Pour ceux et celles qui comptent sur des groupes de soutien pour faire face à leur dépendance, l’isolement peut rendre cette abstinence plus difficile. Heureusement, ces communautés d’entraide ont rapidement su s’adapter, si bien que les mouvements ont gagné des adeptes.
Pour ceux et celles qui comptent sur des groupes de soutien pour faire face à leur dépendance, l’isolement peut rendre cette abstinence plus difficile. Heureusement, ces communautés d’entraide ont rapidement su s’adapter, si bien que les mouvements ont gagné des adeptes.

Groupes d’entraide: une solidarité sans frontières

Alors que la pandémie s’étire, l’interdiction de se rassembler aussi. Pour ceux et celles qui comptent sur des groupes de soutien pour faire face à leur dépendance, l’isolement peut rendre cette abstinence plus difficile. Heureusement, ces communautés d’entraide ont rapidement su s’adapter, si bien que les mouvements ont gagné des adeptes.

Le jour même où le gouvernement a décrété l’interdiction de se regrouper pour des raisons sanitaires, les Narcotiques anonymes (NA) tenaient leur première réunion virtuelle par vidéoconférence. Depuis, 80 réunions sont organisées dans la province chaque semaine pour permettre aux membres aux prises avec une dépendance d’échanger et de tenir le coup, mais aussi d’autres activités à vocation sociale pour se divertir et partager autrement. «On s’est revirés de bord sur un 10 cents et ça fonctionne bien! On peut être de 600 à 700 personnes à assister à une réunion, chaque jour», confirme Pascale C., responsable des informations publiques pour le mouvement.

Du côté des Alcooliques anonymes (AA), mouvement le plus connu du grand public, des réunions téléphoniques ont été mises en place trois jours après l’interdiction de se regrouper. Les rencontres virtuelles via l’application Zoom ont suivi peu de temps après et sont depuis fort populaires, si bien qu’entre 200 et 250 réunions différentes sont organisées chaque semaine, en plus de 28 séances au téléphone. On dénombre en moyenne de 50 à 80 membres par rencontre.

«Beaucoup de membres ont créé des groupes, fermés ou non, pour continuer de partager avec les mêmes personnes qu’ils ne peuvent plus fréquenter pendant le confinement», relève Lucien J, également responsable des informations publiques pour son organisation.

«La base du mouvement, c’est d’être une association de partage, ajoute-t-il. On est habitués depuis 85 ans de se rencontrer dans la chaleur humaine et le contact humain, renchérit celui qui anime 8 réunions téléphoniques par semaine ces temps-ci. Du jour au lendemain, on a été privés de ça. Il a fallu se réorganiser. Notre gros problème, c’est qu’en étant un regroupement d’anonymes, on a du mal à rejoindre toutes les personnes qui en ont besoin.»

Moments difficiles

Pour plusieurs membres, ces groupes d’entraide sont au coeur de leur vie sociale. Privés de ces rencontres quotidiennes ou hebdomadaires, ils sont isolés, fait-on remarquer. «Il y a des gens qui, sans réunions, ne sortent pratiquement pas de chez eux, souligne Éric K, qui représente les Cocaïnomanes anonymes (CA), un regroupement qui, en dépit de son nom, est ouvert aux personnes aux prises avec tout type de dépendance. Il y en a pour qui les réunions représentent 90% de leur vie sociale.»

Après plusieurs semaines à être confiné chez soi sans pouvoir mener sa vie mondaine d’avant, certaines personnes aux prises avec une dépendance ont plus de difficulté à affronter seules leurs démons.

Depuis le début du confinement, il y a deux mois, près de 1250 personnes différentes ont appelé au moins une fois la ligne d’écoute des Alcooliques anonymes, indique Lucien J.

«Il y a beaucoup de souffrances, remarque-t-il. À la première semaine du confinement, les appels logés à notre ligne d’écoute ont triplé. Après deux semaines, c’était tombé tranquille, mais maintenant, on est débordés. On reçoit des appels à l’aide de gens qui rechutent, qui trouvent que c’est rendu trop difficile. On a aussi des gens qui pensent au suicide.»

Des membres des Narcotiques anonymes ont eux aussi succombé à la tentation, alors que la SAQ et la SQDC sont demeurées ouvertes pendant la crise. «Ça n’a vraiment pas aidé, souligne Pascale C. Il y a des gens qui ont senti le besoin d’avoir une béquille durant le confinement. Mais après avoir trébuché, les gens reviennent toujours parce que notre communauté se tient énormément. C’est la force de notre réseau.»

Nouveaux membres

La tenue de réunions virtuelles a tout de même l’avantage d’avoir fait exploser le nombre de participants et de nouveaux membres, confirment nos trois interlocuteurs, d’autant plus que les réunions sont désormais accessibles par tous les adeptes de ces mouvements autour du monde.

Plus localement, certaines personnes pour qui il était impossible de se rendre sur place pour assister à une réunion, pour une question d’horaire, de distance ou faute de transport, peuvent désormais se joindre à la discussion.

«Il y a des gens qui n’osaient pas se présenter qui assistent maintenant aux réunions grâce à l’anonymat que procure la vidéoconférence. Ils n’ont qu’à ne pas activer leur caméra», relève Éric K.

«Ça n’existait pas avant la crise les réunions en ligne, ajoute-t-il. Comme on rejoint beaucoup plus de gens qu’auparavant, on est en train de se demander si on ne va pas en garder quelques-unes même quand on pourra reprendre les rencontres physiques.»

BESOIN D'AIDE ?

Alcooliques anonymes

1-877-790-2526

Narcotiques anonymes

1-855-544-6362

Cocaïnomanes anonymes

1-877-806-0581