Certains s’en mettent beaucoup sur les épaules malgré le caractère exceptionnel de la situation. Comment lâcher prise sans se laisser aller ?
Certains s’en mettent beaucoup sur les épaules malgré le caractère exceptionnel de la situation. Comment lâcher prise sans se laisser aller ?

La pression de «réussir» son confinement

Bien manger, voire cuisiner tous ses repas, faire de l’exercice, prendre l’air tous les jours, être aussi performant au travail tout en s’acquittant des tâches ménagères et des enfants, acheter local et continuer de soigner son apparence : certains s’en mettent beaucoup sur les épaules malgré le caractère exceptionnel de la situation. Comment lâcher prise sans se laisser aller ?

« On vit dans une société de performance, mentionne d’emblée Renée Ouimet, directrice générale du Mouvement Santé mentale Québec. On exige toujours plus de nous-mêmes, et alors qu’on devrait ralentir et tenter de garder un équilibre, certaines personnes ressentiront le besoin de “performer” leur confinement. »

« Ce n’est pas tout le monde qui a la même énergie. Pour certaines personnes, juste se lever le matin et s’habiller est difficile. Pour d’autres, d’arriver à le faire, ça les met dans un tout autre état d’esprit », poursuit-elle.

S’il est une pression que des gens s’infligent en ce moment, nuancent les psychologues Véronique Guérin et Nicolas Coupal-Noël, c’est surtout celle que s’imposent les parents de bien éduquer leurs enfants pendant qu’ils sont à la maison. « C’est probablement l’aspect de la quarantaine sur lequel les gens s’en demandent le plus. Ils veulent s’assurer que leurs petits soient à jour et qu’ils n’aient pas perdu leurs acquis quand ils retourneront en classe », observe la première.

« Ce n’est pas si évident que ça de s’organiser, même avec les outils que le ministère a mis en ligne, renchérit le deuxième. Les parents doivent se rappeler qu’ils ne sont pas des enseignants et qu’ils doivent simplement faire de leur mieux. »

Une question d’équilibre

« On ne peut pas nier l’utilité de maintenir une routine de vie pour la santé mentale, indique la psychologue. Ça permet de garder un certain contrôle sur notre situation. Ça devient plus gérable. En fait, on voit même des gens qui sont dans un état optimal malgré le confinement parce qu’ils ont une hygiène de vie saine. »

« C’est important de maintenir une routine, parce que ça nous apporte des points de repère dans notre quotidien. Hormis l’aspect financier, ce qui est difficile quand on perd son emploi, c’est la cassure de cette routine », explique Nicolas Coupal-Noël, psychologue à Granby.

Se laisser complètement aller, ces temps-ci, aurait par ailleurs l’effet contraire. « Dormir toute la journée est une forme d’évitement et cela peut éventuellement mener à une dépression », nuance la psychologue.

« Il y a des journées où on a envie de tout lâcher, complète Mme Ouimet. C’est correct de s’accorder une pause, mais il ne faut pas que ce soit ça tous les jours, parce qu’il y a un risque de démotivation. »

La directrice générale recommande la gratitude et d’être indulgent avec soi-même. « Plutôt que de s’en vouloir de ne pas avoir tout accompli ce qu’on voulait faire durant la journée, pourquoi ne pas être reconnaissant de ce qui a été réalisé ? suggère-t-elle. C’est comme la forme physique, il faut faire des efforts pour maintenir sa santé mentale. »

M. Coupal-Noël invite pour sa part à s’ancrer dans le présent et à vivre au jour le jour. « J’entends des gens dire qu’ils dégustent leur café le matin, c’est une manière de se plonger dans l’instant présent. En fait, c’est quelque chose de très sensoriel. Si on suit la directive du gouvernement qui nous invite à prendre une marche, on s’en sert pour profiter du moment, pour respirer l’air frais et regarder le décor autour de nous. C’est une manière de se camper dans le présent et de reprendre le dessus. »

Si le service peut toujours être offert malgré le confinement, tous les clients ne sont pas à l’aise d’assister à une séance psychothérapie grâce à la technologie.

Consultations psychologiques à distance: une oreille attentive malgré la distance

Service essentiel, le soutien psychologique est lui aussi amené à se réinventer. Confinement oblige, les séances de psychothérapie réalisées dans un cabinet sont à proscrire par les temps qui courent. Et si la technologie pouvait jouer un rôle de premier plan ?

« L’important, c’est de continuer à offrir une oreille qui écoute », souligne Véronique Guérin, psychologue qui pratique dans la région de Granby et de Bromont.

Depuis le confinement imposé par le gouvernement, celle-ci a commencé à offrir ses consultations par vidéoconférence. « Jusqu’à présent, ça se passe bien. J’ai eu une première entrevue avec un nouveau client et le courant est passé, même si nous étions chacun chez nous devant notre ordinateur. »

Si le service peut toujours être offert malgré le confinement, tous les clients ne sont pas à l’aise d’assister à une séance grâce à la technologie. « Pour les moins de 45 ans, il n’y a aucun problème. Mais pour mes clients plus âgés, c’est plus difficile, explique Véronique Guérin. Ils ne veulent pas de consultation virtuelle, et certains ne sont pas plus à l’aise avec la possibilité de faire la séance par téléphone. Plusieurs ont préféré reporter leurs consultations après la crise, lorsque ce sera possible de reprendre les rencontres en personne. »

La crainte d’un contact moins humain ou d’une moins grande connexion entre le patient et son thérapeute peut aussi en faire hésiter plus d’un.

Nécessaire adaptation

« C’est une nouvelle approche qui demande de l’adaptation, croit pour sa part Renée Ouimet, directrice générale du Mouvement Santé mentale Québec. Il y a des gens qui vont être plus à l’aise au téléphone, qui vont trouver ça plus intime que devant un ordinateur. Ce qui est toutefois extraordinaire, c’est que ça existe en ce moment et que ça peut aider des gens. »

« Dans des périodes stressantes comme celle qu’on vit actuellement, il est normal de ne pas vouloir changer nos habitudes, car celles-ci sont sécurisantes, ajoute-t-elle. Parfois, il suffit d’essayer une fois, deux fois. Après, ça semble plus facile. »

Cette adaptation est aussi nécessaire pour les psychologues qui n’ont pas l’habitude de recevoir leurs clients de façon virtuelle. « Ce n’était pas quelque chose que je faisais régulièrement, confie Nicolas Coupal-Noël, qui pratique d’ordinaire au Complexe Physio Mouvement Santé. Depuis le 23 mars, je procède avec la caméra et ça se passe quand même bien ! »

Néanmoins, ce ne sont pas toutes les interventions qui peuvent être pratiquées virtuellement. « Une partie de ma clientèle vit un choc post-traumatique. Dans le cadre de leur thérapie, je les amène dans des lieux publics, ce qui n’est pas possible actuellement », illustre le psychologue.

Anxiété tous azimuts

Qui dit nouvelles manières de consulter ne dit pas nécessairement nouveaux problèmes.

« On est plusieurs collègues à demeurer en communication et on est témoins des mêmes situations, indique la psychologue Véronique Guérin. Les clients parlent de leurs craintes d’aller à l’extérieur, de l’anticipation du futur... Ils sont confinés chez eux et les faiblesses dans leur couple ressortent. »

L’anxiété financière fait figure de préoccupation la plus souvent évoquée par ceux qui consultent des psychologues actuellement. « On entend beaucoup d’inquiétudes par rapport aux finances, des gens qui ont perdu leur emploi temporairement pendant la crise et qui attendent le chômage, d’autres qui étaient en processus de changement d’emploi et qui voient leurs plans changer », illustre Véronique Guérin.

Nicolas Coupal-Noël remarque que le report de chirurgies pour eux-mêmes ou pour leurs proches est également un facteur de stress prédominant ces jours-ci. « Étrangement, les gens n’ont pas tant peur de l’attraper [le coronavirus], mais plutôt peur de le transmettre à leurs proches, poursuit-elle. Il y en a qui se repassent tout le film de leur dernière sortie pour savoir à quoi ils ont touché et pour essayer de savoir s’ils ont pu être exposés. »

Le climat instable est aussi facteur de stress. « Un stress extérieur exacerbe la difficulté à bien gérer la situation, même si tout est sous contrôle, affirme Mme Guérin. La peur, ça peut être contagieux! »