance ».

*Prénoms fictifs