Le Québec comptait autrefois six couvents des Servantes de Jésus-Marie. Aujourd'hui, il ne reste plus que celui de la rue Laurier, à Gatineau.
Le Québec comptait autrefois six couvents des Servantes de Jésus-Marie. Aujourd'hui, il ne reste plus que celui de la rue Laurier, à Gatineau.

Le choix d’une vie «en confinement»

Le confinement, elles le vivent depuis toujours. Depuis qu’elles ont reçu «l’appel» de Dieu. Elles sont 36 soeurs cloîtrées qui habitent l’imposant monastère de briques rouges, voisin du parc Jacques-Cartier, à Gatineau, sur la rive de la rivière des Outaouais.

Le Québec comptait autrefois six couvents des Servantes de Jésus-Marie, cette congrégation religieuse au sein de laquelle les soeurs vivent cloîtrées, coupées de la société, derrière des grilles de fer. Cinq couvents ont été fermés au cours des dernières années et il ne reste plus que celui de la rue Laurier, dans un coin plus tranquille de Gatineau, un peu reculé du brouhaha de la ville. Un lieu propice à la quiétude, à la paix, aux prières.

La prière est d’ailleurs la mission des Servantes de Jésus-Marie. Prier sans relâche pour le monde extérieur, pour la paix sur cette Terre, pour l’amour dans tout et en nous tous. Elles ne sortent jamais, sauf pour des raisons médicales. Elles peuvent recevoir des visiteurs - en temps normaux - mais uniquement dans un parloir grillagé. Elles ont renoncé à la liberté telle qu’on la conçoit pour se donner à Dieu, à une vie de contemplation et de prières. C’est leur choix. Un choix, vous diront-elles, qu’elles n’ont jamais regretté. Elles sont heureuses.

Les mesures de confinement et de distanciation sociale, il va sans dire que les Servantes de Jésus-Marie les subissent moins difficilement que le reste de la société. N’empêche qu’elles ont aussi leurs contraintes. Surtout celle de devoir renoncer aux célébrations de la Semaine Sainte et du dimanche de Pâques qu’elles partagent depuis presque 120 ans avec le public, avec les nombreux fidèles qui s’entassent sur les bancs de leur magnifique chapelle, derrière des grilles blanches, pour vivre avec elles ces moments spirituels et religieux.

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«Il y avait toujours beaucoup de monde durant la Semaine Sainte, dit Soeur Marie-du-Bon-Pasteur, la Mère-servante générale de la congrégation. Mais là, ces gens ne pourront pas aller ailleurs. Ils ne pourront pas aller nulle part. Ils devront prier chez eux. Nous sommes un peu dans la même situation. Nous n’aurons pas de messes, juste une célébration de la parole entre nous, consoeurs. Notre dernière messe a eu lieu le 16 mars. C’est le matin qu’on a verrouillé les portes. Alors on ne reçoit plus de visites, on ne reçoit plus personne. C’est triste, c’est très triste, mais ça nous fera peut-être apprécier davantage. Personne n’a couru après ça (la pandémie). Mais après, on va sûrement l’apprécier davantage.

«Nous, on a encore la chance de pouvoir continuer notre prière parce qu’on a encore l’Eucharistie qu’on peut adorer. Même si nous n’avons pas de messes, nous avons encore la présence. C’est le coeur de notre vie. Donc dans un sens, on peut continuer ce qu’on faisait avant. Tandis que les gens ont été coupés de beaucoup de choses. Et j’imagine que c’est difficile pour certains. D’autres ont de la créativité, ils ont essayé de trouver d’autres moyens. Les plus jeunes aident les plus âgés. Mais les parents qui n’étaient pas habitués à avoir les enfants toujours à la maison, ça ne doit pas être facile. On peut comprendre.

«On dit que les familles n’ont pas beaucoup de contacts parce que tout le monde a le nez dans leur cellulaire, occupé par le travail, ou ceci, ou cela. Là, ils ont une chance d’avoir plus de contacts. Donc il faut peut-être trouver les bons côtés de la situation et apprécier un peu plus les personnes pour ce qu’elles font. Mais c’est un défi, on comprend.

Soeur Marie-du-Bon-Pasteur

—Croyez-vous que la société sortira changée de cette crise ?

—Dans des situations comme celle-là, je pense qu’on a la chance de voir le beau côté des personnes qu’on n’a peut-être pas toujours la chance de voir, parce qu’on n’a pas les occasions de les chercher. C’est souvent dans les épreuves qu’on voit les qualités des personnes. Donc j’espère que certaines choses resteront et qu’on utilisera à bien cette épreuve. Il faut juste la subir. Et en tirer des leçons serait très souhaitable pour le bien de tous.

—Certains diront - peut-être un peu naïvement - que Dieu nous a oubliés dans cette épreuve et qu’il n’entend plus nos prières.

—Cette épreuve, est-ce que ce ne serait pas la mauvaise utilisation de la planète et tout ce qui s’ensuit ? Les conséquences de ça sont là. Dieu n’envoie jamais d’épreuves. Dieu est là. Il est avec nous, en nous. Il nous aide à traverser ça. Dans tous les efforts, le bénévolat, l’engagement des gens qui travaillent dans les soins de santé et tout ça, ça prouve qu’il y a un coeur quelque part, que les gens ont du coeur. Et nous, les chrétiens, croyons que ça vient de Dieu. Il est dans les personnes qui ne prennent pas de risques pour ne pas contaminer les autres, Il est dans les gens fidèles aux consignes. Dieu n’est pas dans les choses extraordinaires. Vous offrez un verre d’eau à quelqu’un qui a soif ou qui est malade, Il est là. Il ne faut pas le chercher très loin.

—Et si vous aviez un message de Pâques à partager avec nous qui vivons de l’autre côté des grilles ?

—Je vois un peu cette pandémie comme une sorte de mort. Et Jésus, Lui, a vaincu la mort. Alors pourquoi ne serait-on pas capables de vaincre (cette pandémie) si on se met tous ensemble ? Sa force de résurrection passera à travers toute la société, tous les gens qui s’entraident et qui conjuguent leurs efforts.

—Que voulez-vous dire, ma Soeur, par «cette pandémie est une sorte de mort» ?

—Devant la mort, nous n’avons aucun pouvoir. Dans la pandémie, on voit notre vulnérabilité humaine, on n’a pas beaucoup de pouvoir. On n’a même pas de vaccin encore. Alors tout ce qu’on peut faire, c’est soigner, accompagner, prévenir. Dans ce sens-là, cette force-là qui est plus forte que nous et qu’on peut comparer à la force de la mort, Jésus l’a vaincue. Pour nous chrétiens, c’est comme ça qu’on voit Pâques, et on peut le transposer à cet événement. Que la vie soit plus forte. »