Depuis la reprise des travaux en septembre, Extendicare Inc. a été mentionné 25 fois à l’Assemblée législative.
Depuis la reprise des travaux en septembre, Extendicare Inc. a été mentionné 25 fois à l’Assemblée législative.

Extendicare: des élus demandent des réponses

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
TORONTO— Depuis le début de la 2e vague de la COVID-19 en septembre, les partis d’opposition à Queen’s Park ont demandé plus d’une quinzaine de fois au gouvernement Ford de rendre des comptes à propos de la situation dans les foyers de soins de longue durée du groupe Extendicare.

Depuis la reprise des travaux en septembre, Extendicare Inc. a été mentionné 25 fois à l’Assemblée législative. La semaine dernière, l’éclosion de COVID-19 au foyer de soins de longue durée Starwood d’Extendicare est devenue la plus meurtrière à Ottawa à survenir depuis le début de la deuxième vague.

En deuxième place de ce sombre podium figure West End Villa, un autre foyer de soins de longue durée ottavien fortement touché par le virus et opéré par le groupe Extendicare.

Dès la mi-septembre, la cheffe du NPD Andrea Horwath déplorait l’inaction du gouvernement. «Les familles regardent avec horreur les éclosions de COVID-19 traverser un autre établissement de soins de longue durée à but lucratif, West End Villa d’Extendicare à Ottawa. Il s’agit d’un établissement avec des antécédents d’enquêtes policières et de recours collectifs.»

La cheffe du NPD Andrea Horwath

En 2018, Extendicare Inc. et Sienna Senior Living Inc. avaient été visés par un recours collectif pour avoir manqué à leurs responsabilités fiduciaires et contractuelles envers les patients, dont certains avaient des escarres non traitées. L’une des familles avait aussi rapporté que les blessures d’un proche étaient infestées d’asticots.

En réponse à la question de Mme Horwath, la ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton, a rétorqué que les éclosions dans les foyers de soins de longue durée sont «une réflexion de la communauté qui les entoure» et qu’elles sont «consistantes avec le taux d’infection de la COVID-19 rapporté par les bureaux de santé publique autour de ces zones et ne reflètent pas le propriétaire de la résidence».

Des questions sur l’accès au matériel de protection individuelle 

Quelques jours plus tard, l’opposition officielle avait rapporté les propos du personnel de West End Villa concernant un manque d’accès à de l’équipement de protection individuelle.

«Des employés de la résidence (West End Villa) se manifestent en nous disant qu’ils ne peuvent pas avoir accès à l’équipement de protection individuelle approprié», avait fait savoir la porte-parole néo-démocrate en matière de santé, France Gélinas.

La ministre Merrilee Fullerton avait immédiatement assuré que le personnel avait accès à ce matériel.

Le lendemain, le NPD était revenu à la charge en rapportant que des travailleurs de première ligne d’Extendicare ont déploré, à la suite des propos de la ministre, que l’équipement de protection individuelle «est disponible pour certains employés, mais pas pour d’autres». Mme Fullerton avait répété avoir des contacts réguliers avec l’Hôpital d’Ottawa, qui appuie ces deux foyers pour aînés, et qu’on lui avait assuré que des masques N95 étaient disponibles pour tout le personnel.

Le foyer West End Villa d'Extendicare, à Ottawa

Jusqu’à trois résidents par chambre

Plus récemment, au début novembre, la cheffe néo-démocrate a déploré que «les maisons à but lucratif qui ont connu des épidémies massives, comme Extendicare Starwood à Ottawa et bien d’autres, aient parfois trois résidents qui partagent une seule chambre».

À quand l’interdiction d’accueillir plus de deux résidents par chambre dans les établissements pour aînés? C’est ce qu’a demandé Mme Horwath à la ministre des Soins de longue durée. Soulignant les efforts de son gouvernement pour tenter de remédier à la situation, Mme Fullerton n’a néanmoins pas offert de réponse ou de date d’échéance.

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LA VICE-PRÉSIDENTE DU PARTI CONSERVATEUR DE L'ONTARIO DEVENUE LOBBYISTE POUR EXTENDICARE

À l’aube de la période la plus meurtrière de la COVID-19 en Ontario, la vice-présidente du Parti conservateur de l’Ontario, Melissa Lantsman, est devenue lobbyiste pour l’une des trois plus grandes chaînes de foyers pour aînés à but lucratif en Ontario, Extendicare. 

Porte-parole pour la campagne électorale de Doug Ford en 2018, Melissa Lantsman s’est inscrite, le 27 avril dernier, à titre de lobbyiste principale de la chaîne Extendicare Inc., qui exploite une centaine d’établissements pour aînés au Canada. 

«Cela ne pèse pas sur ma conscience, cela pèse sur la vôtre, mes amis», s’est insurgé à deux reprises le député néo-démocrate d’Ottawa-Centre, Joel Harden, en s’adressant aux conservateurs, le mois dernier. «Au milieu du pire moment de la pandémie, qu’est-ce que la vice-présidente de ce parti fait? Elle s’enregistre pour devenir lobbyiste pour Extendicare.»

Melissa Lantsman n’est pas la seule membre du parti de Doug Ford à avoir été embauchée au début de la pandémie par une grande société de soins de longue durée pour faire pression sur le gouvernement. L’ancienne directrice publicitaire du premier ministre, Lauren McDonald, s’est inscrite le 7 mai pour faire du lobbying auprès du gouvernement ontarien au nom de Revera Inc. L’ancien chef de cabinet du procureur général du gouvernement Ford, Michael Wilson, s’est lui aussi enregistré, deux jours plus tôt, au nom du même groupe. L’ancienne directrice de campagne du Parti progressiste-conservateur, Leslie Noble, s’est quant à elle inscrite comme lobbyiste au nom des résidences de retraite Chartwell, le 31 mars. Rappelons aussi que l’ex-premier ministre de l’Ontario conservateur Mike Harris siège actuellement au sein du conseil d’administration des résidences Chartwell.

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