Monique Lamarche tient une photo prise il y a quelques années où l’on voit son petit-fils Jules et sa mère Hortense Cousineau, récemment sortie de la zone rouge du CHSLD Lionel-Émond.
Monique Lamarche tient une photo prise il y a quelques années où l’on voit son petit-fils Jules et sa mère Hortense Cousineau, récemment sortie de la zone rouge du CHSLD Lionel-Émond.

La « miraculée » de Lionel-Émond

Quand elle a quitté sa mère le 14 mars après lui avoir fait manger son repas du midi, Monique Lamarche lui a dit qu’elle la reverrait quelques heures plus tard, au souper. Il lui aura plutôt fallu attendre deux mois et demi pour retourner la voir au Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Lionel-Émond. Une période pendant laquelle la nonagénaire a reçu un diagnostic de COVID-19, dont elle est maintenant guérie.

Le CHSLD Lionel-Émond, dans le secteur Hull, est aux prises avec la pire éclosion de COVID-19 de l’Outaouais. Les autorités rapportent qu’une cinquantaine de résidents de l’endroit ont contracté le virus depuis le début de la crise et que 13 d’entre eux en sont décédés.

La mère de Monique Lamarche, Hortense Cousineau, a passé de longues semaines dans sa chambre, en plein cœur d’une zone rouge. Atteinte d’Alzheimer, Mme Cousineau reconnaît encore sa fille, qui la visitait pour le dîner et le souper les fins de semaine, de même qu’à quelques reprises les jours de semaine.

Lorsque l’état d’urgence sanitaire a été déclaré au Québec, le 14 mars, les visites ont abruptement été interrompues.

Ce samedi-là, comme d’habitude, Monique Lamarche est allée aider sa mère à manger son dîner. « Je l’ai embrassée et je lui ai dit ‘bye maman, je te revois dans quelques heures, je vais aller faire des courses et je reviens’. Je n’ai jamais pu rentrer après. L’infirmière m’a appelée pour me le dire. J’ai tellement pleuré. C’était comme une promesse que j’allais y retourner. »

Mme Lamarche confie avoir versé bien des larmes en pensant à sa mère qu’elle ne pouvait plus voir.

« C’était comme s’ils m’avaient enlevé mon enfant, parce que les rôles sont inversés, illustre-t-elle. Je m’occupe de ma mère comme si c’était mon enfant. […] J’ai pleuré souvent. Ils avaient beau me dire qu’elle était correcte, je ne pouvais pas aller vérifier. »

Mère et fille ont pu se parler à quelques reprises par téléphone. « Ça me brisait le cœur, parce qu’elle me disait ‘je t’attends’ », raconte Mme Lamarche, qui pouvait au moins compter sur des appels du personnel presque chaque jour.

Le diagnostic de COVID-19 est tombé à la mi-avril pour Hortense Cousineau. « Ça m’inquiétait beaucoup, raconte Mme Lamarche. Je me réveillais la nuit et je pensais à ma mère, je me disais que je ne la reverrais probablement pas vivante. »

Alors que d’autres résidents du centre ont vu leur état dégénérer au point d’en perdre la vie, Mme Cousineau n’a eu que très peu de symptômes. « Pas de fièvre, juste un petit peu de toux, indique Monique Lamarche. Mais les tests revenaient toujours positifs. »

Les semaines ont passé jusqu’à ce qu’elle obtienne finalement deux résultats négatifs consécutifs. L’appel tant attendu est arrivé en matinée, le vendredi 29 mai. Le soir même, Mme Lamarche a pu aller voir sa mère. Elle y était aussi le lendemain, pour le 92e anniversaire de naissance de sa mère. Elle y est ensuite retournée les jours suivants.

Hortense Cousineau et son arrière-petit-fils Jules, il y a quelques années.

Une « miraculée »

Des mesures de précaution sont en place pour les proches aidants comme Monique Lamarche. Sa mère se trouve actuellement dans une chambre pour deux personnes, car sa chambre individuelle est située dans la zone rouge. Elle n’a donc pas accès à ses effets personnels, ce qui fait en sorte qu’elle se contente d’une jaquette d’hôpital. Rien pour empêcher Mme Lamarche de savourer le bonheur de pouvoir à nouveau voir sa mère et de la savoir guérie de la COVID-19.

Une infirmière lui a dit que sa mère était « une miraculée ». Le personnel l’a informée que pendant son séjour en zone rouge, « elle n’avait pas l’air de souffrir » et qu’elle « faisait toujours de beaux sourires ».

Les retrouvailles ont été émouvantes. « C’était incroyable, se rappelle Monique Lamarche. Je l’ai embrassée sur le front avec mon masque, j’ai pu lui serrer les mains et lui faire de grosses caresses. J’étais tellement heureuse qu’elle sorte de là. »

Hortense Cousineau a perdu une quinzaine de livres au cours des dernières semaines. Sa fille, qui a été préposée aux bénéficiaires pendant une vingtaine d’années, est donc heureuse de pouvoir être à ses côtés pour l’aider à s’alimenter et à remonter la pente.

Mme Lamarche a aussi observé une dégradation sur le plan cognitif. « Je me dis que plus elle va me voir, mieux ça va aller », confie-t-elle, la voix pleine d’espoir.

Quelques secondes après la fin de l’entrevue, Monique Lamarche a rappelé. Elle avait oublié un message auquel elle tenait. Elle voulait remercier « tous les employés de jour, de soir et de nuit » qui ont su prendre soin de sa mère tout au long de son séjour dans la zone rouge afin qu’elle puisse la retrouver bien en vie une fois le virus vaincu.