Leylah Annie Fernandez a bondi de 59 places grâce à sa présence en finale du tournoi d’Acapulco, qu’elle a perdue en trois sets face à la Britannique Heather Watson.
Leylah Annie Fernandez a bondi de 59 places grâce à sa présence en finale du tournoi d’Acapulco, qu’elle a perdue en trois sets face à la Britannique Heather Watson.

La COVID-19 est venue freiner l'impressionnante progression de Fernandez

MONTRÉAL — En l'absence de la nouvelle coqueluche du tennis canadien Bianca Andreescu en début d'année, la Québécoise Leylah Annie Fernandez a, d'une certaine façon, comblé le vide avec des performances qui lui ont permis de s'approcher du premier de plusieurs jalons qu'elle vise: le top-100 du classement féminin.

Installée au 209e rang du classement mondial le 5 janvier, la jeune joueuse de 17 ans a réalisé une première percée en se hissant au 185e échelon le 2 février, grâce notamment à sa qualification pour le tableau principal des Internationaux d'Australie, son premier tournoi du Grand Chelem à titre de professionnelle.

Un mois plus tard, elle a bondi de 59 places grâce à sa présence en finale du tournoi d'Acapulco, qu'elle a perdue en trois sets face à la Britannique Heather Watson.

Pour se rendre jusqu'à la finale, la jeune gauchère avait gagné ses six matchs précédents, dont deux lors de la ronde des qualifications, sans concéder une seule manche.

«Ce qui ressort, c'est sa force de caractère, avait déclaré Watson après sa victoire. Je pense qu'elle aura une très belle carrière et qu'elle montera rapidement au classement si elle continue de jouer ainsi.»

Une semaine plus tard à Monterrey, sa défaite en quarts de finale contre l'expérimentée ukrainienne Elina Svitolina, actuellement cinquième au monde, a néanmoins permis à Fernandez de gagner huit autres échelons pour s'installer au 118e rang où elle est bloquée en raison de l'interruption liée à la COVID-19.

Au premier abord, cette progression pourrait paraître spectaculaire et digne de mention. Son père, Jorge, qui s'apprête à confier les destinées de sa fille à l'entraîneur Romain Deridder, admet que ce sont des résultats positifs. Toutefois, il pense que Leylah peut en donner encore plus.

«Ce qu'elle fait présentement, elle le fait très bien, mais je dirais que son niveau est à peu près à 30 ou 40 pour cent de ce qu'elle produit dans les entraînements. J'aimerais la voir se rendre à 70, 80 pour cent de ce que je vois lors des entraînements dans ces matchs. Je sais qu'elle peut en donner beaucoup plus et c'est pour ça qu'on vise les cibles de top-50, de top-10 au monde parce qu'on sait ce qu'elle peut faire.

«Je sais qu'elle a un coeur de championne, renchérit son père. Elle a une mentalité très forte et je sais qu'on peut faire beaucoup plus pour avoir une carrière où elle pourra dire 'pendant 10 ans, j'ai été dans le top-10 et pendant ces 10 ans-là, j'ai fait cinq ans dans le top-5 et j'ai pu gagner un, deux, trois Grands Chelems'. On doit mettre la barre plus haute si on veut aller plus haut.»

Une défaite utile

Quelques semaines avant ses deux excellentes prestations au Mexique, Fernandez avait fait sensation en renversant la Suissesse Belinda Bencic, alors cinquième joueuse mondiale, en deux manches lors de la deuxième journée des qualifications de la Fed Cup, en Suisse.

Or, son père pense que le point tournant est survenu la veille, lorsqu'elle s'est inclinée devant Jil Teichmann, 68e au monde.

«J'étais un peu déçue de mon niveau de jeu, je sais que je pouvais faire encore plus. Après, j'ai eu une conversation avec mon père, nous avons parlé de ce qu'on pouvait changer. C'étaient des mots un peu difficiles, que je ne voulais pas entendre, mais c'était la vérité», avoue Fernandez.

«Elle avait une opportunité incroyable de jouer pour son pays, à son âge, précise Jorge. Elle avait la confiance des entraîneurs de niveau international et elle était en train de jouer comme une junior et non comme quelqu'un qui représentait son pays. C'est ce que je lui ai dit, peut-être plus durement.»

Le lendemain, après le duel contre Bencic, Jorge a de nouveau parlé à Leylah.

«Je l'ai félicitée et, comme un bon père de famille, je lui ai dit 'Tu vois, je te l'avais dit', raconte-t-il en riant.

«Le match de Bencic n'existe pas si elle n'a pas cette défaite contre Teichmann», affirme Jorge.

Stoppée sur son revers contre Svitolina et en attendant d'être fixée sur le sort du tennis en 2020, Fernandez reste active en frappant des balles avec Bianca en Floride, sous les yeux de son père et de Deridder, qui devrait prendre le relais de Jorge à temps pour le début de 2021.

Fernandez avait reçu une invitation pour le tableau principal à Indian Wells et avait l'ambition de se hisser dans le top-100. Cela lui aurait permis d'aller à Roland-Garros, où elle a gagné le volet junior du simple féminin en 2019 dans ce qui aura été le dernier tournoi junior de sa carrière.

«C'est un peu difficile, avoue Fernandez, en faisant allusion à l'incertitude qui prévaut et l'absence de matchs. Nous sommes ici à la maison, nous devons changer nos entraînements, les heures d'entraînement aussi, je ne peux pas jouer avec d'autres joueuses professionnelles non plus, mais c'est bon. Je peux m'entraîner avec ma soeur, elle est une très bonne joueuse, j'ai mes entraîneurs aussi qui m'aident.»

Assurément, à moins d'une blessure, Fernandez aurait participé à la Coupe Rogers, dont le volet féminin reporté à l'an prochain devait avoir lieu à Montréal. Il y a deux ans, elle avait pris part aux qualifications mais n'avait pu mériter son billet pour le tableau principal. Ce qui ne l'a pas empêché d'adorer l'expérience.

«C'était un moment magique pour moi. Juste d'avoir les spectateurs venus me voir jouer sur un court extérieur, de les voir m'encourager et de les entendre crier mon nom, ça m'a motivé encore plus. Je suis juste déçue de ne pas pouvoir revivre ce moment cette année.»