Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe
Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe

Entrevue avec Mathieu Lacombe: le télétravail comme outil de conciliation 

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
La société québécoise a devant elle une belle opportunité de réfléchir à la façon dont elle organise son temps. Les changements imposés à nos vies par la pandémie de COVID-19 laisse entrevoir une sortie de crise où la conciliation travail-famille pourrait être appelée à prendre un autre sens. En ces temps encore incertains, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, est convaincu d’une chose. «C’est sûr que le Québec de l’après-crise ne sera plus le même, dit-il. On va devoir repenser nos façons de travailler.»

Comme bien d’autres parents en télétravail ce printemps, le jeune père de famille a souvent dû jouer les équilibristes pour arriver à remplir ses obligations ministérielles. «Mais pendant la crise, dit-il, j’étais beaucoup plus présent avec mes enfants. J’étais là le matin quand ils se réveillent et aussi plus souvent au souper, quitte à terminer mon travail une fois qu’ils étaient couchés. Ce sont des moments précieux. Je dirais même que la crise m’a permis d’améliorer les liens que j’ai avec mes enfants. Si on transpose ça à l’ensemble de la société québécoise, si on adopte tous davantage de comportements qui favorisent la conciliation famille-travail, je pense que le résultat ce sera des familles plus heureuses et ça, ça fait un Québec plus prospère.»

Depuis la reprise, toutefois, le ministre l’avoue, «c’est le bordel, comme pour beaucoup de familles». Sa conjointe a repris ses cours, mais à distance. Ses enfants n’ont pas accès pour l’instant à l’école et à la garderie, et lui a récemment recommencé à siéger à Québec.

Évidemment, le ministre Lacombe ne se base pas sur l’expérience de son seul ménage pour mener son ministère. Il voit bien que le télétravail a eu des impacts sur la vie des jeunes familles québécoises. Sur les employeurs aussi. «On va devoir repenser à nos façons de travailler et ça inclut le télétravail, mais ça peut aller plus loin que ça, mentionne-t-il. On a testé des choses pendant la crise parce qu’on n’a pas eu le choix et je pense qu’il y a de ces choses qui vont rester.»

Le ministre Lacombe croit que bien des gens auront compris, au sortir de cette crise, qu’à moins que ce soit nécessaire, on ne se déplace pas dans un centre-ville, en pleine heure de pointe, dans la circulation, pour être présent derrière un bureau à effectuer du travail qui aurait pu se faire de l’extérieur. Ça ne veut pas dire que tout le travail doit maintenant se faire de la maison. Dans plusieurs secteurs, ça serait carrément impossible. «Mais quand c’est possible d’économiser du temps en télétravail, ça nous permet d’avoir plus de temps pour la famille», note le ministre.


« J’étais là le matin quand ils se réveillent et aussi plus souvent au souper, quitte à terminer mon travail une fois qu’ils étaient couchés. Ce sont des moments précieux. Je dirais même que la crise m’a permis d’améliorer les liens que j’ai avec mes enfants. »
Mathieu Lacombe

La preuve par la force

Les entreprises et les institutions publiques parlent de télétravail depuis des années. «On regardait ça avec un oeil un peu sceptique en se disant qu’il faudrait bien tendre vers ça, dit-il. On y allait, mais tranquillement, dans un processus lent. Du jour au lendemain, la crise a forcé ces entreprises et les gouvernements à renvoyer tout le monde chez eux en leur disant: lundi vous êtes en télétravail.»

Force est de constater, dit M. Lacombe, qu’après quelques semaines de recul pendant lesquelles les fonctionnaires ont été en mesure de livrer les services à la population de manière convenable, souvent à partir de leur domicile, le télétravail fonctionne. «C’est un peu une preuve qui a été faite par la force des choses, dit-il. On a franchi plusieurs pas et plusieurs éléments vont demeurer. Je crois que c’est une bonne nouvelle pour les familles.»

S’il est d’avis que la société québécoise a une opportunité, avec le télétravail, de réorganiser son temps, le ministre Lacombe croit aussi que les employeurs doivent saisir l’occasion de réfléchir à ce qu’ils offrent à leurs employés et à la mise en place d’une politique de télétravail. «Pour beaucoup de familles, le portrait va avoir changé quand la pandémie sera terminée. […] Ça va aussi dépendre des gens. Pour certains, le télétravail ne sera pas intéressant, alors que pour d’autres ce sera une façon d’être plus efficace. J’espère qu’à la fin, ce qui va rester, c’est une meilleure conciliation famille-travail.»

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GATINEAU A ENCORE BESOIN D'UN TRAMWAY ET D'UN NOUVEAU PONT

Avec cette nouvelle ère de télétravail qui semble vouloir se lever sur la grande région de la capitale fédérale et ses dizaines de milliers de fonctionnaires, est-il encore pertinent de dépenser des milliards de dollars de fonds publics dans de grands projets comme le tramway de la Société de transport de l’Outaouais (STO) ou le nouveau pont fédéral à l’est de Gatineau?

«On aura toujours besoin de se déplacer, que ce soit pour le travail ou les loisirs, insiste le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe. Il y aura toujours des marchandises qui auront besoin d’être transportées. On veut réduire nos émissions de gaz à effet de serre, on veut une société plus verte, on veut effectuer la relance économique du Québec. Je pense que les efforts pour améliorer nos réseaux de transport en commun sont primordiaux.» Quant au sixième pont qui continue de diviser la classe politique régionale, le ministre Lacombe affiche un ton plus réservé, mais ne remet pas en question sa pertinence. «C’est un dossier à part, dit-il. On a autant besoin de ce pont, télétravail ou pas, pour améliorer la circulation des gens de l’est de Gatineau qui veulent se déplacer entre les deux rives.»