En cette période de confinement, on dort moins bien, on se réveille plus souvent, et notre cerveau a plus d’occasions de se souvenir de nos rêves.
En cette période de confinement, on dort moins bien, on se réveille plus souvent, et notre cerveau a plus d’occasions de se souvenir de nos rêves.

Le confinement fait-il rêver davantage?

Ceux et celles qui ont l’impression de rêver plus souvent en cette période de confinement n’ont pas la berlue. Si cette impression est valable, dire qu’on « rêve plus » n’est peut-être pas tout à fait approprié. Plus précisément, rappellent deux professionnels du sommeil, on ne « rêve pas davantage », mais on « se souvient davantage » de nos rêves en cette période unique de nos existences. Mais pourquoi ?

La réponse courte est celle-ci. On dort moins bien, on se réveille plus souvent, et notre cerveau a plus d’occasions de se souvenir de nos rêves.

La réponse plus complète est développée par Jean-Philippe Chaput, professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et Rébecca Robillard, professeure à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa.

« Plusieurs changements viennent avec le coronavirus, dit le professeur Chaput. Les gens restent à l’intérieur, bougent moins, utilisent davantage les écrans (dont ceux qui projettent la lumière «bleue» des cellulaires et des tablettes). Ça peut jouer sur les étapes du sommeil et le rêve. »

Le stress, la perte d’un emploi, la crainte de se retrouver au chômage, « savoir qu’il reste plusieurs semaines à ce confinement », influence les modèles du sommeil, explique-t-il.

À cela s’ajoute pour certains une plus grande consommation d’alcool, de drogue, ou un changement des habitudes alimentaires.

Travailler à la maison implique pour d’autres une routine de sommeil moins stricte, sans réveil-matin.

« Pour se souvenir de nos rêves, explique le professeur, il faut être éveillé. Si tu te souviens de tes rêves, c’est que tu t’es réveillé peu de temps après avoir rêvé. Le dormeur se trouve dans une sorte de microréveil. Si tu rêves vers 6 h, et que tu te réveilles vers 7 h, tu vas te souvenir du rêve le plus récent, soit celui de 6 h. Actuellement, on peut se réveiller davantage pendant la nuit, alors on se souvient d’un plus grand nombre de rêves. On ne rêve pas plus qu’avant. On se réveille plus qu’avant. » Le cerveau a ainsi plus d’occasions d’enregistrer ces scènes décousues dans notre mémoire.

Des rêves différents ?

Pour la docteure Rébecca Robillard, il faut éviter le piège de la « surinterprétation » des rêves et de les rattacher directement à la réalité. Le cerveau récupère effectivement des informations provenant de la réalité d’une personne, mais le rêve est plus complexe que la seule interprétation de ce vécu.

« L’une des fonctions du rêve est la régulation émotionnelle. Il survient pendant le sommeil paradoxal. Dans cette période, on digère mieux ce qui s’est produit dans la journée. »

Au début du 20e siècle, Sigmund Freud publiait L’Interprétation du rêve. Les théories du célèbre psychanalyste, qui considérait le rêve comme une soupape de l’esprit, sont toujours à l’étude en 2020.

« Une partie du cerveau liée au contrôle cognitif devient plus silencieuse, résume la Dre Robillard. La partie liée aux émotions et aux peurs est activée. Il favorise l’imagerie reliée à des choses stressantes. »


« Actuellement, on peut se réveiller davantage pendant la nuit, alors on se souvient d’un plus grand nombre de rêves. On ne rêve pas plus qu’avant. On se réveille plus qu’avant. »
Jean-Philippe Chaput, professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa

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La Dre Robillard codirige par ailleurs le Laboratoire du sommeil de l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa.

Son équipe profite de cette période de confinement pour sonder la population sur son état mental et son sommeil.

Un sondage en ligne* a l’objectif plus large de déterminer l’influence du confinement sur les liens de la pandémie de COVID-19 sur le sommeil, ainsi que sur les impacts psychologiques, sociaux et économiques.

« On verra si les thèmes de nos rêves sont en train de changer. Historiquement, les femmes rêvent plus à des scènes intérieures alors que les hommes rêvent plus à des scènes extérieures. Il y a peut-être, ici, ‘un instinct de caverne’, dans lequel l’homme était appelé à sortir davantage que la femme, qui restait autrefois l’intérieur. On se demande si cet événement ‘pointu’ (le confinement et la pandémie) aura une influence sur les rêves, car tout le monde est à l’intérieur. »’

Le sondage veut par ailleurs déterminer si le sommeil et les rêves sont influencés par le stress, la pression plus ou moins forte au travail, l’augmentation du temps en famille, et les nombreux changements dans les rapports aux autres.

Questions sur le sondage : C19Survey@theroyal.ca